Depuis une dizaine d'années, le yo-yo fait un retour en force. Des concours internationaux voient le jour aux quatre coins du monde, avec un intérêt tout particulier au Japon. Un Ontarien, Jensen Kimmitt, est d'ailleurs parmi les favoris pour remporter le concours mondial qui aura lieu à Orlando, en Floride, du 12 au 14 août.

Mathieu Perreault LA PRESSE

«Jensen a fait des compétitions il y a quelques années, puis il a disparu de la scène, explique Gregory Cohen, organisateur du concours d'Orlando. Il est revenu l'an dernier et s'est classé dans les 10 premiers. Il a même gagné des concours au Japon, pays très fort en yo-yo.»

Jensen Kimmitt vient d'ailleurs tout juste de remporter le concours canadien de yo-yo à Calgary.

Montréal a joué un rôle tout particulier dans le renouveau du yo-yo. «J'ai relancé le concours mondial en 1992 à Montréal», explique Dale Oliver, passionné de 70 ans président de Spintastics, firme du Minnesota spécialisée dans la fabrication de jouets d'adresse. «Le yo-yo avait sauté une génération, il n'y avait plus de compétitions depuis les années 70. J'ai profité d'une entente avec le concours mondial de jonglerie qui se tenait à Montréal pour ressusciter la pratique.»

Le yo-yo a refait surface à la faveur d'une innovation technologique, selon M. Oliver. «On a commencé à utiliser des roulements à billes. Au lieu de tourner pendant une minute, le yo-yo pouvait tourner pendant plusieurs minutes. Les compétitions de yo-yo freestyle que j'essayais de créer depuis les années 50 ont finalement été possibles.»

Quand il a commencé sa carrière, en 1955, M. Oliver travaillait pour le plus grand fabricant de yo-yo du monde, Duncan, du Wisconsin. «Duncan a vraiment été l'instigateur de la mode, explique Brandon Jackson, coordonnateur des ventes et du marketing de Duncan. À partir des années 30, il y avait des employés de Duncan partout aux États-Unis qui faisaient des démonstrations dans les lieux publics, les foires, les écoles même. Duncan a fini par être acheté par une firme de jouets spécialisés, Flambeau, dans les années 60. Le marché du yo-yo n'a jamais faibli, mais le passage dans le giron de Flambeau a perturbé les pratiques de Duncan et la mode s'est essoufflée.»

Ce n'est toutefois pas la firme Duncan, fondée par le Californien Donald Duncan, qui a inventé le yo-yo. «Le concept existe depuis des millénaires, notamment en Chine sous la forme du diabolo, un jouet qui revient aussi en vogue, dit M. Jackson. Dans les années 20, Pedro Flores, Philippin immigré à San Francisco, a décidé de commercialiser le jouet qu'il utilisait enfant. Il a été le premier à promouvoir le yo-yo en organisant des concours et des démonstrations publiques. Il a donné un nom tout simple à son invention. Ça signifie "revient" en tagalog, sa langue maternelle.»

En 1932, Donald Duncan a acheté l'usine de Pedro Flores et appliqué au yo-yo les principes d'organisation des affaires qui étaient sa spécialité. Ce n'est d'ailleurs pas le seul domaine où Duncan a laissé sa marque. Jusque dans les années 60, la plupart des parcomètres des États-Unis portaient le sceau Duncan, raconte M. Jackson.