Près de chez moi, il y a un espace à louer que jadis occupait une excellente table, mais qui depuis n'accueille que des platitudes. En ce moment, c'est particulièrement plat: le lieu est vide.

Mis à jour le 1er nov. 2013
Marie-Claude Lortie LA PRESSE

Il est vide, si bien que je passe beaucoup de temps à rêver à ce qui pourrait s'y installer. J'aurais adoré que le boulanger Jeffrey Finkelstein, par exemple, y ouvre sa boulangerie, mais il a préféré le boulevard Saint-Laurent pour lancer son Hof Kelsten. Dans ma tête, je me disais aussi que Patrice Demers et Marie-Josée Beaudoin auraient pu y installer leur nouveau salon de thé, restaurant de desserts, mais ils iront plutôt rue Notre-Dame Ouest, près du marché Atwater, où ils ouvriront leurs portes sous peu. Parfois, je m'imagine un café à la Olive+Gourmando version delicatessen, qu'ouvrirait un chef allumé venu de Snowdon ou Hampstead, qui réinventerait la soupe aux boulettes de matzo ou le foie haché. Mais surtout, souvent, souvent, je découvre un nouveau restaurant adorable ailleurs à Montréal et je me dis, pourquoi ces gens-là ne viennent pas dans mon quartier?

Et c'est, vous le devinez, ce que je me suis dit en allant la semaine dernière chez le nouveau Ludger, à Saint-Henri.

Rien de gastronomique, rien de néo-créatif. Rien de post-moderne non plus. Juste de la bonne bière, de bonnes huîtres, des bons plats. Mais surtout, surtout, une atmosphère sympathique. Le genre d'endroit ouvert par quatre copains, dont le chef Adam Aspelund - un ancien du Barocco notamment -, où l'on a envie d'aboutir quand on n'a ni le temps ni l'envie de faire à manger, où l'on peut arrêter et être à peu près certain de croiser des gens du coin. Bref, un bistro de quartier. Classique. Sans réservation.

Ludger, c'est le prénom d'un architecte, Ludger Lemieux, un Montréalais qui a travaillé au début du siècle dernier, spécialiste de l'Art déco à qui l'on doit, entre autres, le marché Atwater et la caserne de pompiers de Saint-Henri.

Ludger, le bistro-pub, est situé rue Notre-Dame Ouest, près de la place Saint-Henri, où vient d'ouvrir H4C. Près de Smoking Vallée, du microtorréfacteur Saint-Henri, du Tuck Shop, de Grumman 78. Bref, au coeur d'une zone montréalaise en pleine transformation.

Au menu de Ludger, on retrouve des assiettes qu'on a un peu vues ailleurs, mais pas toujours.

D'abord, il y a des huîtres et encore des huîtres, à 9$ la demi-douzaine pendant le happy hour. Elles sont petites, mais sympathiques. Et on les sert simplement, sans faux flafla, avec citron et mignonnette.

En entrée, encore un classique qu'on a vu ailleurs, mais bien fait: une salade de betteraves à la feta, avec un mélange de racines de couleurs distinctes, préparées différemment (la marinade notamment), ce qui donne une note générale bien acidulée.

L'entrée d'oeuf frit, elle, est servie avec une audacieuse mousseline de pommes de terre fumées qui nous plonge dans l'automne et évoque presque une soirée au coin du feu. On aime. Surtout qu'on accompagne le tout avec des tranches de truffes, saison oblige.

En plat principal, on a choisi d'essayer le tofu poché. Original comme assiette? Oui. Surtout qu'on choisit de ne pas apprêter le tofu à l'asiatique comme c'est souvent le cas. Ici, il se retrouve avec une sauce très veloutée, voire sucrée et certainement soyeuse, à base d'oignon et de vin blanc. C'est étrange, mais réussi, car tout est en douceur, moelleux.

J'ai préféré cela d'ailleurs à l'assiette de dorade aux calmars farcis, qui manquait de liant, et où la dorade était un peu trop grillée, tandis que la composition aux calmars, avec viande de porc en farce, manquait un peu de jus. Le tout était servi avec tomates confites, câpres, chou frisé frit. Une assiette à retravailler, peut-être en faisant une sauce avec les tomates? Qui sait...

Pour la carte des desserts, on joue la carte du «comfort food» revisité, avec des beignes au miel qui goûtent comme ceux de notre enfance. Sucré. Encore chauds quand on nous les sert. On a préféré cela à l'assiette de «twinkies» qui réinvente le petit gâteau roulé avec de la guimauve et de la glace et du gâteau éponge. C'est drôle. Mais la meilleure partie est le pop corn au caramel, bien sucré, bien craquant. J'en aurais pris une poignée de plus. Et carrément sur un sundae, le genre de dessert gourmand et simple qu'on s'attend à retrouver dans ce lieu accueillant et sans prétention.

Ludger

4001, rue Notre-Dame Ouest, Montréal

438-383-3229

Prix: Entrées entre 10$ et 16$, plats entre 16$ et 20$, desserts entre 3$ et 10$.

Carte de vins: Courte mais abordable (la plupart des vins sont entre 43$ et 64$, le plus cher est 82$) et remplie de crus de petits producteurs artisanaux.

Concept: Un resto-bar, buvette gourmande. Donc c'est bruyant, mais on peut manger et c'est ouvert tard, jusqu'à 3h. Il y a aussi des DJ le samedi.

Service: Efficace, courtois.

Atmosphère: Très sympathique, le lieu est rempli de gens du quartier qui se retrouvent entre copains pour souper ou s'arrêtent pour un verre et une bouchée avant de rentrer à la maison.

(+) La convivialité des lieux

(-) Les plats sont inégaux

On y retourne? Si on est dans le quartier, pour un verre, pourquoi pas?