Dans la région de Sorel, ils sont plusieurs à faire de la gibelotte, ce mélange particulier de légumes en conserve, de patates et de barbotte. Mais personne ne sait la faire comme Colette Beauchemin, propriétaire du restaurant qui a vu naître cette saveur locale.

Judith Lussier, URBANIA LA PRESSE

Qui a inventé la gibelotte?

Ma tante Berthe Beauchemin, en 1925. Avant, le restaurant s'appelait le Survenant, mais en 1985, j'ai changé pour «Marc Beauchemin», son mari, parce que dans la région, il y a beaucoup de choses qui s'appellent le Survenant, c'est d'ici que ça vient le roman.

Vous, vous en faites depuis combien de temps?

J'ai appris jeune! J'ai commencé quand j'ai rencontré mon chum, le neveu de Berthe et Marc. Au début, j'étais venue pour donner un coup de main. À 16 ans, je ne pensais jamais finir ma vie ici, mais ça a adonné de même.

Pourquoi ça s'appelle de la gibelotte?

Parce qu'au départ, c'était du gibier, mêlé avec de la lotte. Ma tante a appelé ça de la gibelotte.

Comment ça a commencé, la gibelotte?

Dans le temps, ça prenait un coup pas mal. Le monde se retrouvait toujours chez ma tante. Elle préparait une espèce de grosse soupe transparente avec des patates pis des gros poissons dedans. C'était pour les lendemains de brosses. Elle a amélioré sa recette en mettant des légumes dedans. Avant il y avait du canard, mais maintenant on n'a plus le droit d'en chasser. On a remplacé ça par la barbotte.

Pourquoi gardez-vous vos ingrédients secrets?

C'est comme le Poulet frit Kentucky : c'est notre recette originale. Le petit goût spécial que ça donne, c'est notre potion magique.

Est-ce qu'il y en a qui essaient de vous copier?

Oui! À Sorel on est plusieurs à faire de la gibelotte maintenant, mais je suis la seule qui la fait avec l'ingrédient secret de Berthe Beauchemin. Y en a pas une qui goûte pareil.

Pourquoi ne participez-vous pas au Festival de la gibelotte, c'est quand même votre famille qui a inventé ça?

Une année, j'avais mis une grosse pancarte pour dire qu'on avait de la gibelotte à volonté. Ils m'ont vite fait comprendre que ça ne faisait pas leur affaire. Mais le festival, ça amène toujours du monde ici de toute façon.

Est-ce qu'elle est bonne, la gibelotte du Festival?

Moi, j'y ai jamais goûté, parce que pendant le Festival, ici, c'est plein. Mais tout le monde me dit que c'est pas pareil, qu'elle est meilleure ici.

En mangez-vous souvent, de la gibelotte?

À tous les jours!

Vous n'êtes pas tannée?

Non! C'est bon de la gibelotte, c'est plein de bons légumes. Y en a qui aiment tellement ça : le record, c'est 11 assiettes en ligne. Le gars vient souvent ici, il en mange toujours 5-6. Il n'a pas engraissé. C'est bon pour la santé la gibelotte.

Est-ce que la concurrence vous dérange?

Non. Au départ, les propriétaires des autres restaurants, c'était tout des Beauchemin, des oncles, des tantes. Aujourd'hui, ça s'est vendu. C'est pour ça que je suis la seule Beauchemin qui reste. Mais les autres, ça me dérange pas. Ça emmène du monde dans le coin. De toute façon, ici, c'est toujours plein. Ça arrive par bateau ou par auto. Ça fait la file.

Est-ce que ça vous insulte, aujourd'hui, qu'on utilise le mot gibelotte pour décrire un gros mélange de n'importe quoi?

Non. Comme ils disent : parlez-en en bien, parlez-en en mal, l'important, c'est que tout le monde en parle!