Mont Saint-Pierre, c'est le paradis des tripeux de vol libre. Les amateurs se lancent à 1350 pieds dans les airs de cette montagne abrupte qui plonge dans la mer. Le fait que le maire du village, Jean-Sébastien Cloutier, soit instructeur de deltaplane, propriétaire de la boutique Vue du Ciel et photographe aérien, c'est quasiment cliché.

Judith Lussier, URBANIA LA PRESSE

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Qu'est-ce qui attire les gens à Mont-Saint-Pierre?

Ils viennent tripper sur le paysage, et sauter en deltaplane ou en parapente. C'est un très beau site pour ça parce qu'on vole au-dessus de la mer. La semaine passée, je voyais les baleines d'un côté, et les neiges éternelles sur le mont Jacques-Cartier dans le fond de la vallée. 

Comment avez-vous commencé à vous intéresser au deltaplane?

C'est un ami qui m'avait parlé de son expérience. Il avait vu son ombre dans un arc-en-ciel circulaire sur un nuage. Moi je suis un épicurien. J'avais envie de tripper dans les nuages.

Quand on naît à Mont Saint-Pierre, est-ce qu'on est obligés de devenir fan de deltaplane?

Non, parce que sur 275 pilotes au Québec, on est juste 2-3 ici. Quand j'étais jeune, on était une gang, mais c'est quand même resté un sport marginal. 

Combien ça coûte un deltaplane?

Entre 3000 et 5000$. Après ça, ça prend un harnais, à 1000$, et un parachute, environ 700$. Mais il y a possibilité d'acheter un matériel usagé de très bonne qualité. 

C'est quand même un sport dangereux. 

Le vol libre est un sport à risque, parce que dans toute action, il y a un risque : quand on va s'acheter une pinte de lait, on peut se faire frapper! Mais si on respecte les conditions de vol, qu'on a un bon équipement et qu'on prend le temps de faire les choses, c'est sécuritaire. Faut savoir dire non si les conditions sont pas bonnes. 

Qu'est-ce qu'on ignore du deltaplane?

Les gens pensent que c'est compliqué, mais dans le fond, t'as juste à courir et à te laisser aller. Et c'est pas juste en été qu'on en fait. L'hiver on monte en motoneige. 

C'est quoi le feeling?

C'est vraiment ce qui se rapproche le plus de voler comme un oiseau. 

Qui fait du deltaplane?

Toutes sortes de monde! Des gens sur un coup de tête, des filles pour un shower, d'autres, par défi, des gens malades pour qui c'est peut-être le dernier trip de leur vie. Le plus vieux que j'ai fait voler avait 78 ans, et la plus jeune avait 7 ans. Elle avait ramassé ses sous elle-même. J'ai déjà fait voler une madame qui était sourde aussi. C'était spécial. Son interprète lui donnait une petite tape quand c'était le temps de partir.



Qu'est-ce qui lie votre travail de maire à celui d'instructeur de vol?

L'amour que j'ai pour mon village. J'aime survoler le village et travailler à son développement. Je pourrais vous parler de mon projet de développement de village-parc. 



Quand êtes-vous maire, et quand êtes-vous instructeur?

Présentement, vous parlez au maire, mais quand je suis en vol, je laisse tout de côté et je me concentre sur mon vol. Faut savoir peser sur le bon bouton.

Combien ça occupe de votre temps, être maire?

C'est presque un demi-temps, parce que même pour un petit village, il y a beaucoup de règlementation. On a beaucoup d'employés. On a des projets de développement, d'ailleurs, on a un gros projet de village-parc, je pourrais t'en parler.

Ok, parlez-nous de votre projet de village-parc.

On voudrait agrandir le parc national de la Gaspésie vers la mer. 

Et qu'est-ce que ça changerait?

Ça protégerait le site, et ça créerait plus de tourisme. 

Je parle au maire là?

Oui!