Gaz de schiste: les écologistes préparent un blitz

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Questerre, qui possède des droits sur des superficies totalisant 1 million d'acres, soutient que seules les MRC de Lotbinière et Bécancour sont susceptibles d'être considérées pour des projets-pilotes.

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Gaz de schiste
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Patrice Bergeron
La Presse Canadienne
Québec

Opposés aux plans d'une société pétrolière albertaine qui veut relancer l'exploitation des gaz de schiste au Québec, les militants écologistes organisent un «blitz» dans les municipalités, afin de lui barrer la route.

Les comités de citoyens sont sur le pied de guerre depuis l'annonce récente par l'entreprise Questerre de son intention de lancer des projets-pilotes dans les MRC de Lotbinière et de Bécancour.

Ils veulent maintenant faire adopter un règlement par les conseils municipaux pour bloquer tout type d'activité reliée à l'exploration en vue de trouver des gaz de schiste et à l'exploitation des gisements. Ils visent ainsi à faire pression sur le gouvernement de Philippe Couillard.

Le Regroupement Vigilance Hydrocarbures Québec (RVHQ) dispose à cette fin d'un modèle de règlement municipal prêt à adopter, qu'il distribue à ses membres.

Le Comité Vigilance Hydrocarbures de la MRC de Lotbinière entend d'abord prendre d'assaut le prochain conseil des maires de la MRC, le 8 mars, à Saint-Agapit. Il invite les citoyens à se présenter en grand nombre pour inciter les élus à adopter le règlement.

«Unissons-nous pour démontrer une ferme et claire opposition au gaz de schiste et à la fracturation hydraulique», a écrit la porte-parole du comité, Irène Dupuis, en ajoutant qu'«aucune municipalité n'est à l'abri».

Le comité propose donc comme première action un «blitz» pour faire adopter un «Règlement sur le rayon de protection» par les municipalités.

Sa collègue, Carole Dupuis, qui est présidente du RVHQ, a indiqué que les militants veulent ainsi faire adopter le règlement par les 18 municipalités de Lotbinière, en alertant les élus.

«Il faut que les élus sentent que la population est préoccupée et qu'ils entendent les arguments des citoyens», a affirmé Mme Dupuis dans une entrevue téléphonique.

Actuellement, seules trois des municipalités de la MRC sont pourvues de ce règlement dans leur arsenal. «Plusieurs élus ne sont pas encore au courant de l'industrie des gaz de schiste et de la fracturation hydraulique», a-t-elle poursuivi.

«Certains élus municipaux embarquent tout de suite, mais en général, quand ils ont la chance d'approfondir le sujet, ils sont très intéressés et ouverts à l'idée d'adopter le règlement», a-t-elle résumé. Les municipalités ont la responsabilité de l'accès à l'eau potable, ce qui rend donc les élus d'autant plus sensibles à cet enjeu, a poursuivi Mme Dupuis.

Le projet de règlement, tel que libellé, interdit «l'aménagement d'un site de forage, de réaliser un sondage stratigraphique ou de mener une opération de complétion ou de fracturation dans un puits destiné à la recherche, l'exploration ou à l'exploitation du pétrole ou de gaz naturel dans une plaine inondable».

Le projet de règlement précise ensuite l'étendue de l'interdiction, soit à 2 km de tout puits artésien, à 6 km de tout puits artésien ou de surface alimentant un aqueduc municipal, ou à 10 km de tout lieu de puisement d'eau de surface alimentant l'aqueduc municipal. Il concerne donc les municipalités qui s'approvisionnent à une nappe phréatique.

Une fois adopté, le règlement est prévu pour entrer en vigueur «à la suite de son approbation par le ministre de l'Environnement», peut-on lire, cela dans le but d'accentuer la pression sur le gouvernement Couillard.

Les opposants aux gaz de schiste reprochent au gouvernement d'avoir adopté un Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection (RPEP) qui a préséance, mais qui est moins sévère que le règlement municipal qu'ils ont ébauché, a déploré Mme Dupuis. Ils exigent donc que le gouvernement resserre son RPEP.

Si le ministre n'approuve pas, «il y a une limite à se moquer des gens, les élus municipaux et la population auront la démonstration que tout est fait pour que les pétrolières et les gazières puissent avoir le champ libre».

Une centaine de municipalités ont déjà adopté le Règlement sur le rayon de protection au Québec, a estimé Mme Dupuis. Les militants de la MRC de Bécancour entendent aussi exercer des pressions sur leurs élus.

Questerre, qui possède des droits sur des superficies totalisant 1 million d'acres, soutient que seules les MRC de Lotbinière et Bécancour sont susceptibles d'être considérées pour des projets-pilotes en vertu de certains facteurs, tels que la faible densité de population, la possibilité de mettre en oeuvre de nouvelles technologies pour faire face à des enjeux environnementaux, ainsi que l'acceptabilité sociale.

Or le RVHQ soutient plutôt que la population s'oppose massivement à l'industrie des gaz de schiste, notamment en raison des risques que pose un procédé d'extraction controversé, la fracturation hydraulique, sur les nappes phréatiques.

Questerre a expliqué qu'un projet-pilote consisterait en la mise en place d'une ou deux plateformes, avec un pipeline, un compresseur, en vue de montrer comment les puits sont creusés, comment ils fonctionnent, et les étudier, recueillir des données techniques et environnementales, tester de nouvelles technologies.

Rentable

Le président de l'entreprise, Michael Binnon, a assuré que le potentiel des gisements serait même plus grand que prévu et que l'exploitation serait rentable. Cependant, les projets-pilotes éventuels ne pourraient voir le jour avant au moins un an, en raison de la planification en matière de génie, des équipements et des autorisations, etc.

Questerre attend notamment la réglementation liée à la loi 35, qui encadre la fracturation hydraulique, ainsi que l'adoption du projet de loi 102, qui permettrait au ministre de l'Environnement de délivrer une «autorisation à des fins de recherche et d'expérimentation».

Au début des années 2010, sous le gouvernement de Jean Charest, la ruée vers les gaz de schiste des entreprises pétrolières avait provoqué des manifestations et des affrontements.

Le gouvernement Marois avait indiqué son intention d'imposer un moratoire dès son arrivée au pouvoir. La ministre des Ressources naturelles de l'époque, Martine Ouellet, avait fermé la porte à l'autorisation de projets de fracturation hydraulique. Le projet de loi 106 adopté en décembre dernier par le gouvernement Couillard contient des dispositions sur le forage par fracturation hydraulique, mais il reconduit aussi la Loi limitant les activités pétrolières et gazières, qui suspend notamment l'obligation imposée aux entreprises de faire des activités sur les zones où elles ont obtenu des droits.

En septembre dernier, le premier ministre Philippe Couillard avait par ailleurs déclaré qu'«il n'y aura pas» de fracturation hydraulique dans la vallée du Saint-Laurent.




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