Lecteurs ou simples consommateurs?

En clôture des 7es Rencontres interprofessionnelles des acteurs... (Photo: David Boily, La Presse)

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En clôture des 7es Rencontres interprofessionnelles des acteurs du livre, l'essayiste argentino-canadien Alberto Manguel a présenté une conférence intitulée Pouvoirs du lecteur.

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Daniel Lemay
La Presse

«L'industrie doit nous éduquer en bêtise...» Ainsi, éditeurs et libraires mettent beaucoup d'efforts à transformer les créatures intelligentes que nous sommes en consommateurs de ces choses appelées livres, objets unidimensionnels vendables «qui ne sont que surface et n'offrent aux lecteurs nulle possibilité d'exploration».

Voilà le diagnostic qu'a posé mercredi à la Société des arts technologiques l'essayiste argentino-canadien Alberto Manguel en clôture des 7es Rencontres interprofessionnelles des acteurs du livre, dans une conférence intitulée Pouvoirs du lecteur, l'acteur ultime de la chaîne du livre, celui qui «crée la signification d'un texte».

Jeune, à Buenos Aires, Alberto Manguel - Une histoire de la lecture, La bibliothèque, la nuit, etc. - avait songé à devenir libraire, celui des trois «magiciens» du livre qui se partagent le rôle de lecteur: l'auteur, d'abord, qui disparaît dès qu'il a remis son manuscrit à l'éditeur qui, à son tour, matérialise l'oeuvre avant de la remettre au libraire, dont le rôle est de donner au livre «une vie de société».

Mais qu'en est-il des «pouvoirs» du simple lecteur qui a réussi à déjouer les sombres visées de la grande industrie et à garder assez de discernement pour lire autre chose que les best-sellers étalés dans les vitrines des librairies dont l'espace, a souligné M. Manguel, est vendu au plus offrant?

«La lecture nous apprend à mettre l'autorité en question et à exiger une réinterprétation constante des règles traditionnelles», dit-il en rappelant que les mots étaient de «dangereuses créatures». Depuis toujours. En l'an 8 de notre ère, Ovide a été banni de Rome à cause d'un poème qui n'avait pas eu l'heur de plaire à l'empereur Auguste. Deux millénaires plus tard, combien d'actions plus ou moins légales menées par des puissants pour empêcher la publication d'un livre jugé non pas mensonger, mais, au contraire, trop enclin à énoncer des vérités?

«Les empires s'écroulent et la littérature demeure», mais comment le lecteur moderne, comme citoyen, garde-t-il sa capacité de remettre les choses en question alors qu'«écoles et collèges sont devenus des camps d'entraînement pour travailleurs qualifiés plutôt que des forums de questionnement et de discussion»? Et que, à l'avenant, les universités ne sont plus ces pépinières de ce que Francis Bacon appelait les «marchands de lumière»?

En matinée, mercredi, plusieurs intervenants avaient réclamé du gouvernement québécois une politique de la lecture qui encadrerait son apprentissage dès la maternelle et assurerait son développement par la mise en place d'un réseau de bibliothèques dont la démarche serait le fruit d'une action concertée des écoles, des villes et des ministères. Comme il se fait en Finlande, a expliqué Pirkko Lindberg, directrice des bibliothèques de Tempere, une ville de 200 000 habitants qui ne compte pas moins de 14 bibliothèques. La Finlande, dont la population (5,5 millions) est inférieure à celle du Québec (8,3 millions), dépense presque deux fois plus par année (82$ par habitant) que le Québec (44$) pour son réseau de bibliothèques.

Bien sûr, les dépenses publiques ne font pas foi de tout quand il s'agit de la lecture, que Christophe Evans, sociologue de la lecture, a présentée comme «la plus polymorphe des pratiques culturelles». L'approche doit être globale et intégrée pour préparer le jeune lecteur à cette aventure sans fin. Si, à l'instar d'Alberto Manguel, on croit que «lire c'est revendiquer le droit à l'immortalité humaine, parce que la mémoire de l'écriture englobe tout et ne connaît pas de limites».

Céline Dion et ses musiciens

Ainsi Céline Dion a décidé de se séparer de quatre de ses sept musiciens, dont trois la servaient avec compétence - et discrétion - depuis plus de 20 ans. Vingt-huit ans dans le cas du chef d'orchestre Claude «Mégo» Lemay dont la réaction - le pianiste parle de «la gifle de [son] congédiement» - laisse entendre que la décision est arrivée comme une surprise et serait le seul fait du nouveau gérant de la chanteuse, Aldo Giampaolo.

Pas besoin, toutefois, de connaître les rouages du showbiz pour comprendre que le manager d'une artiste du prestige de Céline Dion ne prend pas une telle décision sans l'aval de la vedette... «En passant, Céline, j'ai congédié ton chef et trois de ses gars. On va se reparler pour le remplaçant...»

Ça ne se passe pas comme ça.

Il est tout à fait légitime qu'une chanteuse veuille donner «un souffle nouveau» à son spectacle. Ou en rajeunir l'image. Pourquoi alors ne pas repartir avec un band tout à fait nouveau? Y avait-il de la chicane, des dissensions dans le groupe?

Ou Mme Dion et son entourage ont-ils l'intention de donner plus de latitude aux musiciens qui n'ont toujours eu comme mandat que de reproduire sur scène - ce qu'ils faisaient magnifiquement - la musique des CD, toujours enregistrés avec des musiciens de studio, américains pour la plupart? Jamais un «crack» comme le guitariste André Coutu, congédié lui aussi, ne se lançait dans des solos qui auraient donné un peu de relief à des spectacles où tout est concentré sur la seule vedette.

Quoi que l'on pense par ailleurs de l'homme ou du personnage, René Angelil a toujours donné une vaste place aux Québécois dans le lot de collaborateurs qui entourent Céline Dion. D'où viendra ce «souffle nouveau» évoqué par son successeur, qu'apportera-t-il à «sa» vedette?

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