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Au lit, les enfants!

Une seule heure de sommeil nocturne en moins... (Photo Thinkstock)

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Une seule heure de sommeil nocturne en moins chez les tout-petits peut avoir un impact sur leur développement cognitif.

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Nadielle Kutlu

Collaboration spéciale

La Presse

Malgré toute votre bonne volonté, c'est la même chose soir après soir. Il est 21 h et les enfants ne sont pas encore au lit. Au fond, est-ce si grave?

Selon la sommité du sommeil pédiatrique aux États-Unis Judith Owens, directrice de la médecine du sommeil au Boston Children's Hospital et professeure de neurologie à la faculté de médecine de l'Université Harvard, les enfants se couchent généralement trop tard et manquent de sommeil.

Des études menées à l'Université de Montréal et à l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal, publiées en 2007 et 2008, démontrent qu'une seule heure de sommeil nocturne en moins chez les tout-petits, telle qu'une nuit de 9 heures au lieu de 10 heures, peut avoir un impact sur leur développement cognitif (ex.: concentration, raisonnement logique), socioaffectif (ex.: contrôle des émotions) ou physique (croissance, surpoids). Surtout s'il s'agit d'un manque de sommeil chronique.

Le sommeil durant les trois premières années de vie, où le cerveau est en grand développement, est particulièrement crucial. Il a été démontré qu'un manque de sommeil en bas âge peut avoir des répercussions néfastes sur le développement de l'enfant lorsqu'il aura 6 ans, en plus de favoriser une hyperactivité et une impulsivité accrues.

Julie Raymond est psychologue spécialisée auprès des enfants de 0 à 6 ans. Depuis 17 ans, elle pratique directement chez les familles et dans les garderies. Le sommeil durant la petite enfance est un de ses sujets fétiches et très souvent la base du motif des parents qui la consultent. Elle a répondu à nos questions.

Y a-t-il une heure de coucher idéale pour les tout-petits?

Considérant que les enfants de 2 à 5 ans se réveillent généralement autour de 6 h 30 et qu'ils fréquentent un service de garde, il est important de coucher les enfants de 2 et 3 ans vers 19 h et les plus grands de 4 et 5 ans vers 19 h 30. Ils devraient alors s'endormir rapidement, 20 à 30 minutes plus tard. Par contre, si l'enfant se couche vers 21 h, se réveille à 8 h et que sa sieste est décalée, il n'y a aucun problème, puisqu'on calcule le même nombre d'heures de sommeil au total.

Que se passe-t-il si on couche l'enfant plus tard?

Il est important d'attraper le premier train du dodo, car le suivant passe souvent une ou deux heures plus tard. Si on couche l'enfant à 20 h, alors qu'il aurait besoin d'être couché à 19 h, il est fort possible qu'il ne s'endorme pas avant 21 h ou 22 h. Mais il devra se lever à la même heure pour aller au service de garde. Quand on couche les enfants trop tard, ça finit souvent en crise. L'enfant s'endort avec un cerveau perturbé, ça fait un sommeil agité avec des réveils fréquents où l'enfant appelle ou rejoint ses parents.

Combien d'heures devraient-ils dormir la nuit?

Je recommande 11 heures pour les enfants en garderie et jusqu'en première année. Comme les enfants de 5-6 ans commencent l'école, leur cerveau est cuit! Ils arrivent de l'école exténués. En maternelle, l'enfant vit un stress énorme et la période d'adaptation à l'école peut prendre plusieurs mois. En deuxième année, on voit un changement, l'enfant a apprivoisé ce que l'école demande, a pris de la maturité, il est plus résilient face à la fatigue.

Comment savoir à quel moment les coucher?

Vers 2 ans et jusqu'à l'entrée en maternelle, le cerveau a une capacité de bien fonctionner durant une période de six heures à partir du réveil matinal. Donc si l'enfant s'est réveillé à 6 h 30, ça nous amène à 12 h 30. Ce n'est pas pour rien que dans toutes les garderies au Québec, la sieste est prévue vers 12 h 30.

Après la sieste, combien de temps devraient-ils rester éveillés?

Pas plus de quatre heures. Comme, dans les services de garde, la sieste finit à 15 h, on arrive donc à 19 h. En allant chercher son enfant à la garderie, on n'hésite pas à demander s'il a dormi et à quelle heure il s'est réveillé pour ajuster l'heure du coucher. Dès 18 h, donc souvent au moment du repas, on commence à observer les premiers signes de fatigue.

Quels sont les signes de fatigue?

Quand l'enfant fait des chichis, ne veut pas le repas, fait une crise, provoque, argumente. C'est que le cerveau n'est plus capable de se contrôler. Ceux très sensibles seront hypersensibles, ceux qui ont de l'énergie auront du mal à rester en place. C'est particulièrement marquant chez les enfants en maternelle. Les écrans à ce moment ne sont pas une bonne idée, car ils surchargent davantage le cerveau.

Faut-il faire souper les enfants plus tôt?

Oui, je conseille d'éviter de prendre le repas vers 18 h 30, mais plutôt vers 17 h 30. Les enfants mangeront mieux. On évite alors de donner une deuxième collation à 17 h. Les parents peuvent accompagner les enfants en mangeant des crudités, par exemple, ou souper plus tôt avec eux.

Mais beaucoup de parents ne sont pas encore à la maison à 17 h 30...

En effet, rares sont les parents qui vont récupérer leurs enfants entre 16 h et 16 h 30. Mais je le recommande pour tous les enfants en garderie et en maternelle, au minimum trois fois par semaine. Car leur cerveau commence à être en surcharge à 16 h 30. La majorité des parents à qui je le recommande parviennent à ajuster leur horaire et voient une différence. Certains demandent aux grands-parents ou à une gardienne de récupérer les enfants, mais dans ce cas, le danger pour les parents est de rester plus tard au travail.

Tous les enfants ont-ils le même besoin de sommeil?

Parmi tous les enfants que j'ai vus, seulement 5 % avaient des cerveaux qui avaient moins besoin de sommeil. Ils avaient un comportement impeccable tout au long de la journée. Ensuite, il faut aussi tenir compte des activités durant la journée.

Julie Raymond, psychologue spécialisée dans la petite enfance,... (Photo fournie par Julie Raymond) - image 2.0

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Julie Raymond, psychologue spécialisée dans la petite enfance, accorde une grande importance au sommeil dans sa pratique.

Photo fournie par Julie Raymond

Le sommeil et le TDA/H

Les enfants ayant un trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) ont souvent de la difficulté à dormir la nuit, souligne Dominique Petit, coordonnatrice du Canadian Sleep and Circadian Network et agente de recherche au Centre d'études avancées en médecine du sommeil de l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal. «Mais on a aussi vu des diagnostics de TDA/H disparaître quand on a donné la chance à l'enfant de dormir suffisamment. Dans nos articles, on a démontré que les enfants qui ne dorment pas suffisamment ont des problèmes de comportement, d'hyperactivité et d'impulsivité. Quand ils sont fatigués, les jeunes enfants ne montrent pas des signes de somnolence comme chez les adultes. Ils combattent plutôt le sommeil en s'activant davantage. Un enfant peut donc avoir l'air d'avoir un TDA/H en classe, mais en fait, c'est parce qu'il manque de sommeil», explique-t-elle.

Nombre d'heures de sommeil recommandées

- De 1 à 2 ans: de 11 à 14 heures

- De 3 à 5 ans: de 10 à 13 heures

- De 6 à 13 ans: de 9 à 11 heures

Source: National Sleep Foundation (États-Unis)

Durée moyenne de sommeil nocturne des enfants au Québec

 - 8 ans: 10,1 heures

 - 7 ans: 10,2 heures

 - 5 ans et 6 ans: 10,5 heures

 - 4 ans: 10,4 

 - Trois ans et demi: 10,5 heures

Source: Institut de la statistique du Québec, 2000 à 2006




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