Si les agriculteurs de la planète se mettaient tous à la culture biologique, ce serait une catastrophe naturelle.

Stéphanie Bérubé LA PRESSE

L'affirmation lancée dans le New York Times a trouvé écho. Évidemment, s'il n'y avait que le patron de Syngenta, gigantesque firme d'agribusiness, pour faire un tel calcul, on n'en ferait pas grand cas. Or, Michael Mack est loin d'être le seul de cet avis.

Les gens se trompent en pensant que ce qui est naturel est toujours mieux, conclut l'homme d'affaires. La culture biologique demande 30% de plus de terre et c'est un luxe que la planète ne peut s'offrir.

 

«Ce débat dans le bio n'est pas nouveau», tranche Laura Telford, directrice de l'organisme Canadian Organic Growers.

«Il faut regarder ça autrement, dit-elle: l'agriculture biologique prend soin du sol. C'est bien d'avoir des rendements extraordinaires en agriculture conventionnelle, mais si nous épuisons nos sols et qu'ils ne produisent plus rien dans quelques années, nous n'avons rien gagné.» À long terme, l'agriculture biologique serait plus productive en protégeant le sol et sa biodiversité, plaide Laura Telford.

Efficacité énergétique et empreinte écologique

Un autre détail fait grincer des dents les défenseurs de l'agriculture biologique lorsque l'on fait la comparaison entre les deux types de production.

«Quand on parle de l'efficacité énergétique et de l'empreinte écologique de l'agriculture conventionnelle, il faudrait tenir compte de la quantité majeure de gaz à effet de serre nécessaire pour la production et le transport des pesticides et des engrais», note Denis Lafrance, coresponsable du Centre d'expertise et de transfert en agriculture biologique et de circuit court du Cégep de Victoriaville. Si on pouvait ajouter ces coûts dans les dépenses de l'agriculture conventionnelle, la comparaison serait plus juste, plaide-t-il.

Par ailleurs, explique Denis Lafrance, l'agriculture conventionnelle est largement pratiquée sur la planète et l'on n'a toujours pas éradiqué le problème de la faim dans le monde. Loin s'en faut.

«Il y a amplement de nourriture disponible dans le monde aujourd'hui pour que tous mangent à leur faim, dit-il. La cause de la faim dans le monde est la pauvreté. J'ai déjà demandé à un agriculteur indien, qui se vantait de ses politiques sociales positives envers ses employés, les salaires qu'il payait: 0,75$ par jour pour les femmes, 1,25$ pour les hommes. Comment manger à sa faim et payer des études aux enfants avec de tels salaires?»

On se trompe si on calcule que le bio prend une place qui serait sinon réservée à d'autres cultures, affirme aussi le professeur David Wees, du département de sciences végétales de l'Université McGill. «Pourquoi risque-t-on de manquer de nourriture? Certainement pas parce que des tomates biologiques prennent trop de place! dit-il. C'est un problème d'accessibilité à la nourriture.»

Le modèle parfait n'existe pas, tranche Benoît Girouard, président de l'Union paysanne. «Je crois que le bio peut nourrir le monde, dit-il. Mais c'est vrai que le travail du sol est plus mécanisé en agriculture biologique et que, donc, on émet plus de gaz carbonique (CO2).» L'Union paysanne favorise une agriculture qui va boucler le cycle énergétique en n'important pas les engrais. En utilisant, le plus possible, les ressources locales.

 

Ni plus vitaminés ni meilleurs au goût!

Comme si les producteurs bios avaient besoin d'une autre tuile, une étude publiée à la fin de l'été dans l'American Journal of Clinical Nutrition concluait que les aliments biologiques sont équivalents aux autres. Pas de preuve qu'ils contiennent plus de vitamines et de minéraux. À l'Université McGill, le professeur Wees a fait un test de dégustation à l'aveugle entre des concombres et des tomates biologiques et leurs cousins réguliers. Au grand désespoir des étudiants qui avaient un préjugé pro-bio, les légumes conventionnels sont sortis gagnants. De peu, mais tout de même, les légumes bios ne leur ont pas été préférés.