L'escouade Marteau arrête Frank Zampino et Paolo Catania

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Crise dans la construction

Allégations de collusion entre les entrepreneurs en construction, liens avec le crime organisé, intimidation sur les chantiers: consultez notre dossier sur la crise dans la construction et la commission Charbonneau. »

 

André Noël et Vincent Larouche
La Presse

Les enquêteurs de l'escouade Marteau ont arrêté ce matin l'ancien président du comité exécutif de la Ville de Montréal, Frank Zampino, l'entrepreneur en construction Paolo Catania ainsi que Bernard Trépanier, ancien responsable des finances du parti du maire Gérald Tremblay, connu sous le nom de «monsieur 3%».

> En graphique: le parcours de l'influence

> Chronologie de l'affaire Catania-Zampino

> En photos: les arrestations de l'escouade Marteau

> En vidéo: les arrestations de Zampino et Trépanier

L'ancien directeur général de la Société d'habitation et de développement de Montréal (SHDM), Martial Fillion, a également été arrêté. En tout, une dizaine de personnes ont été interpellées.  

Ces arrestations surviennent après une longue enquête de l'escouade Marteau sur le scandale du Faubourg Contrecoeur, révélé par La Presse il y aura bientôt quatre ans. Un vaste terrain appartenant à la Ville de Montréal avait été vendu au rabais à l'entreprise de Paolo Catania, Construction Frank Catania et Associés.

«Le stratagème était relativement simple : un élu et un fonctionnaire transmettaient de l'information privilégiée, soit des données techniques, avant la sortie de l'appel de qualification, à l'entreprise Frank Catania, en échange d'avantages», a résumé l'inspecteur Denis Morin, chef de l'Escouade Marteau.

«Un des impacts de ce stratagème était de causer des pertes financières considérables à la SHDM» a renchéri l'inspecteur-chef François Roux.

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Les personnes arrêtées:

Paolo Catania

Martin D'aoust

Pasquale Fedele

Martial Filion

André Fortin

Daniel Gauthier

Pascal Patrice

Bernard Trépanier

Frank Zampino

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Frank Zampino, ex-bras droit du maire Gérald Tremblay et ex-maire de Saint-Léonard, qui avait quitté la vie politique en 2008, a été réveillé par les policiers peu après 6h. Ils lui ont passé les menottes devant sa maison et l'ont emmené dans une voiture banalisée. « Pour nous, c'est la tête dirigeante du stratagème » a déclaré l'inspecteur Morin.

M. Zampino n'a pas répondu à nos questions sur l'enquête anticorruption dont il a été l'objet. Il avait la tête couverte d'un capuchon et portait des verres fumés.

De son côté, Bernard Trépanier a été arrêté peu après 7h. Benoit Labonté, ancien chef de l'opposition à la Ville de Montréal, avait dit pendant la dernière campagne électorale municipale, en 2009, que tous l'appelaient «monsieur 3%» parce qu'il réclamait un pourcentage de la valeur des contrats accordés par la Ville.

Paolo Catania, l'un des entrepreneurs en construction les plus importants de la région métropolitaine, a quant à lui été arrêté mercredi soir.

M. Catania, qui s'apprêtait à partir en voyage, a passé la nuit au quartier général de la SQ. Il a été libéré à 9h30 ce matin.

Il est sorti de l'ascenseur avec trois grosses valises portant des étiquettes «Elite» d'Air Canada. Vêtu d'un veston d'été de couleur claire, il s'est assis dans le vestibule et a multiplié les appels avec son téléphone portable.

Très nerveux, il clignait des yeux sans arrêt et jetait régulièrement un regard anxieux dehors, où l'attendaient une douzaine de journalistes, de photographes et de cameramen. Il a refusé de répondre aux questions de La Presse.

L'arrestation de M. Catania survient un mois après celle de l'entrepreneur Tony Accurso, qui contrôle la firme Louisbourg SBC. Bon an mal an, ces deux sociétés obtenaient depuis plusieurs années la majeure partie des contrats de la Ville de Montréal.

Rappelons que l'affaire du Faubourg Contrecoeur, révélée par La Presse en 2008, est le premier des scandales qui ont ébranlé l'administration du maire Gérald Tremblay. La SHDM avait accordé à l'entreprise Construction Frank Catania des conditions très particulières pour la construction de 1800 logements en copropriété sur un terrain qui lui appartenait, dans l'est de Montréal.

L'évaluation municipale du terrain de 38 hectares s'élevait à 31 millions de dollars. Sa valeur marchande avait été fixée à 19 millions. Mais la SHDM, qui relevait de la Ville de Montréal, l'a vendu à Construction Frank Catania pour 4,4 millions, sous prétexte que le terrain était très contaminé. C'était faux: les coûts de décontamination se sont révélés presque deux fois moins élevés que ce qui avait été annoncé.

Par ailleurs, la SHDM avait consenti une aide financière de 15,8 millions pour construire les infrastructures (égouts, rues, etc.) sans en avoir le droit, ainsi qu'un prêt de 14,6 millions à un taux très avantageux. Cet organisme garantissait aussi le rachat des appartements invendus jusqu'à hauteur de 41 millions, comme le prévoit le programme Accès-Condos.

Devant les faits, le maire Tremblay avait congédié Martial Fillion, son ancien chef de cabinet, qui dirigeait la SHDM. Le vérificateur général de la Ville et la firme comptable Deloitte & Touche ont fait enquête et publié des rapports accablants. Les enquêteurs ont découvert que Martial Fillion avait rencontré Paolo Catania (président de Construction Frank Catania) au moins quatre fois avant la publication de l'appel de qualification destiné aux entrepreneurs.

Une filiale de la firme d'ingénieurs Dessau, qui pilotait le projet à la demande de la SHDM, avait détruit des propositions d'autres entrepreneurs reçues en réponse à l'appel de qualification. Seules Catania et une société appartenant à Tony Accurso s'étaient qualifiées.

Martial Fillion relevait directement de Frank Zampino, alors président du comité exécutif de la Ville de Montréal dans l'administration du maire Tremblay. Après avoir quitté son poste à la Ville, M. Zampino avait été embauché par Dessau, mais la controverse suscitée par cette embauche l'avait amené à quitter aussi cette firme.

Par voie de communiqué, Catania a assuré qu'elle entend collaborer avec la justice « afin de faire la lumière sur les faits reprochés ».

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