«Malaise» croissant chez les anglophones québécois

Quelque 200 personnes s'étaient réunies à Montréal pour... (Photo: Robert Skinner, La Presse)

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Quelque 200 personnes s'étaient réunies à Montréal pour dénoncer le projet de loi 14, qui visait à renforcer la Charte de la langue française, mais qui a été abandonné depuis.

Photo: Robert Skinner, La Presse

Louise Leduc
La Presse

Au cours de la dernière année, la moitié (51%) des anglophones et des allophones ont envisagé de quitter le Québec, selon un sondage EKOS commandé en février par le réseau CBC. Encore?

Au bout du fil, Peter Trent. Alors, monsieur le maire, Westmount va-t-il se vider de ses citoyens anglophones?

Peter Trent n'en croit rien. «C'est une chose de le dire, c'en est une autre de le faire. Quand un sondeur téléphone, on a vite fait de répondre émotivement.»

Cela dit, M. Trent sent qu'il y a effectivement un malaise croissant chez les anglophones, un «malaise qu'on ne sentait pas il y a deux ou trois ans».

Il y a eu cette menace contre le statut bilingue des municipalités, puis cette Charte de la laïcité...

«De la même manière que les francophones se demandent s'ils ont leur place au Canada, les anglophones se demandent s'ils sont considérés comme un atout pour le Québec ou comme une entrave à son destin.»

Taline, étudiante à l'Université McGill, est de ceux qui veulent ardemment partir. Ses arrière-grands-parents sont arrivés ici d'Italie, au début du XXe siècle. Et comme ses parents, dit-elle dans un français pourtant dénué d'accent, elle a l'impression de ne pas arriver à être acceptée des francophones d'ici.

Pourquoi? Parce que, dit-elle, «il y a une pression ici pour proclamer qu'on est favorable à la séparation du Québec. Comme s'il fallait que je m'assimile, que je sois péquiste».

Ce sentiment est partagé par ses parents, indique-t-elle. Si elle part aux États-Unis, ils partiront aussi, et pas seulement pour suivre leur fille unique. «Ils sont tannés du Québec, de l'ambiance ici. En plus, ils ont l'impression qu'ils pourraient brasser de meilleures affaires là-bas.»

Des raisons multiples

Fait à noter, justement, l'envie de fuir, à en croire le sondage EKOS (réalisé entre le 10 et le 18 février auprès de 2020 Québécois, dont 782 anglophones), n'est pas seulement conditionnée par le climat politique ou la langue. Pas moins de 16% des répondants ont indiqué avoir envie de partir pour des raisons économiques.

«J'entends effectivement beaucoup de gens autour de moi - des petits commerçants, par exemple - dire qu'ils en ont assez des taxes, des entraves au libre marché, de l'étatisme en général», dit Beryl Wajsman, éditeur du Suburban, un journal qui s'adresse aux anglophones de Montréal, de l'Ouest-de-l'Île et de Laval.

«Mais vous savez, c'est dur, de partir. Moi, par exemple, j'y suis, j'y reste. Ma copine est québécoise, mes parents sont enterrés au Québec. Parmi mes amis, je n'en connais aucun qui est actuellement en train de boucler ses valises et de vendre sa maison. Il y a la famille, les amis et cette ville qu'on aime, où il fait bon vivre. En plus, mes amis qui ont déménagé à Toronto n'y sont pas heureux. C'est trop gros.»

Partir? Rex Brynen, professeur de sciences politiques à l'Université McGill affirme qu'il adore Montréal et y enseigner, et qu'il n'a aucunement l'intention de partir. Pour l'instant. Parce que «si la loi 60 [la Charte de la laïcité], hautement discriminatoire, est promulguée et si l'Université McGill consent à l'implanter, oui, je partirai.»

Carrie Finlay, 27 ans, n'entend pas bouger d'ici. «C'est sûr que quand on sera en campagne électorale, ça va jaser fort dans ma parenté et dans mon cercle d'amis anglophones, et que moi-même, je vais être un petit peu inquiète, mais je n'ai pas du tout l'intention de partir.»

Même si ses amis anglophones sont très instruits et qu'ils trouveraient facilement de bons emplois à Toronto ou à New York, ils n'ont pas davantage envie de déménager.

«La culture du travail, là-bas, avec ses heures de fou, ne nous attire pas du tout.»

Pas d'exode, selon les chiffres

Mais statistiquement parlant, qu'en est-il? Assiste-t-on déjà à un exode des anglophones du Québec?

En se basant sur les prestations fiscales pour enfants, Alain Bélanger, professeur et directeur des programmes de démographie à l'Institut national de la recherche scientifique, signale que non. «Le nombre de sortants pour les trois premiers trimestres de 2013 est inférieur à celui estimé pour les trois premiers trimestres de 2000, 2001, 2002, 2006, 2007 et 2008», soit une année sur deux depuis 2000.

Fait à noter, ces années-ci, seules l'Alberta et la Saskatchewan ont un solde migratoire positif, souligne-t-il.

Songer à s'en aller, mais où?

Ontario: 62%

États-Unis: 6% 

Autres pays (sauf les États-Unis): 6%

Colombie-Britannique: 6%




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