Samuel Cantin: de la bédé inspirée par le cinéma

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Il s'est fait connaître en 2010 grâce à son blogue Phobies des moments seuls, qui mettait en vedette un astronaute un peu naïf, le bien nommé Marcus Pigeon. Six ans plus tard, avec son nouveau roman graphique, Whitehorse, Samuel Cantin s'impose comme l'un des scénaristes les plus doués de la relève québécoise. La Presse l'a rencontré.

Il a d'abord étudié en cinéma, puis en création littéraire, réalisant des courts métrages ou rédigeant des nouvelles. Mais de la bédé, il n'a jamais été question, nous assure Samuel Cantin. C'est son projet de blogue Phobies des moments seuls qui l'a lancé sur la voie du roman graphique, de manière quasi accidentelle.

«C'était des courts textes accompagnés d'illustrations où l'on suivait le quotidien d'un astronaute parti un an dans l'espace, raconte-t-il. Comme s'il s'agissait de son journal intime.» Deux mois après le lancement du blogue, le scénariste se fait remarquer par l'éditeur Pow Pow, qui publie un premier album l'année suivante.

En 2013, le bédéiste qui vient de fêter ses 30 ans poursuit sur sa lancée en publiant Vil et misérable, inspiré d'un scénario de film qu'il a écrit pendant ses études à Concordia. «C'était l'histoire d'un employé piégé par des collègues, qui se trouve à être le seul à se déguiser au bureau le jour de l'Halloween», rappelle-t-il.

À partir de cette histoire, Samuel Cantin étoffe un scénario de bédé et crée le personnage de Lucien Vil, libraire chez Voitures usagées Linguine, qui porte un costume de démon. Notre homme ne l'a pas facile. Mésadapté social, méprisé par ses collègues autant que par son psy, il devra trouver le moyen de s'intégrer à la société.

Ses personnages ont une forme humaine simplifiée, avec des traits légèrement déformés et des yeux vides qui leur donnent un air à la fois sinistre et monstrueux, une façon de se distancer du dessin réaliste et d'amplifier des émotions. Tout l'accent est d'ailleurs mis sur ses personnages, à la manière de la série Archie.

«C'est vrai, il n'y a pas vraiment de décor dans mes dessins, tout simplement parce que je n'aime pas ça dessiner des bâtiments et des voitures, dit l'illustrateur autodidacte. Je préfère les plans américains, qui me permettent de caricaturer mes personnages. Je dessine de manière très instinctive, je ne réfléchis pas trop...»

Whitehorse

Avec son plus récent album Whitehorse, adapté d'une nouvelle d'une vingtaine de pages qu'il a écrite pendant ses études en création littéraire, Cantin s'illustre véritablement comme scénariste. Son écriture éminemment théâtrale se marie parfaitement à ses dessins de personnages naïfs aux traits de caractère grossis à la loupe.

«Quand j'écris mes dialogues, je les entends toujours dans ma tête. J'ai toujours eu le fantasme de les voir joués. Avec le roman graphique, j'ai plus confiance en mes moyens. J'arrive à exprimer tout ce que je veux. C'est comme la synthèse de ce que j'ai fait en cinéma et en littérature, avec la possibilité de faire dans la caricature.»

Whitehorse fait le récit d'Henri, jeune homme dans la vingtaine qui soupçonne sa blonde de vouloir le laisser. C'est que Laura, qui est comédienne, s'apprête à tourner son premier film avec le réalisateur médiocre et frimeur Sylvain Pastrami. Henri, dépendant affectif et possessif, voit son monde basculer.

«Pour moi, Whitehorse est une comédie verbeuse des années 70 qui parle d'amour et de sexe», résume Samuel Cantin. Le scénariste a notamment voulu parodier la cour qui se forme autour du personnage de Pastrami.

«Ce phénomène, je l'ai vu souvent. C'est ça qui est exaspérant. Un gars "faux", mais entouré d'une clique qui tripe sur lui.»

Bien qu'il ait lu les albums de Lucky Luke, Spirou ou Tintin durant sa jeunesse, Samuel Cantin avoue sans détour que ses influences sont cinématographiques et littéraires. Il cite Woody Allen, Albert Brooks, Paul Mazursky, Éric Rohmer, Noah Baumbach.

L'histoire d'Henri et Laura se termine avec des points de suspension. Samuel Cantin, qui a illustré le recueil de chroniques de Fabien Cloutier, Trouve-toi une vie (qui paraît le 29 février prochain), écrit le tome 2 de Whitehorse. La sortie est prévue pour l'automne prochain.

«Je voulais que les deux tomes forment une seule histoire qui ait la durée d'un film, nous dit-il. Après, j'ai plein de projets d'écriture. C'est ce qui me procure le plus de plaisir.»

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