Sans écrans à l'école comme à la maison

Une expérience inusitée... Les élèves d'une classe de... (Photo Bernard Brault, La Presse)

Agrandir

Une expérience inusitée... Les élèves d'une classe de 4e et 5e année de Montréal ont survécu à une semaine sans consulter un seul écran. Une épreuve qui demande son lot de préparation.

Photo Bernard Brault, La Presse

Les élèves d'une classe de 4e et 5e année ultra-branchée de Montréal ont vécu une semaine sans utiliser le moindre écran. Un moyen de lancer la discussion: sans écrans, on fait quoi? Pour que les jeunes trouvent une réponse à cette question, les intervenants de l'école et les parents ont mis le paquet.

Un grand débranchement... organisé

Un mercredi soir pluvieux, les derniers enfants inscrits au service de garde quittent l'enceinte de l'école Saint-Fabien, à Montréal. Bien qu'il soit 18 h, une poignée d'élèves s'agglutinent devant la porte d'entrée. «Qu'est-ce qu'on va faire?», demande un garçon à la ronde.

«Plein de choses!», lance une animatrice qui arrive alors derrière lui. Elle ouvre la porte du gymnase de l'école et les enfants se mettent spontanément à jouer. Jusqu'à 20 h, ils participeront avec grand enthousiasme à une série de jeux collectifs.

La classe de «monsieur Ludovic» se trouve en plein coeur d'une semaine sans écrans. Pas question ici de leur interdire bêtement l'accès à la technologie: l'enseignant et l'animateur à la vie spirituelle et à l'engagement communautaire à l'origine de ce projet souhaitaient aller plus loin. Ils ont organisé une kyrielle d'activités et de discussions pour accompagner les élèves de 4e et 5e année dans leur réflexion sur leur relation avec les écrans.

Au programme pendant le Défi débranche-toi: conférence d'une personne aveugle qui vit sans écrans, visite d'une bibliothèque, atelier philosophique sur la place de la technologie dans nos vies, pièce de théâtre, cours à l'extérieur, discussion sur les fausses nouvelles propagées par les réseaux sociaux... et soirée à jouer dans le gymnase de l'école.

«On s'est rendu compte qu'en secondaire 4 et 5, c'est très difficile [de gérer le temps d'écrans]. Être capable de travailler en amont et de faire de la prévention auprès des jeunes de 4e et 5e année du primaire, je trouvais que c'était une bonne idée», explique Jean Girard, animateur à la vie spirituelle et à l'engagement communautaire à l'école secondaire Louis-Riel. Il a lancé l'invitation à Ludovic Tourne, enseignant hyper branché du primaire: est-ce que ses jeunes accepteraient de se priver d'écrans du lundi matin au vendredi soir, à la maison comme à l'école?

«Je suis un prof techno. J'utilise l'iPad en classe comme un outil pour les apprentissages, on fait une émission de radio, du codage, de la programmation... C'est super, mais je me rends compte qu'ils peuvent passer beaucoup de temps là-dessus.»

Le défi de Jean Girard répondait à ce besoin. «Si on fait bien les choses, on peut se servir de cet arrêt pour les amener à réfléchir et à comprendre comment utiliser la technologie à bon escient», ajoute l'enseignant.

Qu'est-ce qu'on fait?

Est-ce nécessaire de tout couper pour lancer cette discussion? «Ce n'est pas nécessaire, mais je pense que quand on veut passer moins de temps sur les écrans, il faut s'organiser. On apprend à faire des choix. Cette semaine, si on ne leur avait pas proposé d'alternatives, j'aurais trouvé ça raide un peu», explique Jean Girard.

Avant même d'amorcer cette semaine sans écrans, les jeunes ont été invités à remplir une grille dans le livre Les écrans et toi. Ils ont réfléchi à l'avance aux activités qui pourraient remplacer le temps devant la tablette ou la télévision.

«Un de mes rôles, c'est de favoriser la transition entre l'école primaire et le secondaire. Et l'un des défis que je vois chez les plus grands, c'est la dépendance aux écrans. Enlevez-leur leur cellulaire et ils sont démunis. Ils perdent tout! Cette réflexion, il faut la faire avec les plus jeunes. Et nous aussi, les adultes, on est toujours là-dessus. On a peur du vide», ajoute Jean Girard.

L'animateur a expliqué aux élèves que, pour lui, ce défi était de taille... surtout en pleines séries éliminatoires du hockey. Des parents ont d'ailleurs profité eux aussi de ce défi pour revoir leurs habitudes à la maison.

«Ça permet de voir ensemble que ça prend quand même beaucoup de place, constate Nahanie Cloutier, mère de Louis, 10 ans. Même les adultes, on a embarqué chez nous en n'ouvrant pas la télé en soirée. On s'est rendu compte que c'est un automatisme. Les enfants trouvent autre chose à faire quand ils ne peuvent pas utiliser un écran, mais leur réflexe, c'est d'abord de demander à regarder la télévision ou à jouer à des jeux [vidéo].»

Même son de cloche chez Mélanie Dumas: «Il y a des règles au sujet des écrans chez nous, mais j'ai toujours l'impression d'être la méchante! Un projet comme ça, ça nous aide. J'ai l'impression qu'enfin on se dit tous, de concert, qu'il faut mettre des balises.»

Défi relevé

L'idée derrière ce défi n'est toutefois pas de «démoniser» les écrans, précisent Ludovic Tourne et Jean Girard. Dans une discussion sur les effets d'une semaine sans écrans, ils ont d'ailleurs souligné tous les services rendus par la technologie. N'empêche, même si certains admettent avoir triché à l'occasion, les élèves ne semblaient pas particulièrement pressés de revenir aux écrans.

«Ça nous a motivés à faire autre chose, à parler à des personnes à qui on parlerait moins s'il y avait des écrans. Ça nous a fait sortir dehors et même créer de nouveaux liens», explique Clémence Dubois-Lemieux, 10 ans.

S'il se réjouit de consulter de nouveau les actualités sportives sur sa tablette, son camarade de classe Scott Delestre a néanmoins réalisé toute la place que prennent les écrans dans sa vie. «C'est un peu difficile de s'en passer. J'ai compris qu'en 2018, on dirait qu'on a tout le temps besoin des écrans: pour les loisirs, pour le travail... pas mal pour tout!», lance-t-il.

«Avec une semaine comme celle-là, j'ai dû m'adapter comme enseignant. Je me suis organisé autrement dans ma classe. Mais c'était une occasion de nous arrêter et d'entendre ce que les jeunes ont à dire sur le sujet. C'est important qu'ils fassent partie de la discussion et c'est passionnant de les écouter.»

Les élèves ont découvert qu'il y avait une... (Photo André Pichette, La Presse) - image 2.0

Agrandir

Les élèves ont découvert qu'il y avait une vie ailleurs que sur les écrans...

Photo André Pichette, La Presse

Ce que les enfants en pensent

À la fin de leur semaine sans écrans, les élèves ont fait part de leurs réflexions sur la relation qu'ils entretiennent avec la technologie. Voici quelques-uns de leurs commentaires.

Olivier: «Mes parents ont trouvé que j'étais plus avec eux quand il n'y avait pas d'écrans. C'est vrai que j'étais plus souvent en train de leur parler qu'à l'habitude.»

Riadh: «Moi aussi, j'ai passé vraiment plus de temps avec mes parents et mon frère. J'ai même trouvé des jeux de société que j'avais oubliés. Mon frère a même dit: ‟Hein? On a ça, un jeu d'échecs?"»

Louis: «C'est quand même utile, les écrans. C'est une bonne chose de s'en passer de temps en temps, mais je trouve ça plus facile de faire mes travaux d'école avec une tablette. Ça me permet de me corriger. C'est pratique.»

Clémence: «Je me suis rendu compte que, chaque soir, je regarde une émission. Je vais souvent voir la météo, je regarde ma mère texter ou mon père jouer aux jeux vidéo. Quand ces petites habitudes sont absentes, ça nous fait penser à la place que ça prend et ce qu'on peut faire à la place.»

Maissanne: «Mes parents étaient contents parce qu'enfin, la télé était fermée pendant le souper!»

Félixe: «Comme on a déjà passé une semaine sans écrans, je pense que je pourrais un peu plus accepter de le refaire une fois de temps en temps. Je vais être déjà habituée à faire autre chose. Je vais avoir des idées pour m'occuper.»




Les plus populaires : Vivre

Tous les plus populaires de la section Vivre
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

La liste:-1:liste; la boite:219:box; tpl:html.tpl:file
image title
Fermer