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Photos sur les réseaux sociaux: ces enfants qui disent non

Flavie, 10 ans, ne veut pas que ses... (Photo fournie par Marilou levasseur)

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Flavie, 10 ans, ne veut pas que ses parents partagent des photos d'elle sur les médias sociaux.

Photo fournie par Marilou levasseur

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PHILIPPE JEAN POIRIER

Collaboration spéciale

La Presse

Plusieurs enfants et adolescents se soucient de leur image numérique, et certains vont jusqu'à demander à leurs parents de retirer les photos d'eux de Facebook et d'Instagram.

C'est par un membre de son entourage que Flavie, 10 ans, a appris que sa mère publiait des photos d'elle sur les médias sociaux. «Je ne comprenais pas pourquoi la personne me disait que j'étais belle sur la photo... Quand je me suis rendu compte que ma mère publiait des photos de moi sur Instagram, je lui ai aussitôt demandé d'arrêter. Et quand je vois d'anciennes photos de moi sur son compte, je lui demande de les enlever.»

Pour Charlotte, 18 ans, la bataille est continuelle.

«Je demande régulièrement à ma mère de retirer des photos de son compte. Elle s'obstine toujours un peu, même si, au final, elle finit par les enlever.» 

Le contraste entre leurs comptes Facebook est frappant: celui de Charlotte contient quatre photos, alors que celui de sa mère en contient des centaines, toutes «publiques», incluant les vacances familiales à la plage, une soirée d'Halloween et des sorties au resto.

Le phénomène des parents qui partagent des photos de leurs enfants sur les médias sociaux a un nom: le sharenting, un mot-valise composé de share et de parenting pouvant se traduire par «surpartage parental». Et il se retrouve au coeur du rapport Who Knows What About Me? publié par Anne Longfield, commissaire à l'enfance en Angleterre, en novembre dernier.

Dans ce rapport, on apprend qu'un parent anglais publie en moyenne plus de 1300 photos de son enfant sur les médias sociaux avant que celui-ci ait 13 ans. On peut imaginer des statistiques comparables de ce côté de l'Atlantique. Avec le résultat suivant: bien des enfants qui choisissent la pudeur numérique doivent le faire en tenant tête à leurs parents.

Les raisons du refus

«Je ne veux pas que ma vie se retrouve sur internet», dit Flavie, pour expliquer son refus de paraître sur les médias sociaux de sa mère. Jean-Sébastien, 13 ans, a lui aussi un penchant pour la discrétion. «Je publie rarement des photos de moi sur Facebook. Et je demande à mes parents de faire de même. Je ne veux pas que tout le monde voie qui je suis, et ce que je fais.»

Pour les plus vieux s'ajoute le souci de bien paraître aux yeux des employeurs.

«Je préfère séparer ma vie professionnelle de ma vie privée, dit Charlotte, qui travaille dans un hôtel de Québec. Je sais que beaucoup d'employeurs regardent les profils des candidats avant l'embauche. Aussi, je n'aimerais pas que ma boss connaisse toute ma vie privée. C'est pourquoi j'utilise Facebook seulement pour communiquer.»

Le droit de dire «non»

Flavie est convaincue que c'est à elle - et non à sa mère - de décider quelles photos d'elle peuvent se retrouver sur l'internet. «C'est mon visage!», s'exclame-t-elle spontanément. 

Frédéric Letendre, avocat associé chez YULEX et spécialiste en droit numérique, lui donne raison:

«Au Québec, toute personne majeure ou mineure a le droit au respect de sa vie privée. Ça inclut le respect de son image, de sa voix et de toute représentation d'elle-même, incluant les photos.»

Est-ce à dire que les enfants exposés contre leur gré peuvent poursuivre leur parent, comme en Italie, où un ado de 16 ans a fait condamner sa mère pour l'avoir exposé sur Facebook?

«En principe, oui. Par ailleurs, il existe plusieurs jugements dont celui datant de 1998: Aubry c. les Éditions Vice-Versa. Le dossier implique une femme qui a été photographiée à son insu et dont l'image a été utilisée sans son consentement. La femme a eu gain de cause, et ça nous sert aujourd'hui de jurisprudence sur le droit de l'image.»

Pour obtenir un dédommagement, on doit toutefois démontrer qu'une faute a été commise et qu'elle crée un préjudice, précise l'avocat. «Ce n'est pas évident a priori. Les parents publient rarement des photos dans le but de faire mal paraître leur enfant.»

N'empêche que ces photos peuvent devenir source de moqueries à l'école. C'est ce qui est arrivé à Jean-Sébastien, sans gravité toutefois. «Mes amis ont un peu ri de moi quand ils ont vu une photo de moi que mon père avait publiée.» Charlotte a vécu la même chose. «Ce n'était rien de grave, mais, oui, c'est arrivé que des amis m'agacent à la suite d'une publication de ma mère.»

Imaginer les conséquences futures

Les publications découlant du sharenting s'ajoutent à la somme sans précédent de renseignements personnels que nous transmettons chaque jour aux institutions publiques et aux entreprises privées. Ce partage frénétique d'informations sensibles soulève des questions.

«Est-ce que les données sur le développement langagier des enfants et les performances éducatives à l'âge de 4 ans pourraient jouer un rôle dans la sélection des étudiants à l'université? Est-ce que les habitudes d'achat des parents influenceront les produits et les services pour lesquels les enfants seront plus tard ciblés par le marketing? Est-ce que leur santé personnelle influera sur leur capacité à être assurés dans l'avenir?», demande la commissaire Anne Longfield dans son rapport.

Tout aussi inquiétant, le rapport nous apprend qu'une simple photo d'anniversaire publiée sur Facebook constitue du bonbon pour les cybercriminels, à partir du moment où elle dévoile un nom et une date de naissance.

«À une table ronde, il a été rapporté que des gens entreposaient les données des enfants jusqu'à la majorité, dans le but de faire des demandes frauduleuses de crédit et d'hypothèque.» - Extrait du rapport Longfield

«La firme Barclays, peut-on lire plus loin dans le document, prédit que d'ici 2030, le surpartage parental comptera pour les deux tiers des fraudes d'identité envers les jeunes adultes de plus de 18 ans.»

Responsabilité partagée

Précisons que les parents ne sont pas les seuls responsables du flux continuel de données qui transitent vers les médias sociaux. Les adolescents nourrissent eux aussi la bête, et ce, dès qu'ils sont en âge d'ouvrir un compte Facebook ou Instagram. 

Le rapport anglais évalue leur contribution individuelle à 26 entrées par jour, pour un total de 70 000 publications avant l'âge de 18 ans. Il revient donc à chacun, parents et enfants, d'utiliser les médias sociaux de manière responsable, dans une optique de protection de la vie privée.




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