Un cycliste du Lac-Saint-Jean survit à une tornade

Langis Boudreault avoue avoir paniqué de «15 à 20 secondes», après quoi son... (PHOTO TIRÉE DE FACEBOOK)

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Langis Boudreault avoue avoir paniqué de «15 à 20 secondes», après quoi son instinct de survie a pris le dessus.

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«Les arbres cassaient tout autour de moi. Je me suis dit : "Si mon heure est arrivée, c'est là que ça se passe." Je suis un miraculé.» En pleine forêt, dans les sentiers de vélo de montagne du mont Lac-Vert, Langis Boudreault a bien cru que c'en était fini. Le cycliste s'est retrouvé au coeur de ce qui était fort probablement une tornade. Récit.

Le père de famille de Saint-Bruno, au Lac-Saint-Jean, revenait d'une fin de semaine au chalet et avait envie de se dégourdir les jambes. Exceptionnellement, il n'a pas invité son garçon à l'accompagner. Seul en selle, il roulait depuis une vingtaine de minutes, hier après-midi, quand il s'est rendu compte que quelque chose d'anormal se dessinait.

«Il y avait juste une petite brise et, tout d'un coup, j'ai entendu un bourdonnement spécial. Je croyais que c'était un VTT, mais quand je me suis retourné, j'ai vu un mur de vent arriver vers moi. Les arbres pliaient en deux», raconte M. Boudreault.

Il avoue avoir paniqué de «15 à 20 secondes», après quoi son instinct de survie a pris le dessus. La suite, digne d'un film hollywoodien, s'est déroulée en moins de deux minutes.

«Je me suis tiré en bas de mon vélo. Il y avait une petite dénivellation à côté du chemin, une craque de deux ou trois pieds, raconte-t-il. Je me suis rentré dedans, comme un ours. Je me suis rentré en dessous des racines et je me suis accroché le plus possible.»

«Moi, ce que j'avais peur, c'est d'être emporté par le vent. Je me suis recroquevillé dans mon trou comme un foetus. Tu te fais petit, je peux te le dire!»

Non seulement son abri de fortune lui a évité d'être emporté par le vent, mais il lui a certainement sauvé la vie ou, du moins, lui a évité d'être sérieusement blessé.

«Les arbres cassaient comme des feuilles de papier. Partout autour, c'était des arbres de 12 à 15 pouces de diamètre qui tombaient! Ça ne s'explique pas... Un arbre est tombé à cinq pouces de moi», a raconté l'homme quelques heures à peine après ces événements chargés d'émotions.

Dans le secteur, de nombreux résidants ont aussi été touchés par le phénomène et d'importants dommages ont été causés à une dizaine de maisons.

«Je pense que c'est une tornade. Dans l'espace de 45 secondes, tout s'est produit. Il s'est mis à venter, c'est devenu très noir. On voyait les arbres lever et tourner dans les airs», a raconté Isabelle Tremblay, une citoyenne qui habite le secteur du mont Lac-Vert.

«C'était un peu comme les tornades qu'on voit dans les films. Il ventait de l'est, et en moins d'une seconde, il s'est mis à venter de l'ouest. C'était vraiment impressionnant et très violent. Tout est dévasté et ça n'a pas duré une minute», a ajouté Pierre Pilote, un autre témoin.

«Linda, je viens de me sauver de la mort!»

Pendant ces interminables secondes, Langis Boudreault était heureux que son fils ne soit finalement pas venu en vélo avec lui. Il s'en est par contre voulu de ne pas s'être inscrit au registre à l'accueil du centre de plein air, comme il a l'habitude de le faire.

«Tout ça me passait par la tête. Je me disais que si j'étais écrasé, personne ne me retrouverait, ou que si j'étais blessé, je ne serais jamais capable de sortir de là», a confié M. Boudreault.

Quand la tempête s'est calmée, son premier réflexe a été de téléphoner à sa femme.

«J'étais sur l'adrénaline. Je lui ai dit : "Linda, je viens de me sauver de la mort ! J'ai assisté au coeur d'une tornade au mont Lac-Vert." Et je l'ai mise en vidéo sur FaceTime, j'étais encore dans mon trou, et je lui montrais les arbres effondrés tout autour», raconte l'homme.

Les anges existent

M. Boudreault a eu de la difficulté à s'extirper de sa forteresse improvisée. Une fois sur ses deux jambes, il a réellement réalisé l'ampleur de ce à quoi il venait de survivre.

«Quand j'ai vu les dégâts, j'étais perdu. Il n'y avait plus aucun arbre debout. Tout était par terre. J'étais au milieu de tout ça et je me disais : "Mais qu'est-ce que je viens de vivre ?"», dit M. Boudreault.

Seul au milieu d'une scène surréaliste, il est monté sur le tas d'arbres qui bloquait tout accès au sentier et a aperçu une maison 100 mètres plus loin. En criant à pleins poumons, il a réussi à capter l'attention d'un voisin qui est venu l'aider à sortir du bois.

«Le petit Allard [Maxime Allard, son bon samaritain] se demandait comment j'avais pu me sortir de là vivant. C'est un miracle, carrément. Il y a des anges qui existent.»

Son aventure rocambolesque risque d'alimenter pour longtemps les soupers de la fête des Pères. Et même si sa fille Valérie ne veut plus jamais qu'il retourne seul en vélo de montagne, il en faudra beaucoup plus pour arrêter l'amateur de sensations fortes de pédaler.

«Je dis à mes enfants : "Arrêtez-moi ça. Ça doit ben arriver une fois sur 5000 !"», a lancé le bon vivant, qui avoue s'être acheté un billet de loterie sur le chemin du retour vers la maison.

- Avec Le Quotidien

Les explications

TORNADE OU MICRO RAFALE ?

Les résidants d'Hébertville sont persuadés avoir été témoins d'une tornade, mais les météorologues d'Environnement Canada n'étaient pas en mesure de confirmer, hier soir, le phénomène météorologique. Une trombe marine aurait aussi été observée sur le lac Kénogami. Des enquêteurs doivent se rendre sur les lieux aujourd'hui pour rencontrer les témoins. « On a beaucoup de photo de rotation, mais la rotation a-t-elle touché le sol ? Si elle ne touche pas le sol, c'est un entonnoir ou une microrafale et non pas une tornade. Et s'il s'agissait bien d'une tornade, on doit évaluer les dommages causés pour en déterminer la force », a expliqué Samir Al-Alwani, météorologue pour Environnement Canada.

LAURENTIDES AUSSI TOUCHÉES

Si la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean semblait avoir été la plus touchée selon les premiers rapports d'Environnement Canada, hier soir, les Laurentides n'ont pas été épargnées. De nombreux dommages ont été causés par des vents violents dans la région, principalement à Sainte-Anne-du-Lac et à Mont-Tremblant. Des arbres ont été cassés, voire déracinés, des poteaux électriques ont été sectionnés et des maisons ont été partiellement endommagées. Lanaudière, la Mauricie et le Centre-du-Québec ont été sensiblement épargnés.

ALERTE À LA TORNADE

De nombreux téléspectateurs ou auditeurs de la radio ont été surpris par un message d'alerte envoyé sur les ondes médiatiques hier. Un message d'alerte d'Environnement Canada a été diffusé en après-midi avertissant les citoyens des risques de tornade, notamment pour le Centre-du-Québec et des municipalités de la Mauricie et de Lanaudière. « On envoie des alertes de cette ampleur-là seulement quand il y a un risque de tornade. Nous on l'envoie pour des régions en particulier au CRTC et c'est ensuite diffusé à grande échelle », a expliqué M. Al-Alwani.

PHÉNOMÈNE COURANT

Entre six et sept tornades se forment chaque année en moyenne au Québec, rapporte Environnement Canada. « C'est quelque chose d'assez courant au Québec qu'on ait une masse d'air chaud et humide, très lourd. C'est chargé en humidité, donc en énergie. Il suffit d'un front froid qui déstabilise la masse d'air et qui crée des orages violents, on appelle ça des super cellules. Après, selon une série d'éléments comme la topographie, la cellule peut s'intensifier », explique M. Al-Alwani. Des changements de dénivellations et des terrains élevés peuvent faciliter l'intensification d'une cellule.




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