Égoûts et aqueducs: Montréal s'ouvre au PVC

Montréal est en retard, notamment par rapport à... (Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse)

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Montréal est en retard, notamment par rapport à Toronto, dans l'utilisation du PVC dans ses réseaux de distribution de l'eau et d'égout. La Ville estime à 4 % la part du PVC dans ses deux réseaux.

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Bruno Bisson
La Presse

En 2012, la commission Charbonneau a révélé la préférence quasi exclusive de la Ville de Montréal pour la fonte et le béton dans ses infrastructures d'aqueduc et d'égout. Trois ans plus tard, la Ville se prépare enfin à ouvrir ces réseaux d'infrastructures publiques au PVC et autres conduites flexibles. Mais à certains endroits seulement, et à certaines conditions, «qui ne favoriseront pas une compétition saine et équitable», dit une coalition de fabricants.

La Ville de Montréal va mettre fin à des décennies d'utilisation exclusive de la fonte ductile et du béton, en permettant l'installation de conduites flexibles en PVC sur certaines parties de ses réseaux de distribution de l'eau et d'égout, comme le font la plupart des grandes villes du Canada et des États-Unis depuis déjà de nombreuses années.

Le directeur général adjoint au développement à la Ville de Montréal, Marc Blanchet, a indiqué à La Presse, la semaine dernière, que les premiers appels d'offres publics ouvrant la voie à l'utilisation de conduites flexibles pourraient être publiés d'ici la fin de cette année, pour des travaux à réaliser au cours de 2016.

Cette ouverture à la concurrence entre divers types de matériaux survient presque trois ans après que la commission Charbonneau s'est penchée sur le marché fermé des conduites d'aqueduc, à Montréal, et des efforts désespérés d'un directeur des ventes pour y faire admettre ses produits en PVC vendus dans tout l'est du Canada. Sauf dans la ville où ils sont fabriqués.

En s'appuyant sur les recommandations d'un comité technique, la Ville de Montréal limitera toutefois l'utilisation du PVC à certains quartiers, et à certains types de conduites. Ainsi, l'installation du PVC ne sera pas permise dans le centre-ville de Montréal ni dans une grande partie des quartiers centraux de la ville, où les infrastructures sont souvent enfouies à moins de 1,8 m, soit au-dessus de la profondeur minimale de gel.

Les conduites en PVC ne pourront pas non plus être utilisées sur le réseau de distribution d'eau principal ni sur les «conduites de hiérarchie élevée». Elles seront limitées aux tuyaux de 300 mm de diamètre ou moins sur le réseau de distribution d'eau secondaire, et de 450 mm pour le réseau d'égout. C'est que la Ville maintient que le PVC présente toujours certains inconvénients qui le disqualifient des secteurs les plus sensibles du réseau.

Ce comité technique a estimé qu'en vertu de ces critères d'utilisation, «les conduites en PVC pourraient être admissibles sur environ 60% du réseau d'aqueduc secondaire et 45% du réseau d'égout secondaire» de la Ville de Montréal.

L'ouverture du marché montréalais aux conduites flexibles survient au moment où la Direction de la gestion stratégique des réseaux d'eau de la Ville prévoit investir, cette année, plus de 102 millions de dollars dans ses réseaux de distribution de l'eau et ses réseaux d'égout secondaires, et un total de 260 millions supplémentaires, en 2016 et 2017.

Ouverture restreinte

Tout en saluant l'ouverture récente de la Ville envers ses produits, attendue depuis plus de 20 ans, le porte-parole de la Coalition des producteurs de conduites flexibles (CPCF), Claude Labrecque, estime que celle-ci vient avec tellement de restrictions «qu'elles ne permettront pas à l'industrie de concurrencer de façon saine et équitable dans le marché actuel».

«On semble dire que partout où on a de la fonte, on va continuer en fonte, mais là où il y a des prolongements de réseau, ou à l'extérieur du grand centre-ville, et seulement avec du tuyau de 300 mm ou moins, on va être autorisé, déplore M. Labrecque. Le côté restrictif de la chose fait qu'on ne créera pas les conditions d'une compétition saine et ouverte à tous les matériaux pour l'ensemble du territoire.»

La Coalition regroupe cinq fabricants de conduites flexibles (Soleno, ADS, Armtec, IPEX et Royal Produits de Bâtiment) dont les produits sont distribués et installés dans la plupart des municipalités du Québec, mais qui demeurent à peu près absents du territoire de Montréal.

Les conduites en PVC ne représentent que 4% (voir tableau) du réseau de distribution de l'eau de la Ville de Montréal, constitué essentiellement de fonte grise - les plus vieilles conduites - et de fonte ductile. Le réseau d'égout est construit majoritairement en béton et compte la même proportion (4%) de conduites en PVC.

Au fil des années, quelques arrondissements seulement, dont celui de Saint-Laurent, de LaSalle et de L'Île-Bizard-Sainte-Geneviève, ont eu recours à l'occasion à ce type de conduites, pendant que d'autres villes, comme Edmonton, procédaient au remplacement systématique de leurs vieilles conduites de fonte ou d'amiante-ciment.

Depuis 2012, la Ville de Toronto, qui utilise les petites conduites en PVC depuis les années 90, a ouvert ses appels d'offres à l'utilisation des tuyaux flexibles allant jusqu'à 1200 mm de diamètre. D'après des documents du conseil municipal de Toronto, cette ouverture à la concurrence entre les matériaux pourrait générer des réductions de coûts de 5% sur les contrats de la Ville, selon des estimations «conservatrices».

La Coalition réclame donc l'harmonisation des pratiques de Montréal avec celles de Toronto et s'explique mal les réserves exprimées par les spécialistes de la Ville pour limiter leur usage aux réseaux secondaires.

Des coûts à la baisse?

Le directeur général adjoint Marc Blanchet, attribue pour sa part à une «question de pratique» la faible présence «historique» des conduites flexibles sur les réseaux d'eau de la Ville de Montréal.

Selon lui, «à un moment donné, dans une municipalité, les gens s'habituent à des techniques, à des matériaux, et finissent par spécifier à peu près toujours les mêmes exigences dans les devis. C'est ça qu'on veut changer, parce que cette pratique-là a un coût».

«Notre intention, affirme-t-il, c'est d'ouvrir le plus possible à la concurrence. On croit que plus il y a de joueurs, de fournisseurs et de matériaux variés, en théorie, plus il y aura de concurrence dans les appels d'offres et moins on devrait payer cher pour les travaux de construction.»

Quant aux critères d'utilisation qui limitent le PVC aux réseaux secondaires, ils ne sont pas arbitraires, assure M. Blanchet. Ils ont été recommandés par des experts du Service de l'eau, des laboratoires et de la direction des infrastructures de la Ville et du personnel technique de deux arrondissements où on a déjà installé des conduites flexibles.

«La recommandation, c'est les réseaux secondaires et les conduites de moins de 300 mm de diamètre», conclut-il, en rappelant que cela représente tout de même 60% du réseau de distribution de l'eau de la ville, et plus de 2000 km de conduites.

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