Boucler le budget avec son REER... avant la retraite

Avant d'investir, il faut savoir que les REER... (Illustration La Presse)

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Avant d'investir, il faut savoir que les REER des fonds de travailleurs sont moins souples que les autres.

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Marc Tison
La Presse

Johanne a 58 ans. Son conjoint Gilles vient de franchir la soixantaine. Ce n'est pas la retraite qui les préoccupe, mais bien le quotidien.

Gilles touche sa rente de la RRQ depuis janvier. Il n'est pourtant pas retraité. La prestation de 582 $ sert à boucler le budget du couple.

« Il est à la recherche d'un emploi, mais à notre âge, c'est un peu plus difficile », confie Johanne.

Elle gagne un salaire de 48 000 $ par année.

Le couple est propriétaire d'une maison d'environ 250 000 $, dans la couronne nord de Montréal.

La créance hypothécaire s'élève encore à 67 000 $. Ils y consacrent 754 $ par mois, impôts fonciers inclus.

Le prêt-auto de leur seconde voiture leur coûte 289 $ par mois.

Johanne paie également 268 $ par mois pour rembourser un prêt REER de 10 000 $ qu'elle avait contracté pour remplumer ses épargnes de retraite. « Il y a eu un temps où on pensait qu'on fonctionnerait à deux salaires, explique-t-elle. Il y avait un plan de match, mais il est tombé à l'eau. »

La marge de crédit du couple, utilisée à hauteur de 15 000 $, en a subi les contrecoups.

« Pour payer toutes les dépenses mensuelles, nous utilisons les REER de mon conjoint », ajoute Johanne. Elle estime qu'il faut puiser environ 8000 $ par année dans le REER de Gilles pour combler le déficit.

Cette réserve est pourtant mince : Gilles y détient encore 30 000 $.

Pour compliquer les choses, la maison aura éventuellement besoin de réparations.

La réfection du toit sera bientôt nécessaire. Les fenêtres devront être remplacées.

« J'en suis rendue à me questionner sur le fait de garder la maison », lance Johanne.

Elle entrevoit quatre avenues de solution.

-« Réhypothéquer la maison, faire les travaux, payer la marge, mais je n'aurai pas de liquidités pour les dépenses. »

-« Vendre et louer un logement et se servir de l'argent de la vente pour les dépenses (en restant très vigilants sur les dépenses, l'argent doit durer longtemps). »

-« Chercher un plus petit condo moins cher, mais la problématique demeure présente. »

-« Continuer à utiliser les REER de mon conjoint et vendre plus tard en espérant qu'aucun pépin ne nous arrive. »

Existe-t-il d'autres solutions ? se demande-t-elle.

« S'il arrive un pépin majeur, on est vraiment dans la merde ! Est-ce qu'on continue comme ça ou non ? On est dans une espèce de cercle vicieux. »

Bien sûr, la situation se présenterait mieux si Gilles trouvait un emploi. « Il cherche encore comme s'il avait 45 ans, observe Johanne. Je lui ai fait comprendre qu'il fallait peut-être qu'il change sa vision des choses. Je lui ai conseillé de dire qu'il est à la retraite : son approche va être différente. »

Un revenu de 30 000 $ ferait toute la différence...

PORTRAIT

Johanne, 58 ans

Revenus : 48 000 $

REER : 146 000 $

Gilles, 60 ans

Sans travail

Rente de la RRQ : 582 $/mois

REER : 30 000 $

Propriété

Unifamiliale, évaluation municipale de 243 000 $

Solde hypothécaire : 67 000 $

Mensualité : 754 $, impôts fonciers compris

Prêt auto : 289 $/mois

Seconde voiture payée

Prêt REER de 10 000 $ : 268 $/mois

Dettes sur marge de crédit : 15 000 $ (incluant la carte de crédit)

Déficit budgétaire annuel : environ 8000 $, puisés dans le REER de Gilles.

TROUVER LE BON TOIT

Il y a urgence. Comme l'observe elle-même Johanne, « quand on utilise les REER pour payer les fins de mois, il faut trouver des solutions ».

Des solutions, Danielle Dozois, planificatrice financière au Groupe Mathieu Turgeon, en propose trois, qui s'appuient toutes sur le petit résumé suivant.

Chaque mois, le couple verse 517 $ pour son solde hypothécaire de 67 000 $, 289 $ pour le prêt-auto d'environ 5000 $, 268 $ pour le prêt REER de 10 000 $, et 300 $ pour la marge de crédit de 15 000 $.

Ces dettes totalisent 97 000 $.

« Actuellement, le remboursement leur coûte 1374 $ par mois », souligne Mme Dozois.

Scénario 1

« La première solution est simple, lance-t-elle : on hypothèque la maison. »

Il s'agit de contracter un nouveau prêt de 110 000 $, utilisé comme suit :

- 67 000 $ pour le solde hypothécaire actuel ;

- 30 000 $ pour rembourser les prêts auto et REER et la marge de crédit ;

- 13 000 $ pour remettre le toit en état.

« Mais je n'ai rien mis pour les fenêtres », précise la planificatrice.

Pour autant qu'elles soient étanches...

L'amortissement de cette nouvelle hypothèque est étiré sur 25 ans, alors que l'échéance du prêt actuel est de 16 ans.

Avec un taux d'intérêt de 3 %, la mensualité hypothécaire s'établirait à 521 $.

« C'est une économie de 853 $ par mois », souligne Mme Dozois.

Il existe un nom un peu rébarbatif, mais bien connu pour cette opération : consolidation de dettes.

Utilisé à bon escient, c'est un outil qui peut tirer une épine du pied, d'embarras et dans la cible.

« Ils économisent ainsi 10 236 $ par année, ce qui évite de puiser 8000 $ dans les REER de son mari », insiste notre planificatrice.

Elle ajoute une mise en garde : « Cependant, il ne faudra pas que Johanne s'endette à nouveau parce qu'elle n'arrive toujours pas à boucler son budget. »

Scénario 2

Second scénario : Johanne et Gilles vendent leur maison à sa valeur estimée, soit environ 250 000 $. Ils acquittent les 97 000 $ de dettes et créances, ce qui leur laisse 153 000 $.

Avec cette somme, « ils achètent un condo, quelque chose qui ne serait pas tellement plus cher que 200 000 $ », expose Danielle Dozois.

Dans la couronne nord où ils habitent, on trouve des condos à ce prix, soutient-elle.

Un prêt hypothécaire de 50 000 $, amorti sur 25 ans, produirait une mensualité de 237 $.

« C'est une économie mensuelle de 1100 $ par mois, soit 13 200 $ par année », indique-t-elle. Johanne et Gilles s'épargneraient aussi les soucis de l'entretien de la maison et du terrain.

« Étant donné leur âge et le point où ils sont rendus dans la vie, ce serait peut-être une hypothèse intéressante. »

Scénario 3

Troisième scénario : le couple vend sa maison, acquitte ses dettes, encaisse un capital de 153 000 $ et loue un logement.

« J'ai fait l'hypothèse d'un loyer de 800 $, mais la réalité est beaucoup autour de 1000 $ », prévient toutefois la planificatrice. « C'est une dépense de 12 000 $ par année. En supposant un rendement annuel de 5 %, le capital est épuisé à 80 ans. »

Tout comme les deux conjoints, sans doute.

« Je n'aime pas cette option, confie la planificatrice. Ils mangent leur capital pour un loyer qu'ils seraient mieux de se verser à eux-mêmes. Pour moi, la solution 2 est la plus intéressante, à moins qu'ils tiennent vraiment à rester dans leur maison. »

Elle suppose que les impôts fonciers et les charges de copropriété du condo équivaudraient sensiblement aux impôts fonciers et aux coûts d'entretien actuels.

« Il y a quelque chose que Johanne ne semble pas avoir compris, observe-t-elle encore. Elle disait qu'en vendant la maison et en rachetant un condo, elle restait dans la même problématique. Mais non, ça lui coûte bien moins cher par mois parce qu'elle a pu payer ses dettes. »

Bien entendu, un emploi pour Gilles couronnerait cette stratégie.




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