Il n'y a pas grand-chose de plus satisfaisant, pour une amoureuse de bons restaurants, que de tomber sur un excellent boui-boui. Un troquet caché, sans prétention, où la magie dans l'assiette est inversement proportionnelle aux attentes suscitées par les lieux.

Marie-Claude Lortie LA PRESSE

Parler de telles petites perles, dans un quotidien, est délicat. Si le restaurant est trop petit, trop modeste, peut-être aura-t-il de la difficulté à maintenir le rythme si, soudainement, une fois le secret éventé, une foule joyeuse et bien intentionnée décide de l'essayer. Tout le monde en même temps.Je vous dis tout cela parce que c'est un peu ce que je crains avec le petit restaurant chinois que j'ai découvert, rue Saint-Mathieu, dans cette zone que l'on peut appeler sans hésiter le Nouveau quartier asiatique de Montréal. Je parle des pâtés de maisons allant de l'Université Concordia à la rue Saint-Marc, et qui se déclinent rue Sainte-Catherine, mais aussi sur Lincoln et De Maisonneuve, où l'on trouve maintenant presque autant de restaurants asiatiques que dans le Chinatown traditionnel du carrefour Saint-Laurent - De La Gauchetière.

C'est le blogueur Cédric Sam qui m'a parlé de cet endroit le premier, en l'appelant Maison du Nord, une appellation utilisée aussi par les adeptes du resto sur le site gourmet Chow.com. Sur la façade, toutefois, on ne trouve que le nom chinois du restaurant, Bei Fang, écrit en chinois.

Lorsqu'on entre dans le local, on peut être surpris. L'odeur de cuisine n'est pas particulièrement agréable (mais elle se fait oublier) et le décor est pour le moins minimaliste.

Mais lorsque les nouilles faites à la main, au boeuf et au concombre, servies tièdes, piquantes et vinaigrées et salées et pleines de rebondissements en bouche, arrivent sur la table, on accepte de faire fi de ces détails. Car on se rend compte qu'on est en train de découvrir, à la baguette, une Chine du Nord qu'on connaît peu.

Les cuisiniers, des gens de la région de Shaanxi, nous amènent loin, loin, loin des clichés des restaurants américanisés. On est dans un univers authentique, nouveau et, surtout, délicieux.

D'ailleurs, la surprise se poursuit avec le sandwich au porc émincé et à la coriandre (dites oui lorsque la serveuse vous demandera si vous en voulez), spécialité des lieux. Version chinoise du panini, ce sandwich est copieux et réconfortant. Et hors des sentiers battus avec son pain rond grillé et sa viande juteuse et juste assez assaisonnée. J'y avais goûté une première fois il y a quelques mois et il ne m'avait pas épatée, trop peu salé. Cette fois, le sandwich était chaud et croustillant et parfaitement à la hauteur de sa réputation.

Dans ce type de petit troquet, ce genre d'irrégularité peut survenir. Et il faut souvent s'en tenir aux spécialités que le chef fait bien. Ainsi, je ne vous conseille pas les dumplings, que j'ai trouvés lourdauds et peu savoureux.

Mais pour le reste, l'aventure en vaut la peine.

Et vous ai-je dit qu'à deux, on a lunché pour 21 $ ? Et qu'il en est resté sur la table ?

Bei Fang (ou Maison du Nord)

2130, rue Saint-Mathieu, Montréal, 514-670-3188


+ Une cuisine du nord de la Chine qu'on connaît peu et très savoureuse.

- Un décor et une odeur de cuisine peu attirants.

On y retourne ? Oh ! oui. Et on y envoie les copains amateurs de ce genre d'aventure.