Franck Thilliez: la vie en noir

Le Français Franck Thilliez écrit des thrillers policiers... (Photo: Didier Cohen, fournie par Interforum)

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Le Français Franck Thilliez écrit des thrillers policiers et psychologiques où l'authenticité de plusieurs faits (catastrophes semblables à celle de Tchernobyl, manipulation du génome humain, etc.) donne encore plus de poids au fictif.

Photo: Didier Cohen, fournie par Interforum

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Marie-Christine Blais
La Presse

Des orphelins de Duplessis au coeur d'un polar? Écrit par un auteur français? Qui parle aussi de publicité subliminale et de CIA? Et, plus fort, toujours plus fort, sans erreur de quelque nature que ce soit quand il est question du Québec? Tout ça se trouve dans Le syndrome E, un des meilleurs polars écrits par Franck Thilliez, natif du pays des Chtis et invité des Printemps meurtriers 2014.

«Je ne connais pas du tout le Québec, lance Franck Thilliez en riant au bout du fil, je n'y suis jamais allé, ce sera ma première fois en mai! Mais quand j'écris, je fais énormément de recherches, je vérifie et contrevérifie, je fouille des archives, je consulte des spécialistes et des gens qui gravitent autour du sujet. Pour Le syndrome E, j'ai notamment posé quelques questions à [l'auteur québécois] Patrick Senécal, rencontré dans d'autres événements sur le polar, pour m'assurer de certains faits. Vous savez que les gens ici me demandent toujours si c'est vrai, cette histoire des orphelins de Duplessis?»

C'est hélas vrai, comme le sont un tas de réalités abordées par Thilliez dans ses polars - psychopathie, manipulation du génome humain, catastrophe de type Tchernobyl, rétrovirus, tueurs en série, biologie évolutive... Bref, des thrillers policiers ou psychologiques particulièrement sombres et tordus, où l'authenticité de plusieurs faits donne encore plus de poids au fictif: «Je suis comme mes lecteurs, explique Thilliez au bout du fil, j'éprouve à la fois de l'attrait et de la répulsion pour les aspects accablants de la société...»

Un jeu appelé Paranoïa...

Dans la série «histoire menaçante, lugubre et singulièrement tordue», le plus récent roman de Thilliez, Puzzle (en lice pour le prix Tenebris de Knowlton), ne donne pas sa place. Il évoque l'univers des jeux vidéo extrêmes, de type «Jeu en réalité alternée» et en temps réel, pour aborder la question de la paranoïa, la vraie, la maladie. Codes, indices, énigmes, mais aussi pertes de mémoire, électrochocs et meurtres se conjuguent donc pendant que sévit une tempête de neige qui coupe les protagonistes de tout contact avec le monde.

«J'écris effectivement deux genres de thrillers, confirme l'auteur de 40 ans. D'une part, les grosses enquêtes structurées pour raconter des histoires policières comme celles que vivent mes personnages d'enquêteurs Franck Sharko et Lucie Hennebelle (dont Le syndrome E, Gataca et Atom (ka) - à découvrir impérativement!). D'autre part, des histoires noires qui se déroulent dans des huis clos, avec une mécanique de l'intrigue développée au millimètre près (dont Vertige ou Puzzle, glaçants d'effroi), un peu dans la lignée des livres de Stephen King. J'ai besoin d'osciller de l'un à l'autre genre.»

Thilliez écrit ainsi un livre par année depuis 2004. L'ex-ingénieur en informatique devenu écrivain et scénariste à temps plein se passionne toujours pour la science. «J'adore cela, tout en étant conscient de ses dérives. C'est pourquoi je choisis toujours un thème qui me fascine - l'ADN, la maladie mentale, l'atome, la perte de mémoire, etc. - et que je prends énormément de plaisir à la partie recherches très poussées de mon travail. Je fonctionne comme une éponge, j'absorbe tout. Ensuite, vient l'étape de la vulgarisation, plus complexe mais passionnante... Après, je travaille beaucoup l'atmosphère: la météo qu'il fait, les lieux et ce qui s'en dégage, j'aime notamment les vieux bâtiments abandonnés, très cinématographiques.» Les droits cinématographiques de son roman Le syndrome E ont justement été achetés par une maison de production américaine...

La Ligue de l'imaginaire

Tout comme Maxime Chatham, Bernard Werber et une dizaine d'autres écrivains français, Thilliez fait partie du collectif littéraire La Ligue de l'imaginaire, qui défend l'importance et les vertus de l'imaginaire dans la littérature française contemporaine, en descendance directe de Jules Verne et Alexandre Dumas.

La Ligue est très active depuis sa fondation en 2008 et organise diverses activités (www.la-ldi.com). Thilliez compte parmi les membres les plus dynamiques, particulièrement sur sa page Facebook (fr-ca.facebook.com/Franck.Thilliez.Officiel). «Je dois beaucoup à mes lecteurs, j'écris pour eux, nous revendiquons d'ailleurs le titre d'écrivain populaire, au sens noble du terme. Je crois que l'être humain invente et s'invente: le thème récurrent de mes livres, c'est finalement ce qui se passe dans la tête des gens. Je suis comme un médecin légiste qui chercherait à comprendre ce qui est arrivé.»

Tout de même, ce ne doit pas être évident, écrire sur ce que l'humain a de plus sombre, livre après livre.

«Justement, le contact avec les lecteurs m'aide à garder du recul. Et j'ai conservé le rythme d'entreprise pour mon travail: j'écris du lundi au vendredi. Le soir, je suis comme tout le monde et je m'occupe de mes deux enfants. J'écoute aussi mes lecteurs, qui me demandent parfois que certains de mes personnages aient un peu de répit!»

C'est en tout cas ce qu'on souhaite à ses enquêteurs Sharko et Hennebelle, de retour dans le prochain roman de Thilliez, à l'automne: Angor, qui tournera autour des greffes cardiaques et du don d'organes. Du plaisir bien sombre, comme on l'aime, en perspective...

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Franck Thilliez aux Printemps meurtriers, notamment le 18 mai, 16h, dans une table ronde intitulée To be or not to be serial!




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