Un maire se dit victime d'un complot «politico-syndicaliste»

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Normand Marinacci est le seul maire d'arrondissement à avoir été élu sous la bannière du parti Vrai changement pour Montréal en 2013.

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Le syndicat des cols blancs de Montréal somme le maire Denis Coderre d'intervenir dans l'arrondissement de L'Île-Bizard-Sainte-Geneviève pour mettre fin au climat de travail malsain avant qu'un employé « se suicide ». Le maire de l'arrondissement Normand Marinacci soutient être visé par un « complot politico-syndicaliste » du maire Coderre et du syndicat et dément toutes les allégations de harcèlement psychologique contre lui ou son bras droit, la directrice Nancy Bergeron.

« C'est David contre Goliath ! lance le maire du moins populeux arrondissement de Montréal, en entrevue avec La Presse. Tout va très bien [dans l'arrondissement] ! Sauf cette petite minorité [d'employés], et le syndicat veut faire un gros cas avec ça ! Et clairement, il a l'appui du maire Coderre. Moi, je suis un petit maire d'un petit arrondissement et je dois me battre contre ça ! », s'indigne-t-il.

Ainsi, Normand Marinacci refuse de tenir une troisième enquête externe pour « établir objectivement les faits » sur ces allégations de harcèlement psychologique, comme le recommande la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) dans deux rapports d'intervention du 1er juin et du 17 juin 2016 obtenus par La Presse. Dans la conclusion du second rapport, l'inspectrice rappelle aux dirigeants de l'arrondissement leur « obligation légale de collaborer à toute démarche visant à identifier, contrôler et éliminer les situations de harcèlement ».

Le maire d'arrondissement accuse l'inspectrice de la CNESST d'avoir fait un « geste politique » en excluant les deux précédentes enquêtes sur le climat de travail menées en 2015. La première enquête du contrôleur général de la Ville de Montréal concluait que la directrice d'arrondissement par intérim Nancy Bergeron était « offensante, dégradante, abusive, humiliante ou avilissante » envers des employés. Une seconde enquête menée en parallèle par Pierre Girard, du cabinet Dunton Rainville, pour le compte de l'arrondissement, disculpait plutôt la cadre.

« Une inspectrice qui se permet de poser un jugement sur la validité de deux enquêtes ! C'est pas son rôle ! » - Normand Marinacci, maire de L'Île-Bizard-Sainte-Geneviève

Dans son rapport d'intervention, l'inspectrice remettait en « question l'impartialité de l'enquête » lancée par le maire en raison de « jugements de valeur » et d'atteinte à la confidentialité. Le volumineux rapport consulté par La Presse donne en effet le nom des employés interrogés. L'arrondissement a par ailleurs réembauché le cabinet Dunton Rainville pour contester les deux rapports de la CNESST devant les tribunaux. En octobre, la direction de la révision administrative a confirmé les conclusions des rapports, mais l'arrondissement a fait appel.

Devant le refus du maire Marinacci de tenir une troisième enquête, le président du Syndicat des fonctionnaires municipaux de Montréal (SFMM-SCFP), Alain Fugère, a demandé à Denis Coderre de mandater un représentant pour nommer un enquêteur « le plus rapidement possible », dans une lettre envoyée le 21 décembre au maire de Montréal et obtenue par La Presse. Le cabinet du maire Coderre a refusé de commenter le dossier.

CHAMPION DES CONGÉS DE MALADIE

Seul maire d'arrondissement élu sous la bannière du parti Vrai changement pour Montréal en 2013, Normand Marinacci persiste et signe. « Il n'y avait pas de harcèlement, il y avait de la résistance aux changements. Je ne peux pas voir comment ils peuvent se plaindre de l'atmosphère de travail ! Je peux pas comprendre ! Ils ont de beaux bureaux, ils sont bien », assure-t-il.

L'enquête effectuée par un psychologue du travail à la demande du contrôleur général de la Ville de Montréal Alain Bond en 2015 était carrément une « charge en règle » contre lui, soutient-il. « Ceux qui ont parlé [à l'enquêteur], ce sont tous des gens frustrés ! Parce que j'ai fait des changements à l'arrondissement, parce que j'ai terminé les affaires de collusion et de fraude. Ces gens-là sont frustrés et ils s'en prennent à moi ! », se révolte-t-il.

Selon la CNESST, la progression de ces enquêtes est « ralentie, voire arrêtée », notamment en raison du « refus de collaborer » des responsables de l'arrondissement.

« S'il n'y a pas de harcèlement, il y a quelque chose de bizarre qui se passe dans cet arrondissement ! s'exclame Alain Fugère. C'est nos membres qui souffrent. Ce sont des travailleurs, des pères, des mères de famille qui scrappent leur vie pour un climat de travail malsain. En aucun temps, ça ne devrait arriver au Québec ! », s'indigne le président du syndicat représentant 10 000 travailleurs.

L'arrondissement de l'ouest de l'île est le champion des congés de maladie à Montréal, selon des données obtenues par La Presse. Du 1er janvier au 30 septembre 2016, le taux d'absence pour maladie s'élevait à 12,46 %, le double de la moyenne des autres arrondissements. Le taux d'absentéisme total atteignait même 15 %. « Il y a beaucoup de gens qui souffrent de détresse psychologique. C'est ultragrave quand tu travailles dans une place et que tu penses à te suicider. Il faut que les instances prennent ça en considération », martèle le chef syndical Alain Fugère, en entrevue.

« Il faut que ça cesse ! », tranche le conseiller d'arrondissement Éric Dugas et candidat à la mairie de l'arrondissement pour l'Équipe Denis Coderre. « [La solution], est-ce que ce sera d'impliquer le ministère des Affaires municipales, comme à Terrebonne ou à L'Assomption ? Je ne sais pas. Il n'en demeure pas moins qu'entre-temps, il y a des employés qui souffrent. C'est extrêmement pernicieux, le harcèlement », dit-il.

Nancy Bergeron avait été destituée par le comité exécutif de la Ville de Montréal en août 2015 à la suite du rapport accablant du contrôleur général. Pour éviter une contestation devant les tribunaux, la Ville avait même congédié une seconde fois la directrice d'arrondissement en octobre 2015. Or, en février 2016, le Tribunal administratif du travail (TAT) a annulé ces congédiements, puisque ce pouvoir relève plutôt du conseil municipal de la Ville. L'affaire reviendra en cour en janvier prochain.

Taux d'absentéisme total à la Ville de Montréal du 1er janvier au 30 septembre 2016

L'Île-Bizard-Sainte-Geneviève : 15,04 %

Mercier-Hochelaga-Maisonneuve : 12,87 %

Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce : 10,61 %

Rivières-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles : 10,28 %

Ahuntsic-Cartierville : 9,68 %

Lachine : 6,36 %

* Dans une version précédente de cet article, nous écrivions erronément que des plaintes en harcèlement avaient été déposées par trois fonctionnaires de l'arrondissement en novembre 2015 et en mars 2016 contre la directrice Nancy Bergeron. En fait, ces plaintes ne visaient pas Mme Bergeron, mais une autre gestionnaire de l'arrondissement. Cette dernière ne travaille plus à l'arrondissement, précise par ailleurs le maire Normand Marinacci. Nos excuses.




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