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Parents de la DPJ: reculs et progrès

Derrière ces enfants de la DPJ dont on parle beaucoup, il y a des parents dont... (Photo: Marco Campanozzi, La Presse)

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Photo: Marco Campanozzi, La Presse

Katia Gagnon
La Presse

Derrière ces enfants de la DPJ dont on parle beaucoup, il y a des parents dont on ne parle jamais. Ils sont vus comme des parias, des parents indignes. Mais qui sont-ils vraiment? La Presse a suivi six d'entre eux pendant les 10 semaines d'un atelier de compétences parentales.

Aujourd'hui, le troisième épisode de notre série.

MARTIN ET SARA

«Je lui flatte le dos»

L'atelier n'est pas encore commencé. Sara traîne son père par la main. Ils se retrouvent devant l'armoire de jeux. Sara veut sortir les quilles.

Martin hésite. «Il y a déjà beaucoup de jeux de sortis», dit-il. Mais Sara veut ses quilles. Après avoir jeté un regard inquiet aux intervenants, Martin finit par se lancer. L'allée de quilles est montée. Sara devient rapidement la star de la salle de jeux.

Martin a l'inquiétude vissée dans les yeux en permanence. C'est manifeste, le grand mince à la tignasse noire est dévoré par l'anxiété. Il a toujours peur. Peur de ne pas prendre la bonne décision. Peur de ne pas pouvoir raisonner sa fille.

Pourtant, durant les ateliers, Sara est une petite fille charmante. Sociable, souriante, volontaire. «Elle a des étoiles dans les yeux», dit Stéphane Lévesque, animateur de l'atelier.

À l'école, cependant, le portrait est tout autre. Sara a failli ne pas terminer son année à la prématernelle. Elle était agressive avec les autres enfants. Mordait. Se battait. «Elle s'est fait rejeter par tout le monde», raconte Martin.

À la maison, c'est sa petite soeur qui prenait les coups. Et Sara faisait des crises épouvantables: elle se frappait la tête sur les murs jusqu'à ce qu'il y ait du sang.

Les parents étaient débordés par leur fille. Le dossier a rebondi à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), il y a trois petits mois. Les parents étaient connus des services sociaux.

Martin a été placé à 12 ans. Sa mère, dépressive, les avait laissés seuls, son frère et lui, lors d'une hospitalisation. Son professeur a fini par découvrir le pot aux roses. Les deux garçons se sont retrouvés en famille d'accueil.

L'année suivante, Martin était dans la classe d'Isabelle, qui vivait elle aussi en famille d'accueil à la suite d'une sauvage agression de son beau-père. Des années plus tard, il la retrouve grâce à Facebook.

Isabelle a déjà des enfants, dont Sara, qui est encore un bébé. Ils tombent amoureux, mais consomment alcool et drogues. Ils ont un autre bébé.

Le couple est constamment secoué par des crises. Au retour d'un séjour en maison d'hébergement, Isabelle révèle à Sara que Martin n'est pas son vrai père. La fillette est bouleversée.

L'intervenant assigné au dossier commence par s'attaquer au problème le plus pressant: la consommation. Il envoie Martin consulter un médecin. Diagnostic: trouble d'anxiété. Martin est médicamenté et, du coup, arrête de consommer. Isabelle le suit.

Il restait à régler les problèmes de Sara. Le travailleur social fait un pari: secouée par les révélations de sa mère, Sara fait des crises pour obtenir l'attention de Martin.

Après quatre séances d'ateliers père-fille, le pari est probablement gagné. Ces deux heures hebdomadaires d'attention paternelle, couplées à des changements dans la routine à domicile, ont fait toute la différence.

«Ça va vraiment mieux», constate Martin avec soulagement. Et manifestement, ça va aussi vraiment mieux entre Martin et Sara. Durant les premiers ateliers, Martin semblait pétrifié. Chanter? Dessiner? Lire des livres? Disons que papa n'était pas très à son aise. Il s'accrochait à la main de sa fille comme à une bouée de sauvetage.

Mais Martin s'est attelé à l'ouvrage. Il a accepté de chanter, de construire des pistes de course et de monter des allées de quilles.

Au deuxième atelier, Martin a raconté aux autres parents qu'il avait fait une découverte. «Je me suis rendu compte que je passais plus de temps pour border sa petite soeur - sa propre fille - que pour border Sara.»

Martin a donc changé la routine. Il caresse d'abord les cheveux de la petite soeur pendant un moment. Puis, il change de chambre. «Je voulais pas que ce soit pareil que pour sa soeur. Alors, Sara, je lui flatte le dos.»

MARIE-CLAUDE ET SAMUEL

«C'est rare que ça me tente»

Marie-Claude est debout, les bras croisés, et regarde son fils, absorbé dans une attaque de bateau pirate. La jeune femme n'est pas contente ce matin. Elle s'est disputée avec une amie. Une grosse chicane.

Bref, à son arrivée à l'atelier, Marie-Claude était de très mauvaise humeur. Dominée par la colère.

Quand elle est entrée dans la salle de jeux, Samuel construisait son bateau pirate. Il l'a à peine regardée.

«Pas de bisous? Pas de câlin?», s'est-elle exclamée. Depuis, elle boude, debout, les bras croisés.

Tous les autres parents jouent avec leurs enfants. Sara et Emma disputent une chaude partie de quilles. Raphaël a fait une tour avec des blocs en carton.

«Ah que c'est beau, des papas et des mamans qui jouent avec leurs enfants!», s'exclame l'animatrice Nathalie Sylvestre, ultra-enthousiaste, comme toujours.

Elle se tourne vers Marie-Claude. «Ça ne te tente pas, d'aller jouer avec Samuel?» La réponse fuse, lapidaire, et à portée d'oreille de Samuel.

«C'est rare que ça me tente.»

«Et qu'est-ce qu'il faudrait pour que ça te tente?», demande Nathalie. «Il joue tout seul. Il est bien», dit la rouquine en faisant la moue.

L'humeur de sa mère contamine rapidement Samuel. Dès les premiers jeux, il se met à bouder. «Bon, tu ne veux pas jouer. Maman va jouer toute seule, alors», dit Nathalie Sylvestre, qui espère ainsi ramener le petit dans le jeu. Marie-Claude ne bouge pas d'un poil. «Moi, s'il ne joue pas, je ne joue pas.»

Une heure plus tard, la jeune femme finit par exploser. Pendant le parcours moteur, il faut sauter dans des cerceaux, lancer un ballon dans un panier. Samuel s'excite. Marie-Claude l'attrape par le bras et l'assoit rudement sur une chaise. L'enfant fait tout pour contrarier sa mère. Il se penche. Il bouge. Il essaie d'attraper une feuille.

«Tu m'écoutes pas! hurle Marie-Claude. Pourquoi tu m'écoutes pas?»

Encore une fois, Nathalie arrive.

- Qu'est-ce qui se passe?

- Il m'écoute pas! Je lui dis de pas courir, il court!

- Mais combien de temps tu veux qu'il reste là? demande l'animatrice de sa voix la plus calme.

- Jusqu'à ce qu'il m'écoute!

Nathalie sourit.

- Mais ça, c'est l'affaire d'une vie, Marie-Claude...

La mère n'a pas saisi l'ironie. «Il a 4 ans. Donc, c'est quatre minutes», rétorque-t-elle.

Nathalie se tourne vers Samuel. «O.K., Samuel. Quatre minutes. Tu es capable.»

Le petit gigote sur sa chaise.

- Je vais me tuer, dit-il en regardant sa mère droit dans les yeux. Je vais te tuer, ajoute-t-il.

Il se mord le bras.

- Même si tu te fais mal, ça va durer quatre minutes, dit doucement Nathalie.

Quatre longues minutes plus tard, la «conséquence» est terminée.

C'est la fin d'un atelier difficile pour la mère et le fils. Samuel quitte sa mère sur un simple bonjour. Il donne sa petite main au bénévole qui assure le transport.

Il ne se retourne pas.




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