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La demande de livres en anglais fait mal aux libraires

Coropriétaire de la librairie L'Écume des jours, Roger... (Photo: Ulysse Lemerise, collaboration spéciale La Presse)

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Coropriétaire de la librairie L'Écume des jours, Roger Chénier quittera son local de la rue Saint-Viateur mercredi, la mort dans l'âme.

Photo: Ulysse Lemerise, collaboration spéciale La Presse

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Marie-Michèle Sioui
La Presse

Ils étaient un peu comme les derniers Gaulois dans le quartier multiculturel qu'est le Mile End. Voilà maintenant que le départ des libraires de L'Écume des jours, rue Saint-Viateur, attire l'attention sur la hausse de la demande en littérature anglophone, une situation qui préoccupe tant les marchands de livres que l'Association des libraires du Québec (ALQ).

Maryse Dubois et Roger Chénier quitteront leur local mercredi, la mort dans l'âme. Le propriétaire de l'immeuble séparera leur ancien local en deux, mais ce n'est pas là la pire balafre que le couple de libraires gardera. Depuis environ cinq ans, le chiffre d'affaires de L'Écume des jours ne cessait de diminuer. Peu à peu, la demande de livres en anglais est venue gruger le marché que le couple courtisait depuis une quinzaine d'années. Elle a grugé leur mince marge de profit aussi.

«On a essayé de faire entrer des livres en anglais, mais on est des libraires formés en français. On connaît les éditeurs, les distributeurs français», explique Maryse.

Au fil des ans, les «copropriétaires, amis et amants», comme ils plaisent à se décrire, ont vu certains de leurs clients francophones se faire expulser du quartier. De plus en plus, ils se sont mis à entendre leur voisinage discuter en anglais et acheter chez l'éditeur Drawn and Quarterly, une rue plus au nord. «Quand ils ont commencé à faire entrer certains livres en français là-bas, je ne l'ai pas trouvée drôle», admet Maryse, qui tenait à défendre «son» territoire.

À l'ALQ, la directrice générale, Katherine Fafard, ne s'étonne pas du départ de L'Écume des jours. «On croit à une hausse du nombre de lecteurs en anglais, mais on ne peut pas la chiffrer», dit-elle.

C'est que l'Observatoire de la culture et des communications du Québec ne comptabilise pas les ventes de livres en anglais. Pour l'instant, seuls les libraires confirment la tendance. «À la librairie Carcajou, à Rosemère, on a fait entrer 6000 titres en anglais en raison de la demande», illustre Katherine Fafard.

Pressions du milieu du livre

«C'est une demande du milieu du livre d'avoir accès à ces chiffres, parce que les éditeurs, les distributeurs et les libraires se rendent tous compte que ce type de demande augmente», ajoute-t-elle. Surtout, «comme les livres numériques ne comptent que pour 2% des ventes», Katherine Fafard croit que la baisse des ventes de livres en français pourrait être directement liée à la hausse de la demande de livres écrits en anglais.

Quelques années avant la «crise du livre» observée en 2007, l'Institut de la statistique du Québec (ISQ) avait estimé à 10,5% la part des livres québécois distribués en anglais. Mais l'Institut soulignait que «la structure canadienne de distribution de livres anglophones» ne lui permettait pas de porter un jugement «sur l'accessibilité réelle des livres en anglais au Québec» puisqu'une partie de ceux-ci sont distribués directement à partir des entrepôts ontariens.

«Tout porte à croire, cependant, considérant la faible distance de ces entrepôts, que cette accessibilité est également assez bonne», notait alors l'ISQ.

Fermeture à Toronto

Mardi, la dernière librairie francophone de Toronto, la Maison de la presse, fermera ses portes. Ouverte dans les années 80, elle n'était plus rentable depuis 10 ans. Toronto accueille pourtant de plus en plus de locuteurs français: la population francophone y est passée de 110 000 en 2006 à environ 125 000 en 2011. Les propriétaires montrent du doigt le ralentissement de la vie touristique et les travaux; d'autres soulignent que la majorité des francophones de l'Ontario sont bilingues puisqu'ils utilisent l'anglais au travail.

Quant à L'Écume des jours, elle devrait être remplacée par une sandwicherie. Et ce n'est pas un hasard, selon Roger Chénier et Maryse Dubois. «C'est en plein le genre de commerce qui vise la «clientèle Ubisoft»», disent-ils. Une clientèle jeune, friande du «numérique» et souvent anglophone. Une clientèle qui fréquente peu L'Écume des jours, en somme.




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