Les défis du Nunavik

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Dans les CPE du Nunavik, les éducatrices sont formées en inuktitut, langue des Inuits. Même le matériel didactique destiné aux enfants a été créé dans cette langue.

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Stéphane Champagne

Collaboration spéciale

La Presse

Problèmes sociaux, crise du logement, coût de la vie élevé; les Nunavimmiuts (résidants du Nunavik) ne l'ont pas facile. Heureusement, tout n'est pas noir dans cette vaste étendue boréale qui représente le tiers du territoire québécois, mais dont la population est d'à peine 13 000 personnes. Par exemple, la construction de nouvelles garderies crée des emplois de qualité. Mais surtout, elle apporte beaucoup de stabilité aux quelque 90% d'Inuits qui vivent là-haut. Portrait d'une région (très) éloignée et souvent mal comprise.

Précisons d'emblée que le Nunavik n'est pas une région administrative, mais bien un territoire régi par la Convention de la Baie-James. Contrairement aux Premières Nations, les Inuits ne sont pas soumis à la Loi sur les Indiens. Leurs revenus sont donc imposés comme tous les autres Québécois et ils paient des taxes sur les biens et services qu'ils consomment.

L'un des plus beaux succès des dernières années au Nunavik est la mise en place de garderies subventionnées, soit l'équivalent des CPE du Québec méridional. Une 20e garderie est actuellement en construction à Kangiqsujuaq, l'un des 14 villages nordiques du Nunavik. Un investissement d'environ 3 millions qui créera 45 places dans ce coin de pays où le taux de natalité est deux fois plus élevé que dans le reste du Québec.

Ce type d'infrastructure est en train de transformer la vie des Inuits, croit Margaret Gauvin, directrice du secteur Emploi durable à l'Administration régionale Kativik (ARK). «On croit que ça va être payant pour la société à court et à moyen terme, dit-elle. Les garderies ont amené les femmes sur le marché du travail. Elles ont réduit le nombre de gens sur l'aide sociale.

«On a créé de l'emploi pour 275 personnes qui travaillent à temps plein et à temps partiel.»

Le plus beau est que les éducatrices sont formées en inuktitut, langue des Inuits. Même le matériel didactique destiné aux enfants a été créé dans cette langue. De concert avec l'Université Laval, un service de nutrition basé sur l'alimentation locale a également été mis en place dans les CPE, explique Mme Gauvin, que plusieurs qualifient de «mère des garderies» au Nunavik.

Fédération des coopératives

L'autre grand succès de ce territoire situé au nord du 55e parallèle est la Fédération des coopératives du Nouveau-Québec (FCNQ). Fondé en 1967 par une poignée de sculpteurs qui en avaient assez d'être dupés par les revendeurs d'art, le mouvement coopératif est désormais le plus grand employeur non gouvernemental de la région avec près de 300 employés à temps plein et 50 employés saisonniers. À cela s'ajoutent 120 employés à temps plein à Montréal.

Détenue et gérée par les Inuits et les Cris, la FCNQ administre les 14 magasins de vente au détail dans autant de villages nordiques. Les services bancaires et de bureaux de poste, la télévision par câble et les services internet sont sous sa responsabilité. Idem pour la gestion des hôtels, d'une agence de voyages et de plusieurs camps de chasse et de pêche. L'entreposage en vrac et la distribution d'approvisionnement essentiel en huile et en carburant sont également dans la ligne de mire de ce mouvement coopératif.

De 1,1 million en 1967, le chiffre d'affaires de la FCNQ dépasse aujourd'hui les 150 millions.

Crise du logement

Malgré ces belles avancées, les problèmes sociaux subsistent au Nunavik. La crise du logement sans précédent et le coût de la vie qui ne cesse de grimper sont particulièrement criants ces temps-ci.

La situation du logement dans le Nunavik est «catastrophique», lance Joey Lance, de la société Makivik, organisme ethnique fondé en marge de la Convention de la Baie-James. Il manque environ 900 logements.

Résultat, ils sont parfois quinze personnes, issues de trois, voire quatre générations, à vivre entassés dans un logement de quatre pièces et demie. «Mélangez cela à du chômage et de l'alcool, et vous aurez des problèmes de violence conjugale et d'inceste. Si on réglait le problème du logement une fois pour toutes, on corrigerait bien des problèmes sociaux», confie une porte-parole de Makivik qui requiert l'anonymat.

Entre 1994 et 1998, le gouvernement fédéral a cessé de financer les logements sociaux dans le Grand Nord du Québec. Ce manque à gagner, couplé à un taux de fécondité de 3,2 enfants par femme, n'a fait qu'accroître le problème. Il faudrait 185 millions pour construire les 900 logements manquants. Bernard Valcourt, ministre fédéral des Affaires autochtones que les gens de Makivik ont finalement réussi à rencontrer après plusieurs demandes, s'est dit «alarmé» par la situation.

Coût de la vie

Le coût de la vie est lui aussi très alarmant. Selon une étude de l'Université Laval, les produits alimentaires coûtent 70% plus cher au Nunavik qu'ailleurs au Québec. L'alimentation accapare 40% du budget familial. Pour les produits d'hygiène et d'entretien ménager, ça varie entre 100% et 250%, soutient Maggie Emudluk, présidente de l'ARK.

Mme Emudluk se réjouit de l'arrivée d'un nouveau programme de subvention, qui est en place depuis le 1er avril. De 2014 à 2017, le gouvernement du Québec fait passer son aide de 5 à 10 millions annuellement afin d'alléger le fardeau des Nunavimmiuts.

«Nous payons des taxes comme les autres Québécois, pourquoi ne pas avoir les mêmes services? s'interroge la présidente de l'ARK. Nous sommes mal équipés. Notre hôpital est vieillissant. Nous n'avons pas de cégep. Et, oui, le coût de la vie augmente sans cesse. Mais je vois plus d'espoir qu'avant.»

Aux élections provinciales du 7 avril dernier, les gens du Nunavik (circonscription d'Ungava) ont élu un député libéral qui fait partie d'un gouvernement majoritaire. Reste à voir le genre d'incidence que cela aura sur la vie des Inuits du Grand Nord québécois.

LE NUNAVIK EN CHIFFRES

14

Nombre de villages nordiques sur le territoire du Nunavik. Ils n'ont pas le statut de réserves, mais de municipalités.

54%

Proportion de la population du Nunavik qui est âgée de moins de 25 ans. En fait, 34% de la population a moins de 15 ans.

66

L'espérance de vie au Nunavik est de 66 ans, contre 82 ans dans le reste du Québec.

89%

Proportion de la population inuite sur l'ensemble du territoire du Nunavik.

12 090

Nombre de résidants au Nunavik.

507 000

Superficie totale (eau et terre ferme), en kilomètres carrés, du Nunavik, ce qui représente le tiers du territoire du Québec.




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