Ezo, c'est le surnom d'Élisabeth Daou. Sa célèbre famille a fondé et dirigé les restaurants Daou, qui ont certainement été parmi les premiers restaurants du genre à proposer les mezze et les grillades du Moyen-Orient aux Montréalais. Cela explique peut-être que le hoummos n'a pas la couleur d'un «post-it», et que le taboulé soit nappé d'huile d'olive et pas de paraffine. Elle est là la grande différence entre tous ces comptoirs à nourritures rapides qui pullulent (et polluent) nos habitudes alimentaires.

Mis à jour le 27 févr. 2009
Robert Beauchemin, collaboration spéciale LA PRESSE

Nous ne sommes pas habitués à songer à des restaurants libanais tenus par un seul chef, encore moins si c'est une femme. Pourtant, ce sont bien elles qui font la cuisine, de mère en fille. Dans la culture du Levant, il est de mise d'abandonner aux hommes le monde public et de réserver aux femmes celui du privé. Or, un authentique resto libanais familial saisit cet axiome bien réel qui sert de fondation à un aspect de la culture encore mal reçu chez nous. Soyons franc, c'est un réel bonheur de s'installer ici en plein hiver, malgré le décor un peu froid et clinique, tout en noir et blanc, illuminé par des structures lumineuses un peu farfelues, un décor qui n'a rien de levantin et doit tout à ce style vaguement Jean Nouvel. Ce n'est pas laid, c'est... singulier. Mais dans les cuisines, il y a un vrai chef, qui présente une cuisine traditionnelle, sans fantaisie, mais limpide et fignolée avec beaucoup de soin.

 

La carte est charmante de simplicité et ne présente rien de bien surprenant aux habitués de cette cuisine tonique et colorée qui fait tant de bien à nos tronches en mal de rayons UV. En un sens, c'est tant mieux, ça nous facilite le choix. On prend tout ce qu'il y a ou presque, et on couvre l'essentiel de la tradition des mezze. Pourquoi faire autrement puisque c'est bon, réconfortant et surtout supervitaminé.

Malgré la modernité du décor, on sent le passé et la tradition qui nous tiraillent. C'est l'effet que nous fait cette cuisine qui est comme un cliché d'époque: une salade fattouche faite de romaine, de tomates, de concombre, de poivrons et d'un peu de persil et de menthe, de bouts de pain séché, saupoudré d'un peu de poudre de sumac acidulée, ou le taboulé qui résiste un peu sous la dent - c'est le blé concassé réhydraté - et apporte un peu de texture; ça ne fait pas très hivernal, d'accord.

Mais dites-vous bien que rien ne combat les rhumes autant qu'une méga dose de chlorophylle. Arrivent des calmars frits, moelleux et au parfum délicat, parfaitement réussis, un duo de purée, l'un aux pois chiches et l'autre aux aubergines rôties lentement sur la braise, citronnées, aillées, pleines de vie pour une fois. Une assiette de fromage blanc de là-bas, le chancliche malaxé en grumeaux avec des oignons et des dés de tomates, des olives et un peu d'épices; quelle idée saugrenue et formidable! Ça ressemble à du gruau anémique, mais c'est bon à en lécher l'assiette, peu importe l'étiquette. Puis de la tarte au thym, de la viande hachée malaxée à du blé et «farcie» de... viande hachée (inexplicable), cuite au four et encore un peu de kebbe cru, du boeuf haché et du blé, mélangé avec du sumac, et qu'on nappe d'un peu d'huile d'olive apportée à table (mais qui est rance malheureusement; vu son contenant transparent, ce n'est pas bien surprenant).

Nous choisissons aussi un plat craquant de segments de pita grillé, farci de viande hachée, de tomates et de persil. Tous ces plats sont succulents et beaux à voir, étalés un à un, cinglants de fraîcheur et de nervosité. Nous terminons sur un truc qui ressemble à une crème vanillée, mais parfumée à la rose et servie avec un sirop très sucré de grenadine. Nous avons trop mangé bien entendu; tout est copieux et appétissant. Nous en sommes quittes pour faire le tour du bloc à -30 ºC. Ça nous apprendra!

EZO

9440, boulevard de l'Acadie

Montréal

514-385-6777


On y retourne? Pourquoi pas, surtout entre amis et en grandes tablées.

Prix: les mezze en deux portions, autour de 7$ la petite et de 8$ à 13$ la grande assiette. Les plats de viande ou de poissons sont facturés autour de 20$ à moins de choisir les poissons entiers (vivaneau, loup de mer, dorade) en auquel cas ils seront pesés et là, c'est une vraie loterie. À deux, comptez 100$ tout compris avant le vin.

Faune: les autochtones semblent bienheureux, ils sont de toutes les couleurs et de tous les idiomes, mais ils ont grand appétit, ce qui satisfait la patronne, qui ne lésine pas sur les portions (très généreuses).

Décor: moderne, genre «kit», certainement un peu loin de l'esprit méditerranéen.

Service: décontracté et au masculin.

Vin: petite carte modeste et quelques crus archiconnus facturés très correctement.

(+) Cuisine fiable, charmante, qui déroule avec soin des compositions familières dans lesquelles on peut aisément reconnaître la touche «fait maison»!

(-) Chaises inconfortables, ambiance un peu «verglas d'intérieur».