Pourquoi il faut lire Policing Black Lives

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Sylvie St-Jacques

Collaboration spéciale

La Presse

La chercheuse indépendante montréalaise Robyn Maynard publie cet automne l'essai Policing Black Lives -&nbsp;State Violence in Canada from Slavery to the Present</span>. Au fil de ces 290&nbsp;pages aussi éclairantes que documentées, cette militante féministe noire établie à Montréal propose une réponse canadienne à l'historiographie derrière le mouvement Black Lives Matters.

Interrompre l'idéalisation du multiculturalisme canadien

Le projet de Policing Black Lives a germé dans l'esprit de Robyn Maynard il y a trois ans, lorsqu'elle était en congé préventif, enceinte de son fils. «Il y a eu la mort de Trayvon Martin, celle de Michael Brown et d'Eric Garner, puis ici à Montréal, le décès d'Alain Magloire. En écoutant la télé, on avait l'impression que ces histoires de brutalité policière ayant motivé le mouvement Black Lives Matter ne faisaient pas partie de la réalité canadienne. J'ai voulu m'attaquer à ce mythe et exposer d'où proviennent les inégalités que vivent les populations noires, dans plusieurs institutions canadiennes», exprime la chercheuse au téléphone. Bien que la Déclaration canadienne des droits de la personne ait renforcé le mythe de l'égalité dès les années 1960-1970, Robyn Maynard fait état d'une réalité non inclusive pour ses concitoyens noirs.

Sortir des placards les squelettes esclavagistes

Alors que plusieurs récits d'esclavage représentent le Canada comme une terre d'asile libératrice pour les esclaves noirs qui ont fui la Révolution américaine, la réalité est beaucoup plus ambiguë. Pour illustrer 200 ans d'esclavage au Canada, Robyn Maynard évoque les 1200 esclaves noirs «achetés» par des loyalistes pendant la pré-Confédération au Québec. Dans tous les cas, que les Noirs du Canada soient libres ou contraints par l'esclavage, leur réalité s'est fondée sur une dévaluation économique, politique et sociale, articule Robyn Maynard. La chercheuse fait aussi état de la présence canadienne du Ku Klux Klan, et raconte comment 70 hommes vêtus d'une cape blanche ont défilé en février 1930 dans la ville d'Oakville en Ontario, avant de brûler une croix au centre-ville. Ces actes ont précédé la séparation forcée d'Ira Johnson et Isabel Jones, qui formaient un couple interracial.

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La chercheuse montréalaise Robyn Maynard se penche sur la réalité et l'histoire de Noirs au Canada dans son essai Policing Black Lives - State Violence in Canada from Slavery to the Present.

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Saisir l'impact des biais dans le système d'éducation

Récit datant de 2016 d'une fillette noire de 6 ans de Mississauga, menottée par la police. Démonstration d'un sentiment persistant anti-Noirs dans les écoles du Canada, qui sont le lieu d'une dévaluation systémique des jeunes Noirs dans la société. Exemple d'un enfant haïtien d'une école primaire qui a été placé en classe d'accueil seulement en raison de son appartenance ethnique. Robyn Maynard démontre, dans son Policing Black Lives, comment le système d'éducation perçoit davantage les jeunes Noirs comme des suspects que des enfants. «Le fait que les enfants noirs et autochtones aient été considérés comme des propriétés, au début de l'histoire du Canada, a marqué une coupure avec le côté sacré de l'enfance. Au tournant du XXe siècle, les enfants blancs étaient associés à une image de pureté, d'innocence et de fragilité, des qualités dont ont été privés les enfants noirs et autochtones», écrit Robyn Maynard.

Comprendre la stigmatisation des femmes noires au Canada

En 1946, soit neuf ans avant le refus de Rosa Parks de céder sa place à un homme blanc dans un autobus de l'Alabama, Viola Desmond, une femme noire de la Nouvelle-Écosse, était mise en arrestation dans un théâtre de New Glasgow après avoir refusé de prendre place dans le balcon réservé aux Noirs. Robyn Maynard situe cet exemple historique au coeur d'un continuum répressif, qui comprend aussi le stigmate d'immoralité sexuelle collé aux femmes noires par les réformistes du début du XXe siècle, l'exploitation des travailleuses domestiques, la violence envers les transgenres noires et les stéréotypes véhiculés à l'endroit des femmes noires bénéficiaires de l'aide sociale.

S'initier à la recherche sur le racisme systémique

Depuis la sortie en octobre dernier de Policing Black Lives, Robyn Maynard a eu droit à deux lancements montréalais (qui ont attiré des centaines de personnes) et a visité plusieurs universités nord-américaines, où elle est invitée à parler de ses recherches. L'essai devrait être prochainement traduit en français. «L'accueil est vraiment exceptionnel, se réjouit la chercheuse montréalaise. C'est clair que les communautés noires canadiennes ont besoin de plus de visibilité, pour mettre en lumière la crise qui sévit dans les systèmes d'éducation, d'immigration et de la justice», évoque celle qui souhaite que son travail, comme celui des chercheurs noirs canadiens qu'elle cite, continue à faire sa place dans les universités du pays. «Je trouve ça étrange qu'ici, à l'université, on apprenne l'histoire et le féminisme, mais que l'histoire de la réalité noire soit absente.»

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Policing Black Lives - State Violence in Canada from Slavery to the Present. Robyn Maynard. Éditions Fernwood. 292 pages.




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