Claudette Dion, la soeur de Céline

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Claudette Dion raconte son histoire, mais également celle de sa mère, de son père, de ses enfants, de ses frères et de ses soeurs, dans l'ouvrage biographique La soeur de...

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Mario Girard
La Presse

Elles ont les mêmes initiales, elles proviennent de la même famille et elles sont toutes les deux chanteuses. Mais leurs destins sont différents. Très différents. Claudette Dion vit dans l'ombre de sa célèbre soeur, Céline. Mais rassurez-vous, elle y trouve le soleil.

Dans son ouvrage biographique La soeur de..., Claudette Dion raconte dans ses moindres détails la fête que sa soeur Céline a organisée, le 20 mars dernier, pour les 90 ans de la matriarche, la célèbre Maman Dion.

La chanteuse la plus populaire au monde a réuni ses 12 frères et soeurs (Daniel est mort en janvier 2016) à Las Vegas autour de celle qui compte aujourd'hui 32 petits-enfants et 48 arrière-petits-enfants. C'était la première fois qu'une telle rencontre avait lieu depuis la mort de René Angélil.

Les Productions Feeling ont pris en charge l'organisation de cette rencontre: billets d'avion, chambres d'hôtel et réception. Après un verre de champagne à la résidence de Céline (on n'exagère pas trop chez les Dion, car certains ont un problème d'alcoolisme) et quelques chansons (comment peut-il en être autrement avec eux?), le groupe est allé dans un restaurant de la ville, où un salon privé leur avait été réservé.

«En entrée, il y avait un potage de maïs avec du caviar noir, raconte Claudette Dion dans cet ouvrage qui paraît aujourd'hui. Et sur le caviar, des pépites d'or 24 carats comestibles [...]. Mon frère Clément a commencé à dire des niaiseries: "Je vais ramasser toutes les pépites pour me faire une belle dent en or." [...] J'ai avalé l'or. Je m'attendais à un goût riche, mais franchement, ça ne goûtait rien.»

Cette anecdote, et bien d'autres, va visiblement offrir de la matière de première qualité à ceux qui aiment bien se moquer du clan Dion. Claudette Dion le sait sans doute, mais elle s'en fout éperdument. Ce n'est pas pour eux qu'elle a fait ce livre en compagnie de Jean-Yves Girard. Elle l'a fait pour ceux qui ont envie d'entendre son histoire.

Je dis son histoire, mais je dois préciser que celle-ci passe par sa mère, son père, ses enfants, ses frères et soeurs... «Je m'appelle Claudette Dion et je suis la fille de, la femme de, l'heureuse mère de, la mamou de, et la soeur de», écrit-elle dans son introduction.

Cette façon de s'effacer derrière les autres n'est pas un signe de faiblesse pour Claudette Dion. «Dans la vie, notre place est souvent définie par rapport à quelqu'un d'autre, m'a-t-elle dit lors d'une rencontre. L'idée de ce titre est venue d'entrevues que j'ai données en Europe où l'on me demandait sans cesse comment c'était d'être la soeur de Céline Dion. Je réponds que c'est un cadeau du ciel.»

«Qui ne voudrait pas être la soeur de Céline Dion? C'est un grand privilège. Plutôt que de contourner cela, j'ai décidé d'y faire face.»

Oui, Claudette Dion vit dans l'ombre de sa soeur, mais cela ne veut pas dire qu'elle doit faire preuve de retenue. Au contraire, celle qui est reconnue pour «taper sur les nerfs de la famille» met les points sur les i, même si cela fait rougir les i.

Je pense notamment au passage où elle dit que l'arrivée de Céline, six ans après celle de jumeaux, n'a pas créé la joie pour Maman Dion. Celle-ci a dû se résigner et accepter cette 14e enfant, car, nous dit Claudette, c'est Thérèse qui avait «séduit» son mari le soir de la conception de la benjamine.

«Ma famille me fait confiance, m'a dit Claudette Dion. Ils savent que lorsque nous regardions par la fenêtre, à la maison, un regardait la lune, l'autre regardait la neige et un troisième regardait une voiture qui passait. On ne peut pas tous être pareils et on ne peut pas tous raconter les choses de la même façon», dit-elle.

Avoir une soeur multimillionnaire

La chanteuse qui a aujourd'hui 69 ans profite donc de la parution de ce livre pour remettre les pendules à l'heure sur plusieurs sujets. Elle aborde sans détour la question de l'argent dans la famille. Elle qui a connu une période creuse durant sa carrière raconte qu'elle a vécu de prestations d'aide sociale et que, pour joindre les deux bouts, elle a dû travailler comme hôtesse dans un restaurant Nickels, chaîne qui a déjà appartenu à René et Céline.

Au sujet de la fortune de sa soeur Céline (elle s'élèverait à près de 400 millions de dollars, selon la revue Forbes), elle avoue que cela a créé autant de bonheur que de malaises, relatant au détour l'entrevue que Céline a accordée à Lise Payette et au cours de laquelle la star disait avoir du mal à gérer toutes les demandes d'argent provenant des membres de sa famille.

René et Céline ont réglé cela en offrant 100 000 $ à chacun des frères et soeurs. Il y a eu une seconde distribution d'une somme de 50 000 $. Après cela, René et Céline ont offert des voyages et des croisières en cadeau aux frères et soeurs.

L'immense générosité de Céline est soulignée à grands traits dans ce livre. Claudette raconte la fois où elle s'est retrouvée dans la pièce qui sert de garde-robe à Céline. Elle y a trouvé un présentoir contenant des lunettes de soleil que les designers font parvenir à Céline. «Prends-en», a dit Céline à Claudette.

Elle raconte également la fois où Céline a fait un défilé de chaussures devant ses cinq soeurs. Chanel, Louboutin, Prada, Dior, Hermès, Manolo... Toutes les grandes marques de luxe étaient présentes. «Servez-vous, les filles!», a lancé Céline à ses frangines.

La soeur de...... (Image fournie par Les Éditions La Presse) - image 2.0

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La soeur de...

Image fournie par Les Éditions La Presse

Cette invitation a donné lieu à une réplique savoureuse d'une des soeurs à qui Céline avait demandé combien elle chaussait: «Entre 5 et 9», a-t-elle dit, suscitant l'hilarité générale. «On était au paradis, et Dieu sait qu'on se serrait les orteils», écrit Claudette Dion.

On apprend que de nombreuses demandes d'argent pour Céline venant du public sont remises aux membres de la famille Dion. Chaque fois que Claudette donne un spectacle, il y a toujours des spectateurs qui s'avancent vers elle avec une enveloppe contenant une requête.

«C'est fou, les demandes que nous recevons pour Céline et pour la Fondation maman Dion. On achemine ça aux Productions Feeling. On a vécu des choses dramatiques.»

Claudette Dion se met alors à me raconter l'histoire d'une femme en détresse qui était venue la voir chez Nickels. «Elle avait une arme dans sa sacoche... Elle était prête à mourir devant moi...» Claudette Dion ne peut empêcher les larmes de couler en évoquant ce souvenir.

«Cé Céliiine!»

La remise d'un Félix à Céline Dion, en 1990, a beaucoup contribué à faire connaître Claudette Dion. En ouvrant l'enveloppe, la grande soeur s'était exclamée: «Cé Céliiine!» Certains y avaient vu un faux effet de surprise.

Dans ce livre, Claudette Dion donne sa version des faits. Les organisateurs de l'ADISQ lui avaient téléphoné quelques jours avant le gala pour lui demander de remettre un prix en précisant bien que sa jeune soeur était dans cette catégorie et qu'elle avait de bonnes chances de gagner.

Cette catégorie était Artiste anglophone de l'année. Après avoir dit le nom de sa soeur, Claudette a ressenti une grande fierté. «C'est toé, ma soeur, c'est toé, la plus grande, c'est toé, la meilleure», s'est-elle dit intérieurement. Céline est montée sur scène, s'est approchée de Claudette et lui a dit à l'oreille: «Je ne vais pas l'accepter.» Claudette a figé.

On le sait aujourd'hui, ce refus a fait en sorte que cette catégorie a été changée pour celle d'Artiste s'étant le plus illustré hors Québec. Claudette Dion garde un souvenir amer de ce moment. Elle s'est sentie «manipulée» par les gens de l'ADISQ. Ceux-ci, sachant que Céline s'apprêtait à refuser le trophée, ont cru qu'elle n'oserait pas le faire s'il était remis par sa soeur.

La maison familiale

Qui dit famille Dion dit Charlemagne. Beaucoup de souvenirs liés à la petite maison du 130, rue Notre-Dame sont évoqués. Sa démolition a été un drame pour la famille.

«Des gens enjambaient les cordons de sécurité, descendaient dans le trou [laissé par la maison démolie], ramassaient des morceaux en vitesse, comme des voleurs, et repartaient avec.» 

Avant que la maison ne disparaisse à tout jamais, Claudette est allée la visiter. Dans la chambre autrefois occupée par Céline, elle a trouvé trois morceaux de casse-tête qui sont tombés d'un tiroir.

«Des fois, je me dis que je devrais les mettre en vente, écrit-elle. Pas pour moi, mais pour la fondation de ma mère. C'est une blague, évidemment, mais... entre vous et moi, je me demande combien je pourrais en tirer.»

L'amour des enfants

Sur les lieux autrefois occupés par la maison des Dion se trouve aujourd'hui la Fondation maman Dion, qui vient en aide aux enfants dans le besoin. Claudette Dion devient émotive quand elle parle des enfants. Son premier métier fut puéricultrice à la crèche Saint-François d'Assise, à Pointe-aux-Trembles.

«Je voulais tous les adopter. Je me disais: "Si je ne suis pas amoureuse dans la vie, si je n'ai pas d'enfants, je serai ici à la bonne place"», me dit-elle en entrevue. Il arrivait à la jeune Claudette de ramener un enfant à la maison, le temps de quelques heures.

C'est une Claudette Dion pleine de gros bon sens qui s'exprime dans cet ouvrage. Celle qui, gardant les enfants de Céline pendant quelques semaines à Las Vegas, s'étonne que les jumeaux n'aient jamais vu leur grand frère jouer au baseball. «Tu sais, c'est compliqué, sortir en famille», lui a dit Céline en faisant référence à l'organisation de la sécurité autour d'elle et de ses enfants.

Ne reculant devant rien, Claudette a demandé aux gardes du corps de l'accompagner et est partie avec Nelson et Eddy voir René-Charles jouer au baseball. Les garçons étaient excités comme tout de voir leur grand frère.

La carrière de Claudette Dion a eu des hauts et des bas. Elle a connu la fièvre de l'Olympia de Paris, mais aussi des échecs. Malgré tout cela, elle demeure sereine.

«Je ne m'attendais à rien. Je suis venue faire L'hymne à l'amour un soir à la télé pour faire une surprise à Céline et le public a exprimé son désir de me revoir. Je ne suis pas là pour me battre, je suis là pour avoir du plaisir. Est-ce que j'ai une belle carrière? Non, j'ai une belle vie. C'est tout ce qui compte pour moi.»

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La soeur de... Claudette Dion. Avec Jean-Yves Girard. Les Éditions La Presse. En librairie.




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