Sécurité ferroviaire: plus de pétrole dans les DOT-111 d'ici trois ans

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Le Bureau de la sécurité des transports (BST) a montré du doigt les DOT-111 (ci-dessu) dans la foulée de l'incendie de Lac-Mégantic, l'été dernier.

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(Ottawa) D'ici trois ans, il sera interdit de transporter du pétrole dans des vieux wagons-citernes DOT-111, montrés du doigt après la tragédie de Lac-Mégantic, a annoncé mercredi le gouvernement Harper.

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Lisa Raitt

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La ministre des Transports, Lisa Raitt, a ordonné qu'on cesse sur-le-champ de transporter des matières dangereuses dans les quelque 5000 wagons jugés les plus dangereux.

Elle donne aussi trois ans à l'industrie pour que le reste de sa flotte canadienne de wagons-citernes soit conforme aux dernières normes fédérales. Environ 65 000 ne le sont pas à l'heure actuelle en Amérique du Nord, selon la ministre.

« C'est une action décisive, c'est un plan et c'est ce que les gens qui ont suivi les événements de Lac-Mégantic veulent voir », a dit Mme Raitt.

Ottawa répond donc favorablement à une recommandation clé du Bureau de la sécurité des transports (BST). En janvier, cet organisme fédéral chargé d'enquêter sur la tragédie de Lac-Mégantic a recommandé qu'on cesse au plus vite d'utiliser les DOT-111 pour le transport du pétrole.

Ce modèle est connu depuis des années pour sa fragilité. Le BST a relevé que la quasi-totalité des citernes du convoi de Lac-Mégantic a crevé lors du déraillement. L'écoulement de pétrole a alimenté l'incendie qui a rasé le centre-ville.

« Je suis encouragée par la réponse ferme de la ministre des Transports aux recommandations du Bureau, a indiqué la présidente du BST, Wendy Tadros. J'espère que ces mesures réduiront les risques cernés par l'enquête sur l'accident à Lac-Mégantic et amélioreront la sécurité du réseau ferroviaire au Canada. »

En 2011, l'industrie du transport ferroviaire s'est elle-même imposée une norme plus stricte pour la construction de nouveaux DOT-111. Les nouveaux modèles sont dotés d'une coque plus épaisse, de boucliers et de protecteurs de valves.

Le gouvernement Harper a rendu cette norme obligatoire au Canada en janvier.

En plus d'interdire le transport de pétrole et d'éthanol dans les vieux modèles d'ici trois ans, Ottawa a ordonné que les transporteurs fassent ralentir les convois qui charrient ces matières.

On exigera par ailleurs que les entreprises qui transportent du pétrole, des carburants raffinés ou de l'éthanol se dotent de plans d'urgence en cas d'accidents. 

Le fédéral va aussi créer un groupe de travail dont le mandat sera de renforcer les mesures d'urgence. La table regroupera des villes, des premiers répondants et des sociétés ferroviaires

Roy-Laroche satisfaite mais...

La mairesse de Lac-Mégantic, Colette Roy-Laroche, s'est dite satisfaite de l'annonce de la ministre Raitt. Mais selon elle, Ottawa devra faire davantage pour convaincre ses concitoyens d'accepter le retour des convois de pétrole brut dans leur ville.

Mme Roy-Laroche rappelle que les municipalités réclament d'être informées d'avance du type et de la quantité de matières dangereuses qui sont transportées par train sur leur territoire. Le gouvernement Harper a forcé les compagnies ferroviaires à le faire l'automne dernier, mais seulement après le passage des trains, sur une base trimestrielle ou annuelle.

« Nous pourrons avoir le plus beau plan d'urgence, si nous ne connaissons pas suffisamment tôt le type et le nombre de wagons qui circulent, nous ne serons pas en mesure de répondre rapidement à une intervention », a indiqué la mairesse Roy-Laroche.

En attendant Washington

Selon l'American Association of Railroads, on compte environ 92 000 wagons-citernes DOT-111 utilisés pour le transport du pétrole en Amérique du Nord. Environ 85% d'entre eux ne sont pas bâtis selon les normes les plus récentes.

Or, le gouvernement fédéral interdit leur utilisation sans attendre que Washington en fasse autant, note le député David McGuinty, critique du Parti libéral en matière de Transports.

« Le risque, c'est que des wagons-citernes transportant du pétrole de schiste vont continuer d'entrer au Canada en provenance des États-Unis, a-t-il indiqué. Le risque, c'est que les coûts vont être fantastiques pour nos compagnies ferroviaires vis-à-vis leurs concurrentes aux États-Unis. »

Le député du Nouveau Parti démocratique, Hoang Mai, a pour sa part qualifié l'annonce de Mme Raitt de « pas dans la bonne direction ».

« Il y a encore des lacunes, a dit M. Mai. L'une des recommandations du BST était d'avoir un plan pour s'assurer que les produits dangereux ne circulent pas dans les zones urbaines. Ça n'a pas été mis de l'avant aujourd'hui. »

Les écologistes ont eux aussi critiqué les mesures du gouvernement fédéral. Le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin, note que le nombre de wagons de pétrole transporté sur les chemins de fer canadiens a explosé de 500 à plus de 160 000 entre 2009 et 2013.

« Le gouvernement est en train d'annuler les gains en sécurité qu'ils vont faire avec le bannissement des DOT-111 en permettant l'augmentation du trafic de pétrole par train », a dénoncé M. Bonin.

L'Association des chemins de fer du Canada n'avait pas rappelé La Presse au moment d'écrire ses lignes, pas plus que l'Association canadienne de fournisseurs de chemins de fer.




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