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Un Montréalais de 15 ans séduit par le djihad

L'adolescent montréalais a commis un vol à la... (PHOTO ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE)

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L'adolescent montréalais a commis un vol à la pointe d'un couteau dans l'espoir de pouvoir s'acheter un billet d'avion pour un pays soumis à la loi islamique avec le butin. Les policiers n'ont toutefois pas réussi à savoir dans quel pays l'adolescent voulait se rendre.

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Radicalisé par la propagande djihadiste, un Montréalais de 15 ans est dans la ligne de mire de la police. Il a commis un vol à la pointe du couteau dont le fruit devait lui servir à s'acheter un billet d'avion pour un pays soumis à la loi islamique, a appris La Presse.

L'adolescent - que la loi nous interdit de nommer puisqu'il est mineur - a tissé des liens sur le réseau social Facebook avec Martin Couture-Rouleau, un jeune converti à l'islam radical qui a tué un militaire à Saint-Jean-sur-Richelieu avant d'être abattu par la police.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et la Gendarmerie royale du Canada (GRC) s'intéressent tous deux au jeune Montréalais. La GRC a passé son ordinateur au peigne fin. Des vidéos de propagande djihadiste ont été saisies.

Interrogé par la police, l'adolescent d'origine maghrébine a refusé de préciser dans quel pays il comptait se rendre.

L'adolescent estime vivre dans le péché parce qu'il ne réside pas dans un pays musulman. Lors de l'interrogatoire, il aurait décrit le Canada comme un pays d'infidèles ne partageant pas ses valeurs. S'estimant en guerre, le garçon considérait qu'il avait des raisons légitimes de s'emparer du «butin» de ses ennemis. Il est actuellement placé dans un centre jeunesse.

Vol de 2200$

Le 11 octobre dernier, l'adolescent de 15 ans est entré dans un dépanneur de l'Ouest-de-l'Île, le visage couvert d'un foulard. Il a sorti un long couteau avant de réclamer le contenu du tiroir-caisse. Le propriétaire a déposé environ 2200$ dans un sac.

Ce soir-là, son père a soupçonné que quelque chose ne tournait pas rond chez son fils. Sorti de chez lui avec un sac à dos, l'ado est rentré vers 22h sans son sac. Le père a retrouvé celui-ci dissimulé dans la cour arrière. Il y avait un petit magot à l'intérieur.

Le père a questionné son fils, mais ce dernier a nié avoir commis un crime.

Un père inquiet

C'est le père de l'adolescent, inquiet de la radicalisation de son fils, qui l'a dénoncé au SPVM, selon des documents judiciaires que La Presse a obtenus.

«J'ai juste fait mon devoir de citoyen. Je ne veux pas de médaille», a dit l'homme qui a accepté de s'entretenir brièvement avec La Presse la semaine dernière.

Le père de famille semblait très nerveux lorsque La Presse l'a rencontré dans son modeste logement d'un quartier défavorisé de la métropole.

Ce père, un musulman modéré, n'a pas voulu préciser à quel moment il s'est rendu compte que son fils avait commencé à se radicaliser. «Ça ne correspond pas aux valeurs que je lui ai inculquées», explique-t-il d'une voix étranglée par l'émotion.

L'homme a fait de nombreux sacrifices pour envoyer son fils dans un collège privé montréalais réputé. Le père était à ce point inquiet qu'il a envoyé la police arrêter son fils alors que ce dernier se trouvait en classe.

L'arrestation a semé la consternation dans cette école qui sélectionne ses élèves en fonction de l'excellence de leurs résultats scolaires.

Il ne s'agissait pas d'un élève à problèmes, ni sur le plan scolaire ni sur le plan comportemental, selon le directeur de l'établissement, que l'on ne peut pas nommer pour ne pas identifier l'accusé.

«On n'a vu aucun signe avant-coureur», indique le directeur. Ce dernier admet que la situation est inquiétante, à la lumière des quelques renseignements dont il dispose pour le moment.

«Est-il une menace pour les autres élèves? se demande le directeur. Si le juge considère qu'il ne représente pas une menace et qu'il ne doit pas changer de milieu scolaire, nous allons nous conformer à ses recommandations.»

Arrêté le 17 octobre par le SPVM, l'adolescent a plaidé coupable à peine deux semaines plus tard à deux chefs d'accusation liés au vol qualifié. Il n'avait pas d'antécédents criminels. Les plaidoiries sur la peine auront lieu en décembre.

D'ici là, l'adolescent sera évalué par un délégué jeunesse chargé d'éclairer le tribunal sur la peine appropriée.

«J'ai espoir qu'il va comprendre [la leçon]», laisse tomber le père, visiblement encore secoué par les événements, avant de mettre fin à l'entretien avec La Presse.

Liens suspects

L'arrestation de l'adolescent est survenue avant les attentats de Saint-Jean-sur-Richelieu et d'Ottawa. On ignore depuis combien de temps le jeune homme de 15 ans avait des contacts avec Couture-Rouleau sur Facebook.

Avant de foncer avec sa voiture en marche sur des militaires à Saint-Jean-sur-Richelieu, M. Couture-Rouleau avait publié sur le réseau social des propos favorables au djihad et au groupe armé État islamique (EI). L'EI mène aujourd'hui une campagne sanglante pour imposer sa conception de l'islam en Irak et en Syrie.

Deux jours après l'attentat à Saint-Jean-sur-Richelieu, un autre jeune homme converti à l'islam radical, Michael Zehaf Bibeau, a fait irruption au parlement d'Ottawa après avoir tué un soldat au Monument commémoratif de guerre.

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