Le livre imprimé n'est pas à l'agonie

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L'Espresso Book Machine

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Franck Iovene
Agence France-Presse
Paris

On dit le livre imprimé à l'agonie, bientôt supplanté par son équivalent électronique. Mais le papier n'a peut-être pas dit son dernier mot grâce à l'impression à la demande, une nouvelle technologie qui pourrait révolutionner le monde de l'édition.

«Nous entrons dans une époque où l'auteur écrit le livre et où le lecteur le fait naître», explique à l'AFP Frédéric Mériot, directeur général des Presses Universitaires de France (PUF) qui ont ouvert samedi la première librairie express d'Europe.

Devant lui, l'Espresso Book Machine (EBM), une imprimante nouvelle génération, vient de confectionner un exemplaire du livre d'Henri Bergson Le rire, sous les yeux d'une cliente qui avait commandé l'essai quelques minutes plus tôt.

L'ouvrage en tout point identique à celui qu'on pourrait trouver dans une librairie traditionnelle est aussi vendu au même tarif, prix unique du livre oblige.

Depuis une semaine, les PUF ont fait leur retour dans le coeur historique étudiant de Paris avec cet espace innovant où les lecteurs peuvent imprimer l'ouvrage de leur choix, le temps de boire un café.

L'enseigne, qui édite notamment la célèbre collection des «Que sais-je», avait quitté le quartier il y a dix-sept, baissant définitivement le rideau de cette emblématique librairie de la place de la Sorbonne.

«En arrivant à la tête des PUF (en mai 2014), j'ai estimé que cette ancienne et prestigieuse maison pouvait parfaitement conserver son identité tout en tirant profit de ce que le numérique pouvait lui apporter», explique Frédéric Mériot.

Sceptique quant au potentiel de développement du livre numérique (l'ebook qu'on lit sur sa tablette, sa liseuse ou son ordinateur portable) le dirigeant croit beaucoup plus en «l'avenir du numérique imprimé, où toute la chaîne de fabrication est digitale jusqu'à l'impression finale, sur papier traditionnel».

Selon les chiffres du Syndicat national de l'édition, l'ebook ne représentait en 2014 que 2,3% du marché du livre, un chiffre marginal qui tend à stagner.

Un modèle économique inversé

Développée depuis une dizaine d'années par la société américaine On Demand Books (ODB), en partenariat avec Xerox, l'Espresso Book Machine est exploitée en France par le programme Irénéo. Elle est déjà régulièrement utilisée par plusieurs dizaines d'universités aux Etats-Unis, au Canada, en Australie ou au Moyen-Orient.

Quelques grandes librairies américaines - comme la McNally Jackson à New York - ont aussi été séduites par la machine qui fonctionne selon un modèle économique inversé: le livre est vendu avant d'être imprimé et non le contraire.

Le dispositif permet de réduire à l'extrême les coûts liés au transport et au stockage des ouvrages même si le coût de l'EBM reste élevé, aux environs de 150 000 euros l'unité.

«Un marché peut sans doute se développer autour de cette machine même s'il ne concerne qu'une frange de l'édition, celle des ouvrages à faible demande», explique à l'AFP Jean-Luc Treutenaere, coprésident de la fédération européenne et internationale des libraires.

«Des auteurs locaux par exemple, qui souvent aujourd'hui s'autoéditent sur internet, peuvent retrouver le chemin des librairies et se réapproprier l'édition papier», souligne-t-il.

Autre créneau visé par l'impression à la demande, celui des livres rares ou anciens.

«La machine nous a permis de remettre en vente à des prix normaux certains titres qui se vendaient d'occasion sur internet à plusieurs centaines d'euros, ce qui était une aberration», fait valoir Frédéric Mériot.

Pour l'instant, les lecteurs ont le choix parmi près de 5000 titres du fonds et des nouveautés des PUF, ainsi que plusieurs millions de titres internationaux entrés dans le domaine public et disponibles notamment dans le fonds Google Books, qui est libre de droits.

Des tablettes sont à leur disposition dans la librairie pour qu'ils puissent consulter le catalogue avant de passer commande, à la condition toutefois que le titre ait été préalablement numérisé.

«Nous proposons en priorité des livres récemment épuisés et pour lesquels il existe encore une petite demande», explique Frédéric Mériot.

«Nous sommes aussi attentifs aux programmes des concours, comme l'agrégation de philosophie, où il est indiqué que certains livres sont épuisés alors qu'ils sont nécessaires aux étudiants», ajoute-t-il.

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