Sites d'injection: Coderre ira de l'avant, avec ou sans Ottawa

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La Ville de Montréal s'apprête à mettre la touche finale à son plan d'action sur l'itinérance, dont un volet prévoit l'implantation dans la métropole de trois sites d'injection supervisés.

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Qu'Ottawa le veuille ou non, des sites d'injection supervisés (SIS) verront bientôt le jour à Montréal, affirme le maire Denis Coderre. Se montrant plus prudente, la ministre déléguée à la Santé publique du Québec tempère ses ardeurs et dit vouloir attendre l'aval du gouvernement fédéral avant d'aller de l'avant.

La Ville de Montréal s'apprête à mettre la touche finale à son plan d'action sur l'itinérance, qui devrait être présenté d'ici quelques jours. Un volet de ce plan prévoit l'implantation dans la métropole de trois sites d'injection supervisés, ainsi que d'une unité mobile pour venir en aide à cette clientèle.

L'Agence de la santé de Montréal dit toujours attendre la réponse de Québec à son projet de centres d'injection présenté l'hiver dernier. Denis Coderre a toutefois affirmé hier qu'une décision était imminente. Et selon ses dires, tout indique que le projet recevra le feu vert du gouvernement québécois.

En entrevue à La Presse, la ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, a toutefois nié avoir donné le feu vert. «Le maire est un être passionné et brûlant, mais je n'ai toujours pas rendu de décision à ce jour. Le dossier est toujours en analyse.» Elle a précisé être à la recherche de financement, ce qui se révèle difficile dans le contexte budgétaire actuel.

Reste également à obtenir l'aval du gouvernement Harper, souligne le directeur montréalais de la santé publique, le Dr Richard Massé. Québec a tout le loisir de déterminer son offre de soins de santé, mais Ottawa devra accorder une exemption à la loi sur les drogues pour que les sites puissent s'ouvrir. «Or, on sait que le gouvernement fédéral pourrait être réticent, alors il pourrait y avoir un délai», a indiqué en entrevue à La Presse le Dr Massé.

Pas de certitude d'exemption

À Ottawa, on a d'ailleurs prévenu hier qu'une exemption ne serait pas automatiquement accordée à Montréal.

«Les Canadiens s'attendent à ce que leurs enfants puissent grandir dans des collectivités saines et sécuritaires. Un lieu de consommation supervisée de drogues injectables ne devrait jamais être établi sans une consultation préalable de la collectivité en question. [...] Nous avons proposé une nouvelle loi rigoureuse qui permettra aux autorités policières, aux élus municipaux et aux résidants d'une collectivité de donner leur opinion avant qu'un permis ne soit accordé à un lieu de consommation supervisée», a indiqué Michael Bolkenius, attaché de presse de la ministre fédérale de la Santé, Rona Ambrose.

Denis Coderre n'entend toutefois pas attendre le feu vert du gouvernement conservateur. «Je n'attendrai pas après Ottawa pour m'assurer de protéger [cette clientèle]», a déclaré le maire lors d'un point de presse. Celui-ci estime que le jugement de la Cour suprême sur la légalité d'un tel centre à Vancouver donne la légitimité aux projets québécois pour aller de l'avant.

Encore une fois, la ministre Charlebois a tenu à freiner les ardeurs du maire, précisant qu'il n'était pas question pour sa part de court-circuiter Ottawa. «Je comprends l'impatience de M. Coderre, mais il n'y a rien de pire que de partir dans la précipitation. On ne le fera pas sans leur autorisation», a-t-elle indiqué à La Presse.

Pas dans ma cour

Le maire de Montréal a dit hier vouloir ramener ce débat sur la place publique en raison des protestations qu'il anticipe à l'annonce du feu vert au projet. Denis Coderre a ainsi tenu à réitérer son accord avec l'implantation de sites d'injection supervisés. «Il va y avoir un débat important de société qui va se faire. Évidemment, il va y avoir des gens en désaccord, du syndrome pas dans ma cour, [...] mais il ne faut pas se mettre la tête dans le sable, il faut trouver des solutions pour aider ces gens-là», a déclaré le maire lors d'une rencontre publique de sa garde rapprochée.

Denis Coderre estime qu'il est «scientifiquement prouvé» que les sites d'injection supervisés peuvent contribuer à aider les toxicomanes. «C'est un fléau, et si on veut atteindre les gens et les aider, je pense que ces sites vont être essentiels.»

Le Dr Massé estime que la vague de surdoses de drogues injectables vécues plus tôt cette année à Montréal justifie plus que jamais le projet de SIS. Une vingtaine de toxicomanes sont morts en mai et en juin. Au-delà des effets sur la santé des consommateurs de drogues, le directeur de la Santé publique de Montréal indique que l'expérience des quelque 90 sites d'injection supervisés en service dans le monde montre une baisse du nombre de seringues souillées jetées dans les rues.

Rappelons que le projet de l'Agence de la santé publique de Montréal prévoit l'aménagement de sites d'injection supervisés dans des locaux d'organismes communautaires existants. Il s'agit des groupes Cactus, Dopamine et Spectre de rue, qui interviennent déjà auprès de cette clientèle. Le projet prévoit aussi un quatrième centre mobile qui sera quant à lui déployé dans les secteurs de l'île qui ne seront pas couverts par l'un de ces sites fixes, soit Ahuntsic, Montréal-Nord, Hochelaga et le Sud-Ouest.

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