Quand la longue nuit prend ses quartiers d'hiver aux jours les plus courts de l'année, les Suédois illuminent leur intérieur de lumières, un héritage de vieilles traditions bicentenaires et un remède pour garder le moral.

Rita Delvin Marier AGENCE FRANCE-PRESSE

Aux fenêtres des maisons, des boutiques, et même des bureaux, la Suède se pare de bougies et de lampes allumées en quasi-permanence du début de l'Avent à la fin décembre, lorsque la pénombre arrive dès 14 heures à Stockholm et encore plus tôt plus on remonte vers le Nord.

Dans ce défilé de lumières qui égaie les rues du pays scandinave, deux vedettes brillent: le chandelier de l'Avent («Adventljusstake»), un candélabre électrique à sept branches en forme de V inversé, et l'étoile de l'Avent, une lanterne blanche ou rouge en forme d'étoile.

Il y a 200 ans, les Suédois n'allumaient qu'une bougie à leur fenêtre et seulement pendant la veillée et le jour de Noël, rappelle Kättström Höök, une spécialiste des traditions suédoises et conservatrice du Musée Nordiska de Stockholm.

«C'était une protection contre les forces du mal, cela avait une connotation magique, et c'était aussi une forme de salutation» pour les personnes qui se rendaient à la messe, explique-t-elle à l'AFP.

«Cela a commencé dans les familles, puis s'est développé année après année pour s'étendre aux lieux de travail et ailleurs», avant de devenir incontournable dans les années 30, souligne l'experte. Selon une étude, 92% des Suédois suivent désormais pieusement le culte de la lampe de l'Avent.

Avec un bon coup de pouce apporté en 1937, lorsqu'un employé de l'usine Philips de Göteborg met au point un chandelier à sept ampoules électriques. «Ça a été un grand succès! On ne risquait plus d'incendie et on pouvait le laisser allumé toute la nuit», souligne Mme Höök.

Aux préparatifs de Noël vient s'ajouter une fête typiquement suédoise consacrée à la fée Lumière: la Sainte Lucie du 13 décembre, lorsqu'une jeune fille vêtue d'une longue robe blanche et coiffée d'une couronne de bougies mène une procession d'enfants qui chantent, également vêtus de blanc, avec une bougie à la main.

Cette fête, aux racines italiennes et allemandes, est célébrée en Suède depuis le XVIIIe siècle mais a été modernisée dans sa version actuelle dans les années 1920.

Partout en Suède, dans chaque école, on organise processions et concerts à la gloire de la sainte qui a pour nom Lumière.

Si l'on est la seule enfant de la procession à ne pas avoir le droit de chanter, être choisie comme la «Lucia» est un honneur pour toute jeune Suédoise, bien au-delà de tout concours de beauté.

«Il y a toujours une procession de Sainte Lucie à l'école, mais je n'aurais jamais cru que ce serait moi», s'émerveille Fanny Haeffner, 12 ans, choisie cette année pour les trois concerts que son école de musique a donnés à la cathédrale de Stockholm. «Je pense qu'ils m'ont choisie parce que je suis grande et blonde», dit-elle.

Le concert dont elle est la vedette vient de s'achever avec le traditionnel Sankta Lucia: «O Sainte Lucie, illumine notre nuit d'hiver de ta beauté, allume ta lumière blanche, O Sainte Lucie», chantent les 179 enfants du choeur, avant d'éteindre leurs bougies tous en même temps.