Charles et Marie-France ont deux garçons âgés de trois et cinq ans. Ils sont beaux à croquer, mais ils ont une créativité débordante pour les mauvais coups!

Publié le 22 mars 2011
Dr Nadia Gagnier LE SOLEIL

La semaine dernière, la famille a rendu visite à un copain d'enfance de Charles. Tout le monde trouvait que les garçons étaient très tranquilles, jusqu'à ce qu'on s'aperçoive qu'ils étaient occupés à mettre des coquillages (qui étaient placés dans un bol, sur le comptoir de la salle de bain) dans la toilette, pour ensuite tirer la chasse d'eau... résultat : 300 $ de frais de plombier!

L'ami de Charles a semblé prendre ça à la légère et avec beaucoup d'humour. Il a même refusé que Charles lui rembourse les frais de plombier... mais Charles soupçonne que son ami ne le réinvitera plus avant plusieurs mois! De son côté, il y a longtemps que Marie-France n'ose plus trop amener ses garçons chez des amis. De plus, elle tente de faire ses courses lorsque Charles est à la maison pour garder les garçons, parce qu'elle est gênée de leurs comportements en public. Charles est d'accord avec le fait que ses fils ont parfois des comportements embarrassants qui attirent les regards réprobateurs. Par contre, il n'est pas d'accord avec l'idée de les sortir le moins souvent possible. Pour qu'ils apprennent à vivre en société, il faut bien qu'ils sortent de chez eux un peu!

Bien des parents ont peur du jugement que les autres porteront sur leurs enfants ou sur leurs attitudes parentales. Certains ne se donnent pas le droit à l'erreur et, lorsque leur enfant fait une crise ou une bêtise en public, ils se sentent comme si c'était eux-mêmes qui avaient un mauvais comportement!

Parfois, le jugement négatif des autres est le fruit de leur imagination, mais à d'autres moments, on leur fait réellement une critique très directe. Enfin, certaines personnes peuvent créer un doute dans l'esprit des parents en faisant des commentaires du genre : «Tu n'as pas encore commencé l'apprentissage de la propreté? En tout cas, à cet âge, ça faisait longtemps que les miens étaient débarrassés des couches!»

Si un parent veut paraître parfait et éviter à tout prix les jugements négatifs des autres, il y a de quoi se sentir paralysé! Notre façon d'agir en tant que parent ne peut pas faire l'unanimité chez les membres de notre entourage ou les passants. Devant un même comportement envers votre enfant, certains vous comprendront, d'autres trouveront que vous faites bien, et certains auront envie d'appeler la DPJ!

Le plus injuste dans tout ça, c'est que c'est si facile de savoir ce qu'on ferait avec les enfants des autres. Mais, quand il s'agit de nos enfants, les émotions impliquées font en sorte que de nombreux parents sont hésitants dans leurs interventions... surtout lorsque ces interventions doivent avoir lieu devant le regard des autres.

À mon humble avis, il y a tellement de décisions à prendre lorsque l'on est parent, s'il faut en plus tenter de satisfaire tout l'entourage et les passants pour éviter que notre famille soit jugée, on n'est pas couché!

En fait, il n'y a personne de mieux placé que VOUS pour prendre des décisions pour VOTRE enfant. C'est vous qui le connaissez le mieux, puisque c'est vous qui vivez le quotidien avec lui, depuis sa naissance.

Certes, il est important de s'informer sur les soins à donner, sur certains principes d'éducation, avoir l'opinion du médecin, de l'éducatrice de la garderie, mais, une fois qu'ils se sont informés et qu'ils se sont consultés mutuellement, les décisions finales appartiennent aux parents. Ensuite, ils devraient agir sans trop se soucier du jugement des autres. Tant pis si nos amis trouvent que nos enfants sont turbulents et qu'ils cassent tout. S'ils avaient eux-mêmes des enfants, peut-être qu'ils ne laisseraient pas de mignons petits coquillages à portée de main!

En fait, si on s'empêche de sortir par peur des jugements négatifs des autres, les enfants n'apprendront jamais à bien se tenir à l'épicerie, au resto, chez des amis... C'est à travers ces expériences qu'ils peuvent comprendre quelles sont les attentes de leurs parents dans ces contextes extérieurs à la maison.

Il existe des façons de se faciliter la vie! Par exemple, les premières fois, on peut les amener à l'épicerie lorsque nous n'avons presque rien à acheter, afin de concentrer notre énergie à leur apprendre les bons comportements dans ce contexte. Autre exemple : les amener chez nos amis devant qui nous sommes le plus à l'aise d'intervenir, afin de leur apprendre en toute aisance comment se comporter en visite. En fait, plus on évite ces situations par peur qu'ils se comportent mal, plus ils risquent d'être excités par l'effet de rareté ou de nouveauté lorsqu'ils les vivront. Ça risque d'en faire de véritables petits monstres, ce qui incitera encore plus les parents à éviter ces situations. Voyez-vous le genre de cercle vicieux qui pourrait s'installer?