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L'Île-Bizard payait des déplacements fictifs à trois de ses employés

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Normand Marinacci

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L'arrondissement de L'Île-Bizard-Sainte-Geneviève a payé pendant près de quatre ans des déplacements fictifs à trois de ses employés, une pratique que le nouveau maire qualifie de «stratagème frauduleux».

En 2011, le plus petit arrondissement de Montréal a cessé de fournir des camionnettes à trois de ses contremaîtres lors de leurs périodes de garde. En contrepartie de l'utilisation de leur véhicule personnel, la direction de l'arrondissement a proposé à ceux-ci de leur rembourser des frais de déplacements fictifs de 39 km par jour de garde.

«On inventait des frais de kilométrage, ce qui, à mon sens, est inacceptable», s'est indigné le maire Normand Marinacci, qui a pris la direction de l'arrondissement en novembre 2013.

L'élu, membre du Vrai Changement pour Montréal, dit avoir appris l'existence de cette pratique après la réception d'un signalement anonyme par le contrôleur général de Montréal, en novembre dernier. Après enquête, un vérificateur a recensé 739 réclamations de très exactement 39 km soumises par les trois contremaîtres.

Ces réclamations totalisent ainsi tout près de 29 000 km en déplacements fictifs, soit l'équivalent des trois quarts de la circonférence de la Terre. Elles ont coûté au total 15 640$ pour la période de l'enquête, soit 1850$ par an pour chacun des trois employés.

Lors de l'enquête du contrôleur général, le directeur des travaux publics de L'Île-Bizard, André Brideau, a affirmé que les élus en poste à l'époque avaient été informés de la pratique. À l'issue de son enquête, le vérificateur a demandé à l'arrondissement de «mettre fin au stratagème». L'Île-Bizard dit avoir arrêté les paiements en décembre, même si ses employés ont continué depuis à présenter des réclamations.

En entrevue à La Presse, le maire Normand Marinacci blâme l'ancienne administration de L'Île-Bizard, dirigée par Richard Bélanger, alors membre d'Union Montréal. «C'est un stratagème pour moi, c'est frauduleux», s'est-il indigné.

Débat houleux

Ses accusations formulées également lors du conseil d'arrondissement du 2 février ont provoqué un échange houleux avec le conseiller d'arrondissement Éric Dugas, qui faisait partie de l'ancienne administration municipale. L'élu, qui siège actuellement dans l'opposition à l'arrondissement, a défendu la pratique dont il connaissait l'existence. «C'est effectivement un 39 km qui est fictif. Mais non, ce n'est pas frauduleux, a estimé l'élu. On ne parle pas de fraude, on parle d'une procédure qui n'était pas la bonne.»

S'il reconnaît que la pratique était mal avisée, Éric Dugas juge qu'elle a tout de même permis à l'arrondissement d'économiser de l'argent en évitant d'avoir à acheter une nouvelle camionnette pour les contremaîtres. Il évalue l'économie à environ 20 000$.

Le conseiller Dugas accuse Normand Marinacci de faire un procès public aux employés et de se servir du rapport du contrôleur pour poursuivre son «carnage administratif» de l'arrondissement. Il anticipe que le maire cherchera à congédier le directeur des travaux publics, le dernier directeur de service encore en place depuis l'arrivée de M. Marinacci, en novembre 2013.

Interrogé sur les mesures qu'il compte prendre, le maire d'arrondissement affirme ne pas encore avoir tranché sur les sanctions qui pourraient être imposées, et n'a pas décidé s'il compte envoyer le dossier à la police. Le dossier est à l'étude, a-t-il précisé, en ajoutant qu'il envisage notamment de demander le remboursement des déplacements fictifs.

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