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L'Allemagne réédite Mein Kampf malgré les réticences

Pour la première fois depuis 1945 une réédition de Mein Kampf a été... (PHOTO AFP)

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Coralie Febvre, Peter Wuetherich
Agence France-Presse
Munich

Pour la première fois depuis 1945 une réédition de Mein Kampf a été publiée vendredi en Allemagne, à des fins pédagogiques, malgré les réticences que suscite le regain de visibilité accordé au pamphlet d'Adolf Hitler.

Cette édition critique de 1948 pages agrémentée de 3500 notes historiques explicatives a pour objectif d'être «une réplique au livre de Hitler», a déclaré lors d'une conférence de presse Christian Hartmann, qui a dirigé le projet éditorial au sein de l'Institut d'histoire contemporaine (IFZ) de Munich.

L'ouvrage, en deux tomes et 1948 pages, sera vendu 59 euros (90 $).

Le texte fondateur du nazisme et du projet d'extermination des Juifs doit être compris comme «le centre intellectuel d'une idéologie meurtrière» qui s'est «achevée dans la plus grande catastrophe», a insisté l'historien.

L'équipe de l'IFZ s'est lancée en 2009 dans cette entreprise aussi titanesque que controversée.

Il aurait été impossible en effet de publier un tel ouvrage sans commentaires ni lui opposer les références «critiques» à même de remettre «le texte et l'auteur à leur place», a insisté M. Wirsching, qui parle d'une entreprise de «démystification» du brûlot.

Les droits du seul livre jamais écrit par le dictateur nazi, en 1924 et 1925 alors qu'il croupissait en prison après un putsch manqué, sont tombés le 1er janvier dans le domaine public après avoir été détenus depuis 1945 par l'État régional de Bavière.

«Immuniser» les adolescents

Dans les faits, Mein Kampf est déjà «largement disponible, à la fois sur internet et dans les livraisons d'occasion», rappelle à l'AFP l'Américain Ronald Lauder, président du Congrès juif mondial. La fin des droits d'auteur ne change donc pas fondamentalement la donne.

Mais le symbole reste lourd au sortir d'une année 2015 marquée par les commémorations de la fin de la Seconde Guerre mondiale et de la libération des camps de concentration. Les candidats à la réédition ne se bousculent guère.

L'Allemagne comme l'Autriche continuent à interdire la publication du texte brut, sous peine de poursuites pour incitation à la haine raciale, mais la parution de versions commentées est désormais possible en Allemagne.

La première initiative en ce sens est venue de l'IFZ et a rapidement suscité la gêne des autorités bavaroises. Après avoir octroyé au projet un financement de 500 000 euros (770 000 $) en 2012, la Bavière est revenue l'année suivante sur sa décision pour ne pas heurter les victimes.

L'idée est de «déconstruire et mettre en contexte les écrits de Hitler: que pouvons-nous opposer, avec nos connaissances d'aujourd'hui, aux innombrables affirmations, mensonges et déclarations d'intention de Hitler?» s'est justifié l'institut munichois.

Un syndicat d'enseignants allemands s'est dit favorable à une utilisation au lycée de cette édition critique pour «immuniser» les adolescents contre l'«extrémisme», le syndicat majoritaire de la profession écartant cependant toute «lecture obligatoire».

Tabou en Israël

Au sein de la communauté juive, les réactions vont de la résignation face à l'audience dont jouit déjà l'ouvrage, largement diffusé en Inde, au Brésil, en Turquie ou dans les pays arabes, au souhait qu'il tombe définitivement dans l'oubli.

Ronald Lauder juge de son côté que le pamphlet aurait dû «être étudié correctement il y a 90 ans», avant que son auteur ne provoque «le pire massacre de masse dans l'histoire de l'humanité». A ses yeux, il ne mérite pas une édition spéciale alors que les chercheurs «y ont déjà facilement accès».

En France aussi un tabou va tomber avec la version commentée de Mon combat (le titre en français) promise par la maison d'édition Fayard et qualifiée de «catastrophe» par le président du Conseil représentatif des institutions juives (Crif), Roger Cukierman.

En Israël, la diffusion de l'ouvrage à une large audience reste interdite et l'entrée dans le domaine public n'y changera rien.

Andreas Wirsching dit comprendre la gêne qui entoure le projet de l'IFZ. Mais «il serait politiquement et moralement indéfendable et très risqué de ne rien faire» de cet ouvrage, a-t-il argué.

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