Le sud-ouest de Montréal est en pleine effervescence. Quand le brillant Joe Beef s'est installé dans la Petite-Bourgogne, il y a une dizaine d'années, il était pratiquement le seul restaurant d'auteur à proposer une cuisine moderne, experte et recherchée, suffisamment singulière pour faire de ce restaurant de quartier une véritable destination. Aujourd'hui, on ne compte plus les tables qui ouvrent de Griffintown aux confins de Saint-Henri et qui attirent les gourmands curieux.

Marie-Claude Lortie LA PRESSE

Ma petite dernière préférée? Le comptoir d'hiver des Satay Brothers, rue Saint-Jacques, à l'ouest de la station de métro Lionel-Groulx. Le bonheur dans de gros bols de soupe aux nouilles, bien chaude et épicée.

Autre nouvelle adresse intéressante: l'EVOO, rue Notre-Dame Ouest, là encore tout juste à l'ouest d'Atwater, une table ouverte avant Noël par des anciens du DNA, dont, aux cuisines, Peter Saunders, d'origine irlandaise, et Sophie Ouellet, qui a déjà travaillé avec l'excellent chef de desserts Patrice Demers au défunt Les Chèvres, ainsi que Claudie Harvey en salle.

Lorsqu'on arrive chez EVOO - l'acronyme à la mode chez les anglophones pour parler d'huile d'olive ou plutôt d'extra virgin olive oil -, on ne se doute pas, toutefois, qu'on va fort bien manger et que la cuisine sera «soignée», comme l'annonce le site web du restaurant. La décoration des lieux est plutôt banale, avec quelques lampes suspendues intéressantes, mais qui n'arrivent à rendre les lieux ni élégants ni chaleureux. L'absence de nappe saute aux yeux et on se demande ce que font ces lattes de bois mauves sur les murs, sans parler du plancher de style «terrazzo» au fort potentiel kitsch qui n'est ni mis en valeur par une déco rétro ni occulté.

Aussi, non seulement le volume de la musique est assez élevé, mais son style rythmé commercial semble plus approprié pour un bar de centre de ski que pour un lieu où l'on s'apprête à déguster du fromage de chèvre artisanal ou une émulsion d'estragon.

Tout cela est fort dommage, car dans l'assiette, le panorama est tout autre. La cuisine est précise, raffinée, et si on fait des efforts pour que les ingrédients restent simples et abordables, on les cuisine pour les mettre en valeur avec élégance, sans trop de faux pas malgré l'utilisation de techniques de cuisine moderniste périlleuses. Et on le remarque dès l'arrivée d'un micro amuse-bouche préparé avec de fines tranches fraîches de betteraves compressées au vinaigre de La Belle Excuse et accompagnées d'une goutte de fromage de chèvre frais, crémeux, qui vient enrober en bouche l'acidité et la fraîcheur du tubercule.

Suivent des entrées fort diversifiées. Un oeuf mollet enrobé dans du prosciutto, frit et déposé sur un lit de salade, plat à la mode présenté sans facétie. Un peu prévisible malgré la vinaigrette au babeurre. En revanche, le carpaccio de viande de cheval - tendre, discrète - que l'on sert avec vieux chèvre et chimichurri - sauce aux herbes et à l'huile d'olive - offre une version revisitée allumée du classique italien.

Quant à la soupe aux tomates, très simple coulis de tomates mûres à l'huile d'olive juste assez salé, elle arrive à table avec une espuma de parmesan si légère qu'on la voit disparaître sous nos yeux.

Le ris de veau croustillant, cuit délicatement et servi sur une tombée de bettes à carde, aurait pu être moins salé au goût de certains convives. À voir.

En plat principal, le cigare au chou farci au lapin, un plat qui n'a rien à voir avec le classique de nos grands-mères. La feuille, bien verte, craque encore sous la dent tandis qu'on verse dans le plat un bouillon à la citronnelle qui rehausse le caractère un peu giboyeux du lapin. Amusant.

Le menu compte aussi des cuisses de grenouilles d'élevages asiatiques, un produit qui devrait soulever probablement plus d'interrogations éthiques que le cheval susmentionné. Le plat, cela dit, s'impose grâce à une émulsion d'estragon sur une «soupe de maïs» et la composition fonctionne.

Pour un plat plus classique, moins vert, plus doudou, on choisit les pétoncles grillés coiffés d'une espuma au vin rouge - beaucoup d'air, peu de goût - déposés sur un lit de lentilles vertes où se marient de petits cubes de langue de veau braisé. Riche et réconfortant.

Oh, et ai-je mentionné le micropopsicle au citron salé et enrobé de quelques pépites pétillantes en bouche, que l'on sert en entremets? Une jolie touche qui fait sourire. Tout comme le pain au fromage Au gré des champs, qui arrive tout chaud à table.

Au dessert, on choisit un peu de tout. Une magnifique Tatin au caramel très léger servie avec une glace au miel artisanale. Un banoffee, création trahissant les origines irlandaises du chef Saunders, où se conjuguent dulce de leche (caramel argentin), banane, pâte sablée, tire, crème fraîche.

De son côté, le parfait au fruit de la passion, délicat, évoque des souvenirs des Chèvres, avec son gâteau éponge micro-ondes à la pistache et sa quenelle de mousse de carotte sucrée. Audacieux, cet exercice de style aurait pu être un brin plus élégant - une présence un peu plus relevée du parfum du fruit tropical, peut-être? -, mais comme pour le reste du repas, on a envie de donner A pour l'effort. Et maintenant, on rénove?

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EVOO

3426, rue Notre-Dame O. Montréal

514 846-3886

www.restaurantevoo.com

Prix : entrées entre 9 $ et 14 $, plats entre 24 $ et 30 $, desserts 8 $ (15 $ pour la tarte Tatin). Plats de brunch entre 11 $ et 17 $.

Carte de vin : Courte, avec des bouteilles pour la plupart très abordables, mais somme toute assez limitée.

Service: efficace et sympathique.

Atmosphère : bruyante, enjouée. On ne va pas là pour un tête-à-tête discret. Plusieurs grandes tables bien remplies.

Point positif : une cuisine bien faite et originale.

Point négatif : un décor ennuyant, de la musique trop forte et en désaccord avec la nourriture, et une carte de vins trop limitée.

On y retourne? Oui, mais pas tout de suite.