Farö: être une île ***1/2

La PresseMario Cloutier 3/5

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Mario Cloutier

Farö est le nom de l'île où le grand cinéaste suédois Ingmar Bergman a longtemps habité et où il a fini sa vie en 2007. Il y avait aussi tourné six films durant sa longue carrière.

Il s'agit ici du nom du personnage principal de l'impressionnant premier roman de Marie-Christine Boyer. L'intrigue se déroule dans un lieu non précisé de Scandinavie. Un paysage lunaire coincé entre ciel et mer, comme le décrit si bien la page couverture.

Farö vit seul dans l'île Creuse, au large du village de Silofjord. Il a perdu sa femme, Turit, il y a quelques années et s'est complètement retiré du monde; il est considéré comme à moitié fou par plusieurs villageois.

Qui d'autre voudrait vivre seul dans une île fouettée par les vents, entouré d'animaux et de plantes rustiques pour seuls compagnons?

Mais Farö n'est pas vraiment seul au monde. Il a quelques amis fidèles et une fillette de 10 ans, Sakia, qui est née de son union avec Turit. Elle vit en ville avec un vieil ami de la famille, Milosh, qui décide, sur un coup de tête, de venir enfin la présenter au solitaire Farö.

C'est donc l'histoire du dégel d'un coeur d'homme que raconte le roman de Marie-Christine Boyer. Le retour à la vie de celui qui devenait peu à peu arbre parmi les arbres, cerf parmi les cerfs dans cette île sauvage.

L'auteure mène, d'une écriture très juste, un récit impressionniste, tout en demi-teintes, débordant d'une grande humanité. Elle creuse et découvre peu à peu des couches successives de drames et de beautés sous le lichen nordique.

Sa Scandinavie imaginaire est celle de n'importe quelle âme qui a vu sa vie se briser sur le roc de grandes étendues où la neige et le froid n'ont de compagnons que la pluie et le vent.

L'île est donc un personnage important, omniprésent, insondable. Une présence vivante, vibrante et effrayante à la fois. Un endroit mystérieux parfait pour se retrouver face à soi et décider si la vie en vaut la peine ou non.

Entouré de cette nature paraissant parfois ingrate, Farö redevient un être vivant et vibrant aussi. Il peut alors refaire le pari de la vie, de la rencontre avec l'autre.

Marie-Christine Boyer sait créer des ambiances et sonder les coeurs. Malgré un ton parfois monocorde, il s'agit d'un premier livre intelligent et touchant. 

* * * 1/2

Farö. Marie-Christine Boyer. Triptyque, 138 pages.

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