Florence, 15 ans, demande à sa mère, Nathalie, si elle peut aller à un party. Après lui avoir posé quelques questions, Nathalie se rend compte qu'il s'agit d'un party où il y aura de l'alcool et aucune supervision des parents. Elle refuse donc sa demande et ce qu'elle craignait se produit : une longue argumentation avec sa fille!

Dre Nadia Gagnier, collaboration spéciale LE SOLEIL

Parfois, elle se dit que Florence devrait étudier en droit, car lorsqu'elle argumente, on dirait une avocate qui plaide! La plupart du temps, Nathalie maintient fermement sa décision, mais il y a des moments où elle cède à cette pression. Il y a d'autres moments où elle devient très émotive et elle se met à crier des bêtises à sa fille. C'est que Florence peut être tenace lorsqu'elle se met à argumenter. Nathalie se demande quand cette phase de son développement se terminera...Pour prendre de l'autonomie, développer leur identité et devenir graduellement des adultes, les adolescents doivent se distancier de leurs parents, ce qui se manifeste parfois par une remise en question de leurs valeurs et des limites qu'ils leur imposent. Leur plus grande capacité de raisonnement, comparativement aux enfants plus jeunes, leur permet également de s'initier à l'art de l'argumentation. Mais pourquoi certains, comme Florence, sont si tenaces dans leur argumentation, alors que d'autres, plus dociles, abandonnent rapidement après un ou deux «non» fermes des parents?

La réponse est simple : si un ado met autant d'énergie dans l'argumentation, c'est parce qu'il a appris que cette attitude pouvait parfois lui apporter ce qu'il désire. Même si vous ne cédez (en renversant votre décision) qu'une fois sur cent, vous lui avez appris à être tenace! De plus, toute réaction émotive qui montre que vous sortez de vos gonds et que vous devenez irrationnel lui prouve qu'il a raison. Cela discrédite votre autorité, ce qui, dans sa logique d'ado, le justifie de ne pas trop obéir à cette autorité. Les menaces et les luttes de pouvoir ne sont guère plus efficaces, car elles encouragent l'adolescent à faire de même, à vous prouver qu'il a le contrôle sur sa vie et à vous défier (ex. : «Tu vas me priver de sorties? J'irai malgré tout à ce party!»).

Quelle est donc la meilleure façon de réagir? Premièrement, il faut écouter sa demande sans l'interrompre, même si à première vue, cette demande n'a tout simplement aucun sens! Ensuite, au lieu d'anticiper avec anxiété ou colère les arguments de votre ado, devancez-le et demandez-lui de vous les exprimer. Ils sont inévitables de toute façon. Avant de rendre votre décision, démontrez à votre ado que vous l'avez écouté jusqu'au bout, en répétant ses arguments dans vos mots. Ensuite, faites-lui part gentiment de vos contre- arguments, pour ensuite lui rendre votre décision. Il est possible que vous ne soyez pas immédiatement sûr de votre décision. Dans ce cas, dites à votre adolescent que vous avez entendu sa demande et que vous avez besoin de quelques heures pour réfléchir avant de prendre votre décision. S'il insiste pour une réponse immédiate, répondez-lui qu'en faisant cela, il vous force à dire non. En cas de doute, on s'abstient!

Même si la demande de votre ado, dans son ensemble, est irraisonnable, il est possible que vous puissiez en accepter certaines parties, ou encore que vous voyez une alternative qui pourrait être un moindre mal. Dans ce cas, le fait de lui offrir ces solutions de rechange n'est pas un signe que vous êtes mou et ne renforce pas une attitude d'argumentation. Au contraire, en faisant cela, vous montrez que vous êtes à son écoute, ce qui le désarmera. En d'autres mots, il sentira qu'il n'a pas besoin de crier ou d'être impoli pour se faire comprendre.

Si, après un refus, l'ado insiste, dites calmement que vous ne changerez pas d'idée et que vous ne répéterez pas. S'il poursuit son argumentation, sortez simplement de la pièce. Cette attitude peut vous sembler un peu brusque, mais n'oubliez pas qu'avant d'en arriver là, vous l'avez déjà encouragé à exprimer sa demande et ses arguments que vous avez écoutés jusqu'au bout. Vous avez également donné les raisons qui motivent votre refus.

Répondre à ses argumentations supplémentaires risquerait de vous faire tomber dans le piège de la lutte de pouvoir. Lorsqu'il sera calme, vous pourrez alors lui dire qu'insister comme il l'a fait diminue ses chances d'obtenir ce qu'il souhaite des gens et d'être écouté par eux, surtout lorsqu'il le fait impoliment. Expliquez-lui qu'il a plus de chance d'être écouté et d'obtenir la collaboration des autres s'il reste calme. Enfin, ne soyez pas rancunier... savoir faire une demande, argumenter adéquatement et accepter calmement un refus est un apprentissage qui demande du temps. Soyez patients!