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Rodolphe Macia, conducteur de métro à Paris

Rodolphe Macia, conducteur de métro à Paris... (Photo : John Londono (rodeoproduction.com))

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Rodolphe Macia, conducteur de métro à Paris

Photo : John Londono (rodeoproduction.com)

Judith Lussier / URBANIA

Tous les jours, plus de quatre millions de voyageurs s'entassent dans le métro parisien. Depuis 16 ans, Rodolphe observe ceux qu'il transporte sur la ligne 2, qui traverse la rive droite d'est en ouest.

Qu'est-ce que le métro nous apprend des Parisiens?

Qu'ils sont stressés. Ils sont tellement stressés que la RATP (Régie autonome des transports parisiens) doit préciser aux gens de laisser sortir les voyageurs avant d'entrer tellement tout ce qu'ils veulent, c'est d'entrer le plus rapidement possible. Pourtant, à l'heure de pointe, le métro passe aux deux minutes!

Vous, vous n'êtes pas stressé?

Pas trop, non. J'aime bien mon travail. Ça peut sembler répétitif, mais ce ne l'est pas du tout. C'est toujours des situations et des gens différents. Mais il y a des passagers qui passent tellement souvent que je finis par les reconnaître.

Vous voyez tout ça de votre cabine?

Oui, on n'est pas si coupés du monde que ça. Même les événements en surface se répercutent dans le métro. Par exemple, on voit les gens aller manifester, partir en vacances ou s'emporter lors des événements sportifs. Le 12 juillet 1998, quand la France a gagné la Coupe du monde de foot, ma ligne était plus bondée qu'à l'heure de pointe!

Êtes-vous attaché à «votre ligne»?

Oui. Je l'aime parce qu'elle sort dehors, mais surtout parce qu'elle est très cosmopolite. Elle part de Nation, qui est un peu bobo, vers Ménilmontant et Belleville, très nord-africain et chinois, passe par Lachapelle et Barbès, très populaire, Anvers et Pigalle, qui sont très touristiques, et Place de Clichy, là, c'est bourgeois.

Est-ce que c'est là que se trouvent les pickpockets?

Oui, surtout entre Barbès et Place de Clichy, parce que c'est très touristique, justement. Il y a une semaine, j'ai moi-même failli me faire pickpocketer. Avant, on disait «Attention, pickpockets en voiture 3», parce qu'on les reconnaissait, mais j'ai des collègues qui ont reçu des menaces. Depuis, la RATP fait des annonces générales à l'interphone.

Et les musiciens qui jouent illégalement dans les wagons, qu'en faites-vous?

Moi, je les endure, même si ça devient lassant d'entendre la même chanson dix fois de suite. C'est souvent très fort, et rarement très bon. Le pire, c'étaient les années où la chanson Numa Numa du groupe roumain O-Zone était très populaire.

Y a pire, j'imagine. Les suicides, par exemple. En avez-vous déjà été témoin?

Moi, non, mais j'ai un collègue qui en a vécu quatre. Une fois, j'ai empêché un homme de se jeter sous mon métro. Ça faisait plusieurs fois que je le voyais, et j'avais remarqué que quelque chose ne tournait pas rond. Quand il a voulu se lancer, j'ai freiné. C'est jamais arrivé que quelqu'un réussisse, mais durant ma formation, j'ai vu un morceau de corps. Quelqu'un était tombé entre deux voitures. Quand je l'ai trouvé, une bonne dizaine de trains lui étaient passés dessus.

Est-ce que ce sont ces horreurs qui font que vous êtes pas mal toujours en grève?

Nous ne sommes pas toujours en grève! Ma dernière remonte à très longtemps, automne 2007! Sinon, des grèves à la RATP, il y en a de moins en moins. Presque tous les mois, il y a des menaces de grève, oui, mais pour que le transport soit perturbé, il faut que les conducteurs soient en grève!

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