Craig Davidson: comme un couteau suisse

L'écrivain canadien Craig Davidson voit son roman Cataract... (Photo: fournie par Albin Michel)

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L'écrivain canadien Craig Davidson voit son roman Cataract City comme une lettre d'amour à Niagara Falls, ville ontarienne près de laquelle il a grandi.

Photo: fournie par Albin Michel

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Sonia Sarfati
La Presse

Il a travaillé pour des magazines et des journaux. Il écrit des recueils de nouvelles, dont Un goût de rouille et d'os, adapté au cinéma par Jacques Audiard. Il a signé des romans d'horreur, sous pseudonymes. Et il a été finaliste au prestigieux prix Giller pour Cataract City, dont Albin Michel publie la traduction française.

C'est pour ce parcours éclectique que l'homme de lettres canadien Craig Davidson se compare, avec humour, à un couteau suisse. «Toucher ainsi à divers genres d'écriture m'a permis de développer plusieurs compétences. Si vous me passez une commande, je pense être en mesure d'y répondre», a-t-il indiqué dans l'entretien téléphonique qu'il a accordé à La Presse. S'adapter aux besoins, donc, comme le canif qui se fait ciseau, tournevis ou lime à ongles selon la situation.

Pour Cataract City, Craig Davidson a utilisé son outil «littérature».

Merveilleusement écrit et structuré, porteur de violence et de beauté, d'émotions brutes et d'une humanité forte, poétique et inattendue dans le contexte - il est question de lutte, de boxe à poings nus, de course et de combats de chien, de contrebande -, ce roman suit Duncan et Owen. Ils y ont de 12 à 35 ans. Ils y prennent la parole à tour de rôle.

Le premier, quand on les rencontre, sort de prison. Le second est là pour l'attendre; il est policier. Les quelque 475 pages suivantes entrelacent le présent et le passé pour les raconter. Qui ils sont. Leur amitié. Les voies qui se séparent. Puis se recoupent. Autour d'eux, un autre personnage. La ville. Enrobant tout. Teintant, en les pénétrant, les gens qui y vivent. Pas ceux qui ne font qu'y passer - et qui sont nombreux à ce faire: Cataract City est le surnom que les locaux donnent à Niagara Falls.

Craig Davidson, qui vit à présent à Toronto mais a pas mal bourlingué avant, a grandi dans ses environs. À St. Catherines. Toutefois, très jeune, il a travaillé à Marineland et s'est fait des amis dans la ville dont le destin est lié aux mythiques chutes. Cette ville, il la porte en lui. «À un moment donné de notre vie, on veut tous se sauver de cet endroit où l'on a grandi. Parce qu'ailleurs est sûrement mieux. Puis on se rend compte que ces lieux de notre enfance, on les porte en nous. Impossible de les laisser derrière. De toute manière, un jour, on comprend qu'ailleurs n'est pas mieux», fait celui qui voit son roman comme une lettre d'amour à Niagara Falls et à ses proches (famille et amis) qui y sont restés.

L'idée de Cataract City était d'explorer cet endroit au confluent de trois cultures - «le côté canadien, le côté américain et la réserve amérindienne». Le romancier avait aussi envie de raconter une histoire du point de vue de garçons, à cet âge «où ils sont encore des enfants mais commencent à voir le monde de la manière dont les adultes le voient».

Violences physiques

Des deux garçons, Owen est celui qui lui ressemble le plus. Duncan, lui, est inspiré d'un ami avec qui il a travaillé, pendant huit ans, à Marineland. Craig Davidson a vu, là, «comment les êtres humains pouvaient traiter les animaux comme des outils, comme s'ils n'avaient pas d'âme ni de coeur. Ç'a brisé le mien».

De cette blessure vient le réalisme des scènes de maltraitance animale qui parsèment ses livres. Cataract City, où les lévriers s'affrontent sur la piste et les pitbulls se saignent dans l'arène, ne fait pas exception. On y retrouve également, par contre, de véritables pages où se lit l'amour qui peut unir un maître et son chien. Et Craig Davidson aux bêtes.

Mais les animaux ne sont pas les seuls à expérimenter les violences physiques dans l'oeuvre du romancier. Les hommes aussi. Ils tombent sous les coups. Sur le ring. Ou à l'extérieur. «Pour moi, la violence est une manière de construire un personnage. Je suis fasciné par le corps et par les façons dont il peut se briser. La boxe, par exemple, est pour moi un moyen d'exprimer ma façon de voir le monde.»

À presque 40 ans, Crig Davidson gagne sa vie grâce à l'écriture. Il y a les livres publiés sous son propre nom et ceux, d'horreur, signés sous les pseudonymes de Patrick Lestewka et, plus récemment, de Nick Cutter. Il planche aussi, avec le cinéaste Gavin O'Connor, sur une adaptation en minisérie de Cataract City. Et il travaille à un ouvrage de non-fiction ancré dans son expérience de chauffeur d'autobus pour personnes à besoins particuliers, handicapées physiquement ou mentalement.

Bref, l'écrivain-couteau suisse ne laisse pas s'émousser ses outils.

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Cataract City. Craig Davidson. Albin Michel, 496 pages.

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