Si j'étais vous, j'essaierais d'avoir une table chez Elena pour le brunch de Pâques. À deux, en famille, toutes les options sont bonnes.

Mis à jour le 26 mars 2018
Marie-Claude Lortie LA PRESSE

Je sais, je sais, si on s'y met tous ensemble, l'espace a beau être grand, ça risque de déborder. Et comme on ne prend pas de réservations pour le brunch les week-ends, il pourrait y avoir de légères files d'attente.

Mais j'en reviens à peine et j'ai juste envie d'y retourner. Alors voilà, je persiste et signe: ma recommandation de Pâques, c'est ça. Elena, la pizzeria. À Saint-Henri.

Emma Cardarelli et Ryan Gray, les cofondateurs et copropriétaires, ne sont pas des nouveaux venus dans le monde de la restauration. Après avoir travaillé dans l'univers Joe Beef-Liverpool House, elle en cuisine, lui en salle, ils ont lancé ensemble Nora Gray en 2011, une table italienne qui cartonne depuis ses premiers pas dans un lieu improbable du sud du centre-ville, non loin du Centre Bell.

On n'est donc pas étonnée de les voir ouvrir leur nouvelle adresse - pour laquelle ils se sont aussi associés avec Marley Sniatowsky - avec doigté et intelligence, expérience et savoir-faire. Encore là dans une zone en développement, toujours au sud du centre-ville, mais beaucoup plus à l'ouest. Ils y servent des pâtes et de la pizza. Et ça s'appelle Elena.

De l'extérieur, le lieu n'a rien de spectaculaire. On devine qu'il s'y passe quelque chose lorsqu'on passe devant les fenêtres, mais la façade modeste annonce peu de choses. En entrant, on a donc ce sentiment d'avoir fait une découverte, d'être dans un monde en transformation, du bon côté.

L'aménagement a été confié à Kyle Adams Goforth, qui travaille avec Sid Lee architecture, à qui on doit aussi le Boxermans, avenue Van Horne, à l'entrée d'Outremont et près du Mile End, et le Loïc, un bar à vin de Saint-Henri, pas loin d'Elena.

L'intérieur est donc professionnel, jazzé, réfléchi, avec du bois naturel au plancher, du velours indigo sur les tabourets jaunes et les fauteuils, des banquettes orange. L'espace s'articule autour d'un îlot central et est ponctué par quelques oeuvres sur les murs. Rien de muséal, mais pas banal non plus. En regardant l'habillage des grandes fenêtres et en humant la modernité de cette conception éclectique de l'ambiance, on se demande si le store vénitien vertical n'amorce pas un retour... Les années 80 ne sont pas loin.

La trame sonore, comme au Nora Gray, fait une belle place aux décibels. Amateurs d'atmosphères feutrées et de chuchotements s'abstenir.

Dans l'assiette, la cuisine est créative, immensément agréable.

On aime choisir une pizza au pecorino et aux épinards d'hiver de la ferme des Quatre Temps, relevée au miel épicé, produit local lui aussi. Baroque? Oui, mais réussi, puisque les amertumes des feuilles sont juste assez attendries par les gouttes sucrées et le sel du fromage. De la même façon les gnocchis frits, en entrée, immenses chips moelleux, gonflés, nous font sourire avec leurs garnitures inattendues de n'duja, mortadelle maison et aubergines marinées.

Chez Elena, on ne suit pas les règles de la cuisine italienne à la lettre, mis à part la préoccupation constante que tout soit succulent, préparé avec de bons produits et que le fait maison règne.

Je cherche à trouver un plat que j'ai moins aimé, mais je n'y arrive pas. Les suppli al telefono, croquettes de riz à la mozzarella, qui font de longs fils de fromage fondu quand on les partage en deux, d'où leur nom (l'image, on s'entend, date d'avant les cellulaires), sont réconfortants, juste assez croquants et doux.

En plat, les pizzas s'imposent, avec leur pâte juste assez craquante et élastique. Toutes disparaissent rapidement de notre table, englouties goulûment, notamment celle aux champignons garnie de toutes sortes de trompettes noires, chanterelles jaunes, maitake, cèpes, cremini et compagnie, accompagnés de céleri-rave.

Elena propose aussi des pâtes, comme ces casoncelli farcis au lapin de Stanstead braisé, garnis de feuilles de sauge frites, avec sauce au sang et au chocolat noir. C'est là encore réconfortant, profondément savoureux, tendre et approprié pour la saison.

Au dessert, la fête continue. On aime particulièrement les cannoli, ces rouleaux de pâte frite farcis d'une subtile ricotta de chèvre maison à la pistache, qui s'effritent bien sous la dent, supportés dans leur démarche de régaler par la crémeuse garniture.

Mais ce qu'il faut prendre absolument, c'est la torta di riso, donc un gâteau de riz, mets italien - d'Émilie-Romagne surtout - servi typiquement à Pâques.

Ici, on dépose chaque morceau de cette pâtisserie moelleuse, mais un peu ménagère, donc costaude, sur du caramel au rhum et on garnit de glace à la camomille et de zeste d'orange. Si ce classique italien ne vous inspire pas - mauvais souvenirs de pudding au riz peut-être? -, sachez que rien n'est ennuyeux ici. Emma Cardarelli cuisine juste trop bien pour ça.

Photo André Pichette, La Presse

L'aménagement a été confié à Kyle Adams Goforth, qui travaille avec Sid Lee architecture.

Elena. 5090, rue Notre-Dame Ouest, Montréal. 514 379-4883. coffeepizzawine.com/elena

Notre verdict

Prix: Entrées entre 9 $ et 13 $, plats entre 15 $ et 21 $, plats à partager entre 23 $ et 37 $. Desserts 8 $.

Carte de vins: Vins naturels de tous les prix, incluant donc des vins orange, européens, surtout italiens. Choix étoffé. Pour le moment, seulement une sorte de bière: la Ghost Farm, que produit l'équipe de la boucherie Lawrence.

Service: Efficace et souriant, dirigé en douceur par Ryan Gray, l'un des grands chefs d'orchestre de salle en ville.

Ambiance: Aménagement un peu post-industriel, un peu néo-années 80, élégant, mais cool signé Kyle Adams Goforth. Même si c'est ouvert depuis peu, le lieu est déjà bien fréquenté par les amateurs de bonne cuisine moderne, plutôt milléniaux et X, qui suivent le travail d'Emma Cardarelli et de Ryan Gray depuis longtemps. Bientôt, il y aura aussi un comptoir à l'arrière où l'on pourra aussi aller chercher de la pizza au morceau, des pizzas entières à emporter, des sandwichs, salades, etc. Avec quelques tables. Bref, ce sera le café où aller prendre une bouchée.

Plus: La qualité de la cuisine, des vins, de l'accueil.

Moins: Le niveau sonore.

On y retourne: Absolument.

Photo André Pichette, La Presse

L'intérieur est donc professionnel, jazzé, réfléchi, avec du bois naturel au plancher, du velours indigo sur les tabourets jaunes et les fauteuils, des banquettes orange.