On a l'impression parfois, lorsqu'on observe l'évolution des restaurants dans les rues de la métropole, que certains lieux sont poursuivis par la guigne. Deux échecs de suite et nous voilà convaincus que c'est l'adresse qui porte malchance. Et c'est souvent vrai. Mais Montréal compte aussi quelques contre-exemples de ce phénomène.

Mis à jour le 21 oct. 2013
Marie-Claude Lortie LA PRESSE

Parfois, l'immeuble et l'équipe ou encore l'équipe et le concept ne font tout simplement pas bon ménage, mais relancez les dés et un succès pourrait être au prochain détour.

C'est le cas par exemple du Jolifou, rue Beaubien dans Rosemont, qui a fermé après avoir tiré le diable par la queue pendant un moment. Maintenant, le lieu est investi d'un excellent restaurant à petit-déjeuner, brunch et lunch, le Régine Café, qui cartonne à juste titre. Et le chef du Jolifou, lui, est rendu chez Gus dans la Petite-Italie, où sa cuisine a trouvé preneur chez les hipsters de cette zone Mile End-adjacent.

On dirait qu'il est en train de se produire quelque chose de semblable au numéro 4902 du boulevard Saint-Laurent, près du boulevard Saint-Joseph et du théâtre Espace Go.

Il y avait jadis à cette adresse le Cuisine et dépendance, une excellente table qui a malheureusement dû fermer boutique au printemps 2012. Ensuite dans cet espace s'est installé Projet 67, qui n'a duré qu'un bref moment.

Et puis, et puis a ouvert le Sir Joseph, un pub piloté par Martin Juneau -le chef derrière Pastaga- qui se veut d'inspiration britannique. Deux visites et c'était chaque fois bondé, vivant, solidement actif, pour ne pas dire un peu bruyant (90 décibels, disait le compteur). Bref, cette enceinte semble avoir trouvé chaussure à son pied.

Il ne faut pas arriver au Sir Joseph avec des attentes d'authenticité totalement britannique. Le lieu est plutôt d'esprit anglais. On y retrouvait à l'été l'artichaut vinaigrette qu'affectionne le chef britannique légendaire Fergus Henderson.

La carte propose aussi «bangers and mash» et «fish'n'chips», plats ultratypiques, l'un composé de saucisses et de purée de pommes de terre, l'autre de frites et de poisson frit. Et c'est surtout dans un certain ton vinaigré ici, une pointe de raifort par là, qu'on goûte soudainement l'esprit insulaire.

Pour commencer, l'assiette de légumes du jour propose des betteraves de trois façons: marinées, en purée, grillées. Des copeaux de parmesan apportent une saveur un peu protéinée, salée. Peut-être aurait-on davantage aimé du Stilton ou du vieux cheddar pour résister aux assauts vinaigrés des marinades, mais la composition pourpre fonctionne néanmoins. Les racines grillées visent particulièrement juste, croquantes, douces.

Dans un autre registre, les calmars frits se laissent manger tout seuls, légèrement frits, brûlants, surtout qu'ils sont servis avec une sauce au yaourt très verte, au goût poivré façon pesto de roquette. Pas banal.

Ensuite, le saumon fumé est particulièrement doux. Peut-être un peu trop. Le poisson fond dans la bouche et ne heurte pas par excès de sel, mais on cherche un peu, un tout petit peu, les parfums torréfiés caractéristiques du saumon fumé. Le gras de la chair est équilibré par les touches acides de pommes en julienne et de navet mariné, tandis qu'une mayonnaise à la moutarde et à la bière complète le tableau de ses notes amères.

Et que prend-on d'autre chez Sir Joseph? Un fish'n'chip léger et craquant à l'extérieur, moelleux à l'intérieur, qui se tire fort bien d'affaire, surtout lorsqu'on le mange dès son arrivée à table, bien brûlant, bien croustillant. On aime la fraîcheur de la purée de pois verts qui lui tient compagnie. Ou alors on opte pour un bon vieux burger, costaud, bien fait, simple, classique, sans chichi.

On est ici dans une sorte de pub, doit-on le rappeler. Le menu n'est pas celui d'un arrêt routier, mais il ne fait pas dans la dentelle.

Au dessert, la carte ne s'aventure pas du côté des «trifles» et autres Eton Mess ou alors des «puddings» qu'affectionnent les Britanniques. Mais on propose un Reine-Elisabeth classique, plutôt québécois, gâteau dense et riche aux dattes et à la noix de coco, servi avec de la chantilly, tout comme le brownie d'ailleurs. Dans les deux cas, les pâtisseries sont riches, denses, feront plaisir aux amateurs de sucreries qui lestent l'estomac. Peut-être qu'on préférerait les déguster en après-midi avec une tasse de thé plutôt qu'après un repas. Et on accompagnerait alors le tout d'un verre de vieux vieux whisky. Bliss!

Sir Joseph

4902, boulevard Saint-Laurent

Montréal

514-564-7477

pubsirjoseph.com

Prix: Plats entre 5$ et 16$. Desserts entre 5$ et 8$.

Carte de vins: Surtout des vins biologiques et des bières en fut d'inspiration britannique.

Service: Courtois, cordial, efficace.

Atmosphère: Bar-resto vivant, bruyant, où l'on peut aussi prendre une bouchée.

Décor: Version moderne d'un pub britannique, avec boiseries chaleureuses mais aussi quelques touches un peu post-industrielles, comme les lampes faites de simples ampoules nues. Le tout se fait oublier au profit d'une atmosphère chaleureuse, conviviale. Grandes tables qui permettent de se retrouver en groupe.

(+) Les prix très abordables, la possibilité de manger légèrement avant ou après un spectacle.

(-) Menu un peu court, un peu rudimentaire.

On y retourne? Oui. Avant un spectacle.