Des groupes communautaires craignent l'effet Titanic

Depuis quelques années, les refuges montréalais pour sans-abri ont subi une... (Photo: Martin Tremblay, Archives La Presse)

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Katia Gagnon
La Presse

Depuis quelques années, les refuges montréalais pour sans-abri ont subi une petite révolution. La plupart d'entre eux ne se bornent plus à offrir le gîte pour la nuit aux sans-abri. Ils ont mis sur pied de véritables programmes de réinsertion qui, craignent plusieurs, pourraient voir leurs subventions se tarir advenant des résultats mitigés de la vaste expérience lancée par le fédéral.

«On craint l'effet Titanic. Le gros bateau qui coule et qui fait qu'après, plus personne ne veut se lancer dans la construction de ce modèle», dit Georges Ohana, chef des programmes de logements sociaux à la Mission Old Brewery (MOB). «Or, la réinsertion, c'est l'avenir des refuges», dit Matthew Pearce, directeur de la MOB.

 

D'autres groupes communautaires, comme le Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes, expriment d'importantes réserves à l'endroit du projet fédéral. Ils craignent notamment que les participants soient laissés à eux-mêmes à l'issue des quatre années de la recherche.

Les personnes sans-abri qui participeront ne seront pas laissées pour compte, assure Sonia Côté, coordonnatrice pour la Commission fédérale de la santé mentale. «Nous travaillons déjà à un plan de pérennité. Il n'est pas question qu'une personne diminue sa qualité de vie parce que c'est la fin du projet. On va s'assurer que tout est en place pour la suite des choses.»

Un long parcours

Il reste que l'entreprise lancée par la Commission fédérale de la santé mentale est loin d'être simple, souligne M. Ohana, qui gère les 75 appartements de réinsertion de la MOB. Au quotidien, Georges Ohana doit gérer des altercations, des clients qui boivent. «Je ne suis pas un geôlier, dit-il. Mais il y a des règles de vie, ici, et les clients savent qu'il y aura des conséquences s'ils ne les respectent pas.»

Maxime, 36 ans, vit depuis un an et demi dans une des 30 chambres du pavillon Marcelle et Jean Coutu, géré par la MOB. Toxicomane pendant plus de 10 ans, diagnostiqué schizophrène, il s'est retrouvé à la rue après une séparation. Il a passé deux mois dans le réseau des refuges, jusqu'à ce que la MOB lui offre une chambre.

«J'avais besoin d'aide pour repartir à zéro», dit-il simplement. Deux ans plus tard, après 500 heures de thérapie, il demeure abstinent et vient de faire une demande d'admission au collégial. Au pavillon Coutu, il a eu sa chambre. Toute simple. Un lit, un bureau, une chaise. «Mais c'est ma chambre», dit-il.

En moyenne, les clients demeurent de 12 à 18 mois dans ces chambres. Ils versent 25% de leur revenu pour y demeurer. Mais tous ne réussissent pas à s'acclimater à la vie normale. «Certains, en sortant d'ici, tombent complètement», dit M. Ohana. «Lorsqu'ils entrent dans un logement, certains hommes qui ont vécu plusieurs années dans la rue continuent à dormir par terre pendant deux ou trois mois», illustre Cyril Morgan, directeur de la Mission Bon accueil, qui a elle aussi ouvert une cinquantaine de logements pour la réinsertion depuis quatre ans.

Ceux qui réussissent la transition de la rue à la chambre peuvent passer à une autre étape. Sheryl, elle, a franchi ce seuil: depuis trois mois, elle est passée du pavillon pour femmes de la MOB à la ressource Le Pont. Une quinzaine de logements, répartis un peu partout à Montréal, dans des immeubles totalement anonymes. Les résidants de ce «pavillon virtuel» y reçoivent la visite d'un intervenant de la MOB seulement une fois par semaine.

«Je suis heureuse, ici. C'est un immeuble très bien tenu», dit la femme de 48 ans, qui a passé plusieurs mois dans la rue.

Une transition cruciale

Cette période de transition entre la rue et un logement quasi normal est cruciale, souligne M. Ohana. Faire passer directement les sans-abri de la rue à un appartement propret, comme le prévoit le programme fédéral, est une entreprise titanesque. «Ça va être dur. Dur pour la personne qui va assurer le suivi, dur pour le propriétaire et dur pour le client.»

Des effets pervers inattendus pourraient survenir. «En cas d'échec, on va renforcer le sentiment que vivent plusieurs de n'être pas faits pour la vie normale», souligne Matthew Pearce. «La première chose qu'on va voir, c'est que l'appartement va être vide. Le gars va avoir vendu tous les meubles», prévoit Cyril Morgan.

Éric Latimer, le chercheur principal du projet Chez soi, comprend les craintes des refuges. «Mais dans leur suivi de clientèle, ils n'ont pas la capacité de former une équipe multidisciplinaire complète comme celle que nous aurons. Avec un tel encadrement, on peut aider les gens à faire le saut en logement plus rapidement», estime-t-il.

«C'est clair que ça leur semble impossible parce qu'ils se réfèrent au mode de fonctionnement normal du réseau de la santé. Or, ce projet, c'est tout autre chose», souligne Jason Champagne, du CLSC des Faubourgs.

 




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