Le Multi, une pépite de notre patrimoine

La sixième édition du Multidictionnaire de Marie-Éva de... (PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE)

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La sixième édition du Multidictionnaire de Marie-Éva de Villers est mise en vente ces jours-ci.

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Rudy Le Cours
Rudy Le Cours
La Presse

Le temps passe, mais rien n'efface la détermination paisible et contagieuse de Marie-Éva de Villers quand il est question de défendre la langue française dans ce coin d'Amérique.

«On en est venu à diaboliser l'orthographe à un point tel que les enseignants en perdent leurs moyens, lance-t-elle en entrevue, irritée, mais sans hausser le ton. Pourtant, l'accord du participe passé s'enseigne en 15 heures avec tous les cas de figure possibles.»

La linguiste déplore la dévalorisation actuelle de la profession d'enseignant. Les universités peinent à recruter des candidats et des candidates, alors même qu'on sabre encore le budget des écoles, où «il n'y a pas de gras du tout».

Passé ce bref éditorial, Mme de Villers retrouve son franc sourire pour aborder l'oeuvre de sa vie, Le Multidictionnaire de la langue française, dont on met en vente la sixième édition ces jours-ci. Depuis son lancement en 1988, il est publié chez Québec Amérique, qui en vend bon an, mal an au Canada (mais surtout au Québec) de 30 000 à 35 000 exemplaires, ce qui en fait un succès commercial incontestable.

Et pour cause. Le Multi s'est imposé au fil du temps comme le meilleur outil de référence pour maîtriser les difficultés du français, en particulier celles propres aux Québécois et aux autres francophones du Canada.

Voilà pourquoi tant d'écoles secondaires, de cégeps et d'entreprises l'ont adopté.

Nouvelles réalités

Depuis la cinquième édition, qui remonte à 2009, de nouvelles réalités scientifiques, informatiques ou écologiques ont donné naissance à plusieurs mots qui enrichissent la sixième mouture.

Comme toujours, Mme de Villers recourt à la sémantique plutôt qu'à l'emprunt ou au calque pour nommer le nouveau et y apporter une définition précise, voire pour circonscrire un sens nouveau à un mot existant.

Cela donne, par exemple, «infonuagique» pour décrire l'informatique dématérialisée (ce que l'anglophonie nomme cloud computing). Mme de Villers oppose des termes français aux nombreux emprunts de l'anglais qui prolifèrent dans la langue parlée et dont les Français sont si friands.

Ainsi, en remplacement de «smoothy», elle propose «frappé aux fruits», à «tweet», «micromessage», aux «hashtags», les «mots-clics».

Quelques emprunts trouvent grâce comme «whip» ou «caucus», deux mots qui décrivent des réalités du parlementarisme britannique empruntées par notre vie démocratique.

Il en va de même avec «wifi» (sans trait d'union), dérivé de la marque de commerce Wi-Fi, qu'elle suggère de remplacer par «réseau sans fil». Le Multi indique aussi la prononciation. «Wifi» se prononce «ouifi» et non «ouaille-faille», comme on l'entend trop souvent au Québec. Comme dans les éditions précédentes, les sens proprement québécois sont indiqués par l'icône de la fleur de lis.

Ainsi, à «balise», le Multi précise qu'il peut s'agir d'un petit arbre coupé pour indiquer le tracé d'un chemin durant l'hiver, une réalité propre à chez nous.

La définition est même émaillée d'une citation d'Anne Hébert, tirée de Kamouraska, son grand roman.

Beaucoup d'exemples puisés dans les oeuvres de nos plus belles plumes enrichissent la présente édition. Mme de Villers compte d'ailleurs les multiplier à l'avenir.

Outil multiple

Le Multi compte aussi des tableaux clairs, conçus pour expliquer des particularités grammaticales comme la conjugaison des verbes réguliers et irréguliers, la concordance des temps ou l'accord des adjectifs décrivant la couleur.

Il synthétise aussi la rédaction et la présentation d'une correspondance d'affaires ou d'un curriculum vitae. Bref, comme le rappelle leslogan, c'est 10 outils en 1. Modernisme oblige, le Multi est aussi présent sur la Toile.

L'achat d'un exemplaire donne droit à un abonnement d'un an gratuit au portail où le corpus sera constamment mis à jour. Mme de Villers n'est plus employée de HEC Montréal, où elle a fait carrière. Elle se consacre entièrement à son Multi et à ses nombreuses déclinaisons.

«L'an prochain, je compte lancer Le Multi des petits», un ouvrage pour lequel elle s'adjoint les compétences d'une linguiste qui l'assistera désormais pour assurer la pérennité de ce beau morceau de patrimoine.

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Multidictionnaire de la langue française. Marie-Éva de Villers. Québec Amérique.

Consultez le site du Multidictionnairewww.multidictionnaire.com

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