Lutte pour la survie des sports de combat à Montréal

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Une lettre envoyée au CKBAQ mentionne que le kickboxing pourrait être légalisé avant les autres sports de combat, étant donné sa collaboration de longue date avec le MELS.

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Les adeptes de sports de combat préparent leur défense pour obtenir le droit de tenir légalement des tournois amateurs, après l'annulation d'une dizaine de compétitions ces derniers mois à Montréal, à la suite de l'intervention de la police.

Les combats de kickboxing, de jiu-jitsu et d'autres arts martiaux étaient auparavant tolérés, mais le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a commencé à sévir au cours des derniers mois, après avoir reçu des plaintes.

Des athlètes d'Afrique du Sud ont dû annuler à la dernière minute leur voyage au Québec, en raison de l'annulation de trois galas de kickboxing prévus au Casino de Montréal ces dernières semaines. De tels événements ont pourtant été présentés régulièrement à la maison de jeu depuis quelques années.

Deux compétitions de jiu-jitsu ont aussi été annulées, notamment un championnat nord-américain qui devait se tenir en février au Centre Pierre-Charbonneau.

Absurdité bureaucratique

Les organismes qui encadrent ces sports de combat disent faire les frais de délais causés par la bureaucratie provinciale, à la suite de modifications au Code criminel datant de 2013. Cette année-là, la loi a été changée pour interdire les «combats concertés», sauf pour les sports olympiques.

La loi précise que les provinces peuvent mandater une «commission athlétique» pour superviser les tournois amateurs de sports de combat qui ne sont pas reconnus par le Comité international olympique (CIO).

Or, Québec n'a toujours pas désigné officiellement d'organisme pour jouer ce rôle.

Pourtant, c'est ce que fait depuis 1989 la Corporation de kickboxing amateur du Québec (CKBAQ). Pour cet organisme, la situation semble absurde : il est reconnu par le ministère de l'Éducation, des Loisirs et du Sport (MELS), qui lui verse une subvention annuelle de 5000 $ pour encadrer les combats amateurs de ce sport. Il a même une lettre d'un responsable attestant que «la CKBAQ est un organisme de régie sportive reconnu et subventionné par le Ministère. Elle joue un rôle de premier plan en matière d'accessibilité, de qualité et de promotion de ce sport».

Cela n'empêche pas le SPVM de juger illégales les compétitions de kickboxing chapeautées par la corporation.

«On a un protocole d'entente avec le Ministère pour fournir les arbitres, les officiels et les équipements de sécurité pour une trentaine de compétitions par année», explique Pierre Breton, président de la CKBAQ. «Même si on a des documents confirmant qu'on est reconnus, le SPVM nous a dit que si on tenait nos combats au Casino, ils allaient débarquer pour arrêter tout le monde.»

Plutôt que de prendre un tel risque, le promoteur a préféré reporter les compétitions.

Combats illégaux au casino

Un organisme paragouvernemental, Loto-Québec, propriétaire du Casino de Montréal, a donc présenté des événements considérés comme illégaux par la police. Le Casino était l'hôte des combats, mais n'en était pas l'organisateur.

«Des événements de kickboxing sont organisés au Québec depuis plusieurs décennies. Nous n'avions donc aucune indication au sujet de la non-légitimité des événements», souligne Patrice Lavoie, porte-parole de Loto-Québec.

La police n'a pas sévi lors de combats tenus à l'extérieur de Montréal, sauf pour une compétition qui devait avoir lieu à Rimouski le mois dernier.

Pétition

Pour mettre fin à l'impasse, qui suspend une épée de Damoclès au-dessus de tous les projets de compétition, les organismes qui encadrent ces sports de combat se sont unis pour déposer une pétition sur le site de l'Assemblée nationale.

Ils demandent que soient reconnus et légalisés le kickboxing, le low-kick, le jiu-jitsu, les arts martiaux mixtes et la boxe Muay Thai, déjà encadrés par des fédérations sportives qui «ont régi et sanctionné ces sports depuis plusieurs années, en limitant la gravité des blessures», souligne le texte qui accompagne la pétition, qui a recueilli 379 signatures jusqu'à maintenant.

«Les compétitions, c'est la seule façon pour les clubs de faire un peu d'argent pour rester en vie», se désole Fernand Morneau, président de la Fédération québécoise de boxe mixte (FQBM), qui encadre le jiu-jitsu et les arts martiaux mixtes.

«Il y a eu des faillites, une vingtaine de clubs ont fermé leurs portes ces dernières années. Des athlètes ont perdu leur lieu d'entraînement.»

Selon M. Morneau, si les fédérations sportives comme la sienne n'encadrent plus les compétitions, de crainte d'avoir des ennuis avec la police, des combats risquent d'être organisés quand même, mais sans aucune supervision, ce qui pourrait être dangereux.

Il souligne aussi que si des champions comme Georges St-Pierre et Jean-Yves Thériault ont réussi à faire leur marque et à devenir des combattants professionnels, il a fallu qu'ils commencent comme amateurs.

Les sports de combat en bref

Pourquoi c'est illégal, selon le SPVM

Le SPVM a reçu des plaintes avant certains combats, de la part de groupes qui se font concurrence. Ses avocats ont conclu que ces événements étaient illégaux. « Pour être légal, un sport de combat doit être reconnu par le Comité international olympique (CIO), conformément à l'article 83 du Code criminel. Le jiu-jitsu brésilien et le kickboxing ne font pas partie des sports de combat amateurs reconnus. Ces sports sont donc toujours illégaux au Québec », a expliqué le service des communications du SPVM, dans une réponse par courriel. Le karaté, le taekwondo, le judo, la boxe, la lutte libre et la lutte gréco-romaine sont reconnus par le CIO.

Un décret attendu

Ce que dit l'article 83 du Code criminel, c'est que les « combats concertés » sont illégaux, sauf pour les sports reconnus par le CIO et pour les « matchs de boxe ou d'arts martiaux mixtes tenus avec la permission ou sous l'autorité d'une commission athlétique ou d'un organisme semblable établi par la législature de la province ». Le problème, c'est qu'il faut un décret législatif désignant officiellement des organismes pour encadrer ces sports au Québec, et que le MELS n'a pas encore agi à ce sujet.

Priorité au kickboxing

Au Ministère, on explique qu'on attendait « les recommandations du Groupe de travail fédéral/provincial-territorial sur la sécurité dans les sports de combat. Celles-ci ont été émises en juin 2016 », a indiqué un porte-parole, par courriel. Une lettre envoyée au CKBAQ mentionne que le kickboxing pourrait être légalisé avant les autres sports de combat, étant donné sa collaboration de longue date avec le MELS.




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