Dans leurs ventres, l'histoire de vie d'un individu ou d'une famille. Le récit de ce que l'on a mangé. De ce que l'on a utilisé pour se laver, se soigner, se distraire. Les journaux qu'on a lus, les circulaires qu'on n'a pas lues. La vie ordinaire. Répertoire anthropologique de notre société de consommation : le bac vert. Une fois sur le trottoir, vidé par le camion, où va son contenu ? Enquête.

Simon Beaudry, Urbania CYBERPRESSE

Une fois sur le trottoir, vidé par le camion, où va son contenu? Enquête.

Jeudi. Sur le trottoir, des bacs prennent l'air en attendant la visite du camion vert.

Sur le site de l'ex-carrière Miron se trouve le Complexe environnemental Saint-Michel. Rendu là, on se croirait dans une scène du film Fargo. Un no man's land coincé entre un dépotoir et l'autoroute 40. Le centre de récupération des matières recyclables est un des plus importants d'Amérique du Nord. Près de là, il y a La Tohu et la centrale énergétique Gazmont, qui brûle des biogaz extraits du sous-sol du dépotoir. Cette centrale fournit l'électricité à tout le quartier, tout en offrant aux résidants une splendide vue sur sa cheminée obèse.

Photos : Alain Desjean et Sylvain Thomin, Urbania

Le camion vert livre sa cargaison au centre de récupération. En gros, chaque bac vert est composé de 81 % de papier, 11 % de verre, 4 % de plastique et 4 % de métaux divers...

On y trouve aussi 0,001 % de pinouches non identifiées déposées dans le bac par quelqu'un qui s'est dit : «Ça doit bien se recycler, cette patente-là!»

Le centre trie 30 tonnes de matières à l'heure. Il y a plusieurs «lignes», une pour le plastique, une pour le papier, une pour le verre (qui est trié par couleur).

Au centre de récupération, les trieurs ne quittent pas des yeux le tapis roulant. C'est bruyant. Une odeur de saleté embaume l'espace.

Photos : Alain Desjean et Sylvain Thomin, Urbania

N'ayez crainte, vous n'irez pas en enfer si votre bac n'est pas trié. En fait, le «pré-triage» (à la maison) ne fait que faciliter la tâche des employés du centre, ce qui réduit les coûts. Il est aussi conseillé de rincer sommairement les contenants de verre, de métal et de plastique. Pourquoi? Une question d'hygiène.

C'est aussi pour offrir aux trieurs un environnement de travail sain. Oui, car ces gens ne sont pas nécessai­rement intéressés à respirer les effluves de votre vieux contenant de sauce carbonara...

Une canette d'aluminium sera achetée par une aluminerie et redeviendra une nouvelle canette la semaine suivante. Fabriquer une canette neuve à partir d'une vieille représente une économie d'énergie de 95 %. C'est rentable. D'autant plus que l'aluminium en consigne est la matière qui se revend le plus cher : 2147$ la tonne métrique.

Photos : Alain Desjean et Sylvain Thomin, Urbania

Autour des «lignes» de triage s'activent deux catégories d'employés : des employés syndiqués ordinaires, et des gens souffrant d'une légère déficience mentale. Ceux-ci représentent 20 % des effectifs.

Avant d'être vendu à un recycleur, le papier est mis en ballot selon sa catégorie (papier mélangé, papier journal, carton ondulé, etc.). Le papier mélangé se revend 46 $ la tonne métrique et le papier blanc, 282 $ la tonne métrique.

Et c'est ainsi qu'après avoir quitté le centre, le contenu de votre bac vert risque de redevenir très bientôt... le contenu de votre bac vert.

Photos : Alain Desjean et Sylvain Thomin, Urbania