C'est demain que sera lancée la Semaine mondiale de l'allaitement maternel au Québec, une semaine consacrée à la sensibilisation et à la réflexion. Le thème de cette année: Parlons-en! Or, les discussions sur la question se déroulent de moins en moins derrière les portes closes des cabinets de médecins. Ça se fait plutôt entre les femmes, dans le virtuel. Et c'est tant mieux.

Silvia Galipeau LA PRESSE

C'est du moins ce qu'estime Madeleine Allard, coauteure du livre Bien vivre l'allaitement, publié l'an dernier chez Hurtubise. Écrit par deux mères (Madeleine Allard et Annie Desrochers), ni militantes ni surtout expertes en quoi que ce soit, il s'agit là de l'un des rares ouvrages journalistiques sur l'allaitement, offrant, outre les plus récentes données scientifiques sur la question, une foule de témoignages et d'expériences variées.

En lançant leur livre, les auteures ont également démarré un blogue et un compte Twitter pour relayer les dernières recherches en matière d'allaitement, réagir aux informations plus ou moins exactes, bref, vulgariser le débat.

Et elles ne sont pas seules sur la Toile. Une foule d'organismes de soutien à l'allaitement sont aussi actifs sur Twitter, Facebook et autres, et les forums de discussion regorgent de débats, de questions et surtout de témoignages.

«Il y a manifestement un besoin d'exprimer un vécu. Les femmes veulent raconter leur expérience, analyse Madeleine Allard. Ce qui est intéressant, c'est la prise de parole des femmes.»

Longtemps, avec la médicalisation des naissances, le discours a été réservé au cercle restreint des experts, rappelle-t-elle. «C'est devenu scientifique et médicalisé. Encore aujourd'hui, on est beaucoup là-dedans: le côté aliment miracle.»

Or, les médias sociaux changent tranquillement la donne, fait-elle valoir. Car de plus en plus, «il y a réappropriation du discours. Les femmes osent dire: je n'ai pas aimé ça, ça s'est mal passé, ou au contraire ça s'est très bien passé. La réappropriation passe par là: il faut dire la vérité!», soutient-elle.

Et il y a mieux: grâce aux médias sociaux, toutes sortes de «nouvelles» entourant l'allaitement se sont retrouvées récemment sur la place publique. On se souvient du tollé suscité par Facebook qui censurait les photos de mères allaitantes. Ou encore de la protestation de solidarité à l'égard de cette mère chassée d'une boutique parce qu'elle allaitait en public. «Il y a toute une solidarité qui se crée grâce aux médias sociaux. Et cela ressemble à ce qu'on a voulu faire avec notre livre: on ne veut plus laisser la question de l'allaitement aux pros. On veut que les femmes se la réapproprient!»

Oui, de fausses vérités, parfois dangereuses, circulent aussi. Mais si une fausse nouvelle peut rapidement faire le tour de web, elle peut tout aussi rapidement être retrouvée, puis démolie, fait valoir Madeleine Allard. «Ce qu'on ne peut pas faire si une femme est seule, dans le bureau d'un médecin...»

La semaine mondiale de l'allaitement maternel se déroule du 1er au 7 octobre au Québec. Pour en savoir plus: www.nourri-source.org/smam; www.worldbreastfeedingweek.org