Un jour, ce livre m'a aidé...

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India Desjardins... (Photo: Robert Mailloux, archives La Presse)

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India Desjardins

Photo: Robert Mailloux, archives La Presse

Chantal Guy
La Presse

Tout lecteur a un moins un livre comme refuge. Nous avons demandé à quelques personnes de nous dire pourquoi, un jour, un livre a transformé leur vie, et pourquoi ils aiment souvent le relire. Voici un aperçu de leurs réponses.

Christian Mistral (Vamp, Vautour, Valium)

«Je ne mentionnerai que les livres que j'ai lus à répétition. Un très court, un très long. A Christmas Carol, la novella de Charles Dickens, chaque hiver aux approches de Noël, pour me réchauffer la religion de l'esprit du dindon de la farce du temps des fêtes. Et East of Eden, seulement pour arriver au dernier mot prononcé par Adam Trask: «Timshel!» Il faut passer de janvier à presque tout décembre pour éprouver Noël, et il faut lire tout le roman de Steinbeck pour frémir à la fin.

Nicolas Dickner (Nikolski, Tarmac)

«J'ai maintes fois relu Volkswagen Blues entre 1993 et 1997. Je souffrais d'anxiété, à cette époque, et l'univers très calme, très organisé de Jacques Poulin me rassurait. Ce roman imposait son rythme au lecteur: il fallait avancer lentement si on voulait saisir les sous-entendus, les motifs en filigrane, les double sens. Cette lenteur m'a souvent aidé à garder le cap. Il suffisait de lire Poulin pour me calmer - un phénomène plutôt paradoxal, à bien y penser, puisque Volkswagen Blues demeure un récit inquiétant et mélancolique.»

India Desjardins (La série des Aurélie Laflamme)

«Moi, c'est Harry Potter! À cette époque (il y a une dizaine d'années), tout le monde parlait d'Harry Potter. On m'avait prêté la série en me disant: il FAUT lire ça! Je n'aime pas vraiment les romans fantastiques, et j'ai un esprit de contradiction. Donc, j'avais rangé les livres dans ma bibliothèque en me disant que peut-être un jour, je les lirais. Puis, survient une peine d'amour. Il. Ne. Fallait. Pas. Que. Je. Rappelle. Le. Gars. Je me cherchais donc une activité pour me changer les idées et m'éloigner du téléphone. Je sors donc le premier tome de la série. Et ça a été le coup de foudre! J'ai dévoré la série. Je n'ai jamais rappelé le gars. Et ça m'a fait redécouvrir le plaisir de lire, simplement pour le plaisir.»

Véronique Marcotte (Les revolvers sont des choses qui arrivent, Tout m'accuse)

«La ligne est mince entre la fiction et la réalité, que l'on soit du côté du lecteur ou de celui de l'écrivain. Je suis présentement plongée dans un livre dans lequel je suis obligée de m'abandonner sans me poser la question. En l'occurrence, la fiction m'aide à traverser des périodes plus sombre, et je tente de combattre le «chaud par le chaud» en lisant sur les sujets qui, dans l'heure, me bouleversent. Ces jours-ci, c'est Lunar Park, de Bret Easton Ellis, qui m'aide à comprendre les côtés obscurs des créateurs, leur déséquilibre, et l'instabilité universelle qui, à mon avis, nous habitent tous à l'instar d'être une légende urbaine. Résultat: j'arrive à amenuiser l'importance que j'accorde à mes propres hallucinations, que ce soit quand j'écris un livre ou lorsque je crée un spectacle. Le protagoniste de Lunar Park est à la fois effrayant et fascinant dans sa manière d'effacer le trait entre sa propre vie et celles qu'il imagine. C'est en croyant ne jamais atteindre ce niveau d'aliénation que je me console de mes propres lubies! À l'aube de tourner la dernière page de ce livre, je sais que j'y reviendrai souvent. Ne serait-ce que pour éclairer ma propre ligne entre le réel et l'irréel...»

D. Kimm (Directrice artistique, Les Filles électriques et le Festival Voix d'Amériques)

«Curieusement, mes livres préférés ne sont pas dans ma bibliothèque mais prêtés, perdus ou égarés. Je ne sais plus si c'est dans La vie matérielle ou Écrire. Marguerite Duras y avance cette idée que les mères sont folles, idée qui traverse toute son oeuvre. Étant moi-même mère je le savais... mais ça m'a fait du bien de le lire. C'était fulgurant, je me suis reconnue, je me sentais moins seule. Elle nommait quelque chose que je pressentais mais que je n'avais jamais osé envisager. C'est vrai que les mères doivent être folles pour alimenter et nourrir leurs enfants, faire croire que la vie est merveilleuse malgré les déceptions et les douleurs. Les mères doivent être folles pour raconter des histoires et inventer des jeux et répondre à toutes les questions. Mais parfois elles deviennent étrangement silencieuses, perdues dans des pensées troublées. Duras en avouant que les mères sont folles leur rend hommage, comme si elles étaient des personnages intéressants dignes d'être dans un film ou un roman. Parce que les mères folles sont aussi des femmes avec un corps de femme et une vie de femme.»

Madeleine Gagnon (Lueur, Au coeur de la lettre, Là où les eaux s'amusent, À l'ombre des mots)

«J'avais douze ans. Depuis deux semaines, je languissais au fond d'un lit, malade à ne plus pouvoir avaler de nourriture solide, malade de la douleur insoutenable à la gorge. Et malade d'avoir perdu mon école et mes amis. Déprimée aussi de l'horizon rétréci de la chambre et du lit. Un matin, mesurant sans doute l'ampleur de mon désarroi, ma mère, ancienne institutrice de rang avant son mariage et qui eut 10 enfants, dont moi, la cinquième, me remit un livre en me disant tout simplement: «Lis ça!». En ce temps-là, les mères n'avaient ni le temps des longs discours ni accès aux bibliothèques pour enfants, qui n'existaient pas. Je regardai la couverture et vis le titre et le nom de l'auteur. Il s'agissait de L'oublié, de Laure Conan. Je lus tout d'une traite, émerveillée. L'horizon qui était mien s'élargit aux dimentions de l'univers. Je fus projetée dans un autre temps, un autre espace, d'autres histoires d'humains jamais entendues, d'autres personnages jamais aperçus dans mon voisinage. C'était donc possible, avec un seul objet, en l'occurence le livre, de voyager loin, d'imaginer d'autres vies et d'autres destins? D'être ailleurs tout en étant dans mon lit que je ne voyais d'ailleurs plus. J'étais soufflée. J'étais guérie. Ce fut là le premier miracle de ma jeune vie. Il y en aurait d'autres, je le pressentais. Non seulement, le temps avait passé tout seul, comme à mon insu, mais j'avais été transportée loin de ma douleur et de mon ennui. C'est alors que je me fis la promesse solennelle d'écrire aussi quand je serais grande. Et de redonner à de jeunes voyageurs perdus, la possibilité de se retrouver en s'égarant un peu grâce aux chemins inouis tracés par les lignes des phrases dans la forêt des histoires.

Une histoire du X1Xe siècle avait remis une petite fille du XXe sur la route de l'espoir où de grands espaces s'ouvraient comme des cadeaux. Des présents que le passé avait ramenés. Avec les jeunes qui m'entourent depuis toujours, je n'ai jamais oublié la leçon.»

Suzanne Jacob (Flore Cocon, Laura Laur, Rouge mère et fils, Histoires de s'entendre)

Un livre m'a guéri d'une cécité dont aucun ophtalmo n'aurait jamais pu venir à bout. C'est arrivé cette année. Ce livre s'appelle Traité de physique. Il a été écrit par René Lapierre et publié aux Herbes Rouges en 2008. À prescrire à toute personne désireuse de voir le jour se lever, ou la nuit et les étoiles, ou le silence et l'amour et la passion. Bonne chance avec vos remèdes, il ne faut jamais suivre les doses suggérées, il faut expérimenter soi-même et se fixer ses propres doses!

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