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Dominique et Marie Demers: une mère, une fille et des mots

Les nuances entre Dominique et Marie Demers sont... (Photo IVANOH DEMERS, LA PRESSE)

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Les nuances entre Dominique et Marie Demers sont nombreuses, mais un élément fondamental les réunit : leur amour de l'écriture.

Photo IVANOH DEMERS, LA PRESSE

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Samuel Larochelle

Collaboration spéciale

La Presse

Avoir un parent écrivain permet certainement de mieux comprendre les subtilités du monde littéraire, mais la filiation ajoute également une bonne dose de pression. Sans parler des frustrations - ou des joies - d'être la fille ou le fils de. Au cours des prochaines semaines, trois tandems d'écrivains québécois racontent leur histoire à La Presse. Les premières à se confier: Dominique et Marie Demers.

La mère et la fille. La blonde et la rousse. La romantique candide et l'ironique lucide. La vedette littéraire qui a publié quelque 70 livres et la jeune auteure qui lancera l'automne prochain son 10e titre. Les nuances entre Dominique et Marie Demers sont nombreuses, mais un élément fondamental les réunit: leur amour de l'écriture.

Dominique, avez-vous encouragé vos trois enfants à développer un amour des mots?

Dominique: Quand j'étais critique littéraire au Devoir, je recevais une caisse de livres par semaine et mes enfants étaient clairement les cobayes. On s'installait dans un fauteuil et je leur racontais au moins quatre histoires tous les soirs.

Marie: On lisait Grimm et Perrault. Je suis devenue une lectrice aguerrie grâce à ça.

Marie, comment le métier de ta mère a-t-il influencé ton chemin professionnel?

Marie: Ça m'a pris plus de temps à cause de ça. Je savais que peu d'auteurs vivaient de leur plume et je ne voulais surtout pas être son clone. Je voulais suivre ma propre voie. Quand j'étais jeune, ma mère était une vedette et j'essayais de camoufler que j'étais sa fille. Dans les cours de français, j'ai toujours été bonne, mais je me faisais dire que ma mère m'avait aidée... Alors très tôt, j'ai ressenti de la frustration par rapport à ça. Puis, sa série Marie la chipie, qui est inspirée de moi, est sortie. J'avais voulu l'empêcher de la publier, mais elle l'a fait dans mon dos.

Dominique: Non, je t'avais demandé la permission, en te disant que tu aurais des sous!

Marie: Ouin, elle a sûrement fait du chantage, en disant qu'elle m'emmènerait au restaurant...

Donc, ton envie d'écrire ne vient pas de ta mère?

Marie: Pas vraiment, non. C'est plutôt un besoin. Quand j'étudiais en communication politique, j'ai commencé à écrire un blogue et de longs courriels de voyage romancés.

Dominique: C'était écoeurant!

Marie: À partir de là, je me suis dit que je ne pouvais pas ne pas écrire.

Dominique: Un jour, elle m'a appelée d'Argentine pour me dire qu'elle avait décidé d'écrire, et qu'elle ne voulait vraiment pas faire comme moi, mais que c'était elle. Je le savais qu'elle était faite pour ça et qu'elle avait un talent comme peu de gens en ont, tout en écrivant de façon très différente de moi.

Décrivez-moi le style de l'une et de l'autre.

Dominique: Marie a un style avec une énergie hallucinante et un humour ironique, absurde, un peu noir, avec de l'autodérision et un regard très lucide sur le monde. Elle décrit des choses très dramatiques et elle peut en rire, mais sans nous éloigner du drame. Elle a une capacité d'aller dans l'émotion pure.

Marie: Je trouve que tu es très romantique, lyrique, avec un regard un peu enfantin, même quand tu écris pour les adultes. Je trouve que tu as un regard naïf sur le monde.

Dominique: On a des ressemblances, mais on est comme des plaques tectoniques qui se rencontrent. On est tellement différentes. Et honnêtement, je pense qu'elle est moins admirative de moi que je le suis d'elle.

Marie: Je vois que tu t'es rendue loin. Je suis admirative de ça, des résultats.

Marie, était-ce plus simple de faire ta place dans le milieu littéraire parce que tu le comprenais déjà?

Marie: Au contraire. Enfant, quand j'allais voir ma mère dans les salons du livre, il y avait des files d'attente devant elle. Moi, avec mes premiers livres, il n'y avait pas un ostie de chat! Ça a été un choc de réaliser à quel point sa carrière n'était pas la norme. Ça m'a fait prendre une débarque.

Ce n'était pas plus facile d'apprivoiser le travail d'écriture, parce que tu avais vu Dominique le faire avant toi?

Marie: En jeunesse, ça m'a aidée un peu. Je connaissais déjà les codes et les formats. Ma mère m'a rendue experte de littérature jeunesse quand j'avais 9 ans.

Dominique: Je crois aussi que tu as appris par mimétisme que c'est normal de recommencer 12 000 fois. Un de ses éditeurs m'a déjà dit que Marie était extraordinaire dans sa façon de se réécrire.

Marie: C'est vrai que j'ai appris ça de toi. Ma mère a un côté très humble. Lorsque j'étais jeune, elle m'a souvent dit que l'écriture, c'est la foi et l'humilité: il faut croire en ce que tu fais, mais te dire que ça peut toujours être meilleur.

Qu'est-ce que ça fait de partager la même passion?

Dominique: C'est un gros cadeau de la vie. Moi, je suis en littérature pour enfants parce que j'ai été imprégnée de moments magiques, quand ma grand-mère paternelle me racontait les histoires de Grimm et de Perrault oralement. Je pensais qu'elle les inventait! Ensuite, ma mère, qui était professeure de diction et de poésie, m'a appris la puissance des mots. Et aujourd'hui, c'est une autre génération qui poursuit le cycle.

Marie: C'est challengeant à certains moments. Mais comme on est super différentes, une chance qu'on a ça en commun. Sinon, ce serait peut-être difficile de se rejoindre. Quand on est allées au Salon du livre de l'Abitibi-Témiscamingue, en mai dernier, j'ai pu lui montrer que j'avais ma place, et qu'elle était différente de la sienne.

Dominique: Durant le Salon, mon plus beau souvenir a eu lieu durant une séance de signature, quand une petite fille est venue me voir, toute contente. Mon premier réflexe a été de croire que c'était parce qu'elle avait lu mes livres. Mais elle m'a demandé si j'étais la mère de Marie Demers et où elle était!

Marie: Maintenant, tu sais comment je me sens!

Dominique: J'étais tellement fière!

Dominique Demers en bref

Journaliste et critique littéraire maintes fois récompensée pour les articles qu'elle a publiés dans L'actualité, Châtelaine et Le Devoir, Dominique Demers est ensuite devenue une sommité en littérature jeunesse au Québec. Au cours des 25 dernières années, l'écrivaine a donné vie à d'innombrables personnages qui ont marqué les tout-petits, tels Valentine Picotée, Roméo Lebeau, Marie la chipie et Mlle Charlotte, dont les histoires ont été portées au grand écran à deux reprises avec l'actrice Marie-Chantal Perron dans le rôle-titre. L'auteure, aujourd'hui âgée de 60 ans, a également touché des dizaines de milliers d'adolescents avec les séries Marie-Lune, La grande quête de Jacob Jobin et Maïna, qui fut aussi adaptée au cinéma. Parmi les nombreux romans pour adultes qu'elle a publiés, notons le plus récent, Mon fol amour, une autofiction publiée au printemps dernier chez Québec Amérique.

Marie Demers en bref

Étudiante au doctorat en littérature à l'Université du Québec à Montréal en 2016, Marie Demers a publié la même année In Between, son premier roman pour adultes, aux Éditions Hurtubise. L'écrivaine de 31 ans a également un penchant pour le jeune public, elle qui a créé une série publiée chez Dominique et Compagnie: Presque parfaite, Presque championne, Presque meilleure et Presque amoureuse. Elle a également écrit les textes des oeuvres jeunesse C'est moi qui décide et C'est moi le prof, ainsi que des albums illustrés, Journal d'un pug extraordinaire et Zoé, détective de l'amour. À l'automne 2017, son deuxième roman pour adultes sera en librairie.




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