Basta, les vacances à gros prix, sur les plages bondées d'écoliers en délire! De plus en plus de parents font un pied de nez au calendrier scolaire et se payent la traite en janvier, début février.

Mis à jour le 26 févr. 2009
Silvia Galipeau LA PRESSE

Le phénomène est tel que certains intervenants proposent que l'on balise cette nouvelle tendance. Parce qu'elle n'avait pas les moyens de s'offrir l'hôtel de ses rêves pendant la relâche, ni le premier choix de dates de vacances, Sonia Houle, infirmière, a décidé de faire ses valises dès janvier. Le 30, elle s'est envolée avec conjoint et enfants. Direction: Punta Cana.

«On a payé un bon 1000$ de moins que si on était partis à la relâche, raconte-t-elle.Ça a été un très bon moment passé en famille.» istoire de ne pas prendre de retard, un professeur a suggéré quelques tâches d'écriture pendant la semaine, et a même offert d'encadrer le rattrapage au retour, pendant les récrés et les dîners. L'enseignant du fils d'Anick Pilon, coiffeuse, partie fin janvier au Mexique avec sa famille («la semaine de relâche nous aurait coûté près de 2000$ de plus à trois ! »), s'est montré un poil moins compréhensif. «J'ai senti, entre les lignes, que ça ne faisait pas son affaire. Mais mon fils a découvert une nouvelle culture, dit-elle. Je me suis sentie un peu coupable, mais à force de jaser avec d'autres parents, j'ai vu que tout le monde faisait ça: la semaine de relâche, c'est trop cher!» La moitié des agences de voyages contactées ont constaté la tendance.

 

«J'ai des clients qui, chaque année, prenaient la relâche. Mais pas cette année. Ils ont choisi janvier. Ça, c'est nouveau pour moi», commente Ginette Houle, agente principale chez Club voyages équinoxe.

Il n'y a pas d'article dans la Loi sur l'instruction publique qui régisse ce genre d'absences. «La loi n'interdit pas de le faire, signale Stéphanie Tremblay, porte-parole du ministère de l'Éducation. Mais il n'est pas non plus inscrit

que l'on peut le faire. C'est géré au cas par cas.» D'où la difficulté pour les enseignants. «C'est un défi de tous les instants de faire tout le programme dans les 180 jours du calendrier scolaire», fait valoir Yves Parenteau, porte-parole de l'Alliance des professeurs de Montréal. Une semaine, c'est 25 périodes d'enseignement au primaire, 20 cours au secondaire: «Cela fait beaucoup de matière manquée», dit-il. S'il existe des outils de rattrapage «ce n'est pas toujours utilisé (par les familles)». «Je ne pense pas qu'on va pouvoir contrer le phénomène, mais je crois qu'il faudrait le baliser. Il ne faut pas envoyer le message que ce n'est pas grave», indique pour sa part Jean Bernatchez, professeur d'administration et de politique scolaire à l'Université du Québec à Rimouski. Oui, ces voyages peuvent être bons pour la vie familiale, mais pour certains élèves en difficulté, ils peuvent aussi causer «de très sérieux problèmes «. La tendance devrait aller en s'aggravant, croit-il. Car si jadis, les seuls motifs d'absence étaient la maladie, dans certaines écoles aujourd'hui, 80% des absences sont sur la base «d'autres raisons». «On note un certain désengagement de la part des parents», conclut le chercheur.