Des traductions dignes de Richler

Mordecai Richler en 1996.... (Photo: archives La Presse)

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Mordecai Richler en 1996.

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Près de 14 ans après sa mort, l'écrivain montréalais Mordecai Richler est plus que jamais dans l'actualité. Sa ville natale lui a rendu un hommage posthume il y a quelques jours, et son célèbre roman The Apprenticeship of Duddy Kravitz deviendra comédie musicale à l'été. Mais le plus important, c'est peut-être que cinq de ses romans sont, pour la première fois, traduits par des Québécois.

«À mon avis, Mordecai Richler, c'est le pendant anglophone de Victor-Lévy Beaulieu, dit le directeur général de Boréal Pascal Assathiany. Ce sont deux personnages publics très controversés, qui disent des choses provocantes, parfois à dessein, mais qui, par leur oeuvre, s'imposent absolument. Je ne pense pas qu'il y ait grand-monde qui conteste leur talent. Il faut donc que leurs livres soient disponibles.»

Encore faut-il que ce talent soit bien traduit, dans le cas de Richler. Déjà, en 2011, Le Livre de poche avait fait retraduire Barney's Version de Richler (Le monde de Barney) à la faveur de l'adaptation cinématographique qui venait d'en être faite: on avait enfin une version française dans laquelle «Le Rocket» Maurice Richard n'était plus traduit par... «La Fusée»!

Cette fois, chez Boréal, ce sont cinq romans majeurs, tels The Apprenticeship of Duddy Kravitz (1959), Solomon Gursky Was here (1989) ou Joshua Then and Now (1980), qui sont retraduits en français, à l'intention de toute la francophonie.

Or, le grand coup de Boréal, c'est d'en avoir confié la traduction à un couple de traducteurs parmi les plus réputés de toute la francophonie: les Québécois Paul Gagné et Lori Saint-Martin.

«Pour traduire Richler, explique Paul Gagné, l'important était de trouver un équilibre entre le français québécois et le français international. Nous voulions donner une lecture moderne la plus intelligible possible pour le plus grand nombre de lecteurs francophones.» Et fait non négligeable, il y aura, pour la première fois, une unité de ton entre les cinq traductions, comme il en existe une entre les cinq romans en version originale.

Solomon avec nous

La première de leurs cinq traductions vient de paraître: Solomon Gursky, qui est certainement un des romans les plus épiques jamais écrits au Québec. Il y est autant question d'Inuits convertis au judaïsme(!), de la Longue marche de Mao, de la dernière expédition de Franklin dans l'Arctique en 1845, d'un corbeau maléfique et de six générations de la famille Gursky. Et il y est surtout question d'un Montréal révolu, le Montréal juif anglophone des années 50 et 60, dans le Québec d'avant les cégeps.

Oui, Richler y méprisait, dans quelques paragraphes, les Québécois francophones d'alors. Mais franchement, ce n'était rien à côté du colossal et prodigieux mépris qu'il éprouvait pour les juifs anglophones montréalais - et en fait pour le genre humain en général!

«C'est vrai, il est féroce, dit Lori Saint-Martin, il n'épargne personne. Mais c'est la marque d'un exceptionnel satiriste qui se moque de faiblesses humaines toujours existantes: les riches pingres, les investisseurs vaniteux, les hommes d'affaires mesquins, les poètes prétentieux, c'est encore d'actualité!» Comme d'ailleurs l'état des routes au Québec dès qu'on passe les douanes américaines.

N'empêche que c'est sans doute l'ironie de Richler la plus grande difficulté de traduction: le Montréalais adorait faire coexister la grande Histoire et des références extrêmement locales, qui n'avaient parfois cours que dans un certain quartier montréalais, et même dans une seule rue de ce quartier. À cet égard, il y a plus d'un parallèle entre l'univers de Richler et la rue Fabre de Michel Tremblay...

«C'est l'idée derrière ces traductions, conclut Pascal Assathiany, faire connaître le romancier et son oeuvre, au-delà du polémiste qu'il était. En Italie, Richler est une vedette absolue, il vend des centaines de milliers d'exemplaires - alors que ce n'est pas le cas en Espagne. C'est peut-être bien grâce à la qualité des traductions en italien!»

* * * *

Solomon Gursky. Mordecai Richler. Traduit par Lori Saint-Martin et Paul Gagné. Boréal, 672 pages.

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