(Longueuil) Vincent De Haître tentera prochainement de suivre un parcours similaire à celui emprunté par le Québécois Pierre Harvey il y a une quarantaine d’années. Le Franco-Ontarien a en effet annoncé plus tôt cette semaine qu’il allait tenter de se qualifier pour les Jeux olympiques d’été de Tokyo en 2021 et ceux d’hiver de Pékin en 2022.

Alexandre Geoffrion-McInnis
La Presse canadienne

Depuis l’annonce du report des Jeux de Tokyo à 2021, l’athlète âgé de 25 ans tente de tout arrimer afin qu’il puisse atteindre le plus facilement possible ses objectifs en cyclisme sur piste et en patinage de vitesse longue piste. Une tâche gigantesque dans le contexte actuel.

« J’ai participé à de nombreuses rencontres, surtout sur l’application Zoom, parce que je dois travailler avec des fédérations nationales, a-t-il expliqué. Je suis en quelque sorte pris entre les deux — Patinage de vitesse Canada et Cyclisme Canada. Je dois organiser mon programme d’entraînement en compagnie de mes entraîneurs pour qu’ils déterminent, ensemble, ce qui est préférable pour moi, comme athlète. »

Cette situation est inédite depuis que les Jeux d’été de Barcelone ont été présentés quelques mois seulement après ceux d’Albertville, en 1992. Depuis, les Jeux d’été et d’hiver ont lieu en alternance tous les deux ans.

Harvey, le père de l’ex-fondeur Alex Harvey, n’avait que 19 ans lorsqu’il a terminé 24e de l’épreuve en cyclisme sur route aux Jeux olympiques d’été de Montréal en 1976 — ses premiers en carrière. Déjà fondeur à l’époque, Harvey caressait le projet de participer aux Jeux olympiques d’été et d’hiver la même année. Sauf que son projet est tombé à l’eau à la suite du boycottage des Jeux d’été de Moscou par le Canada en 1980.

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Pierre Harvey participant à l'épreuve du 30 km des Jeux d’hiver de Sarajevo.

Il s’est repris quatre ans plus tard, d’abord en participant aux Jeux d’hiver de Sarajevo en ski de fond, puis en enfourchant de nouveau son vélo pour les Jeux de Los Angeles. L’homme aujourd’hui âgé de 63 ans a récemment partagé ses souvenirs de cette période bien particulière avec La Presse canadienne.

« Au printemps 1984, après les Jeux de Sarajevo, j’étais en super forme parce que je venais de m’entraîner pendant plus de 1000 heures pour ça, a-t-il d’abord mentionné.

« Puis, quand j’ai commencé à penser à me qualifier pour les Jeux olympiques de Los Angeles [en 1984], c’était seulement parce que l’entreprise où je travaillais à l’époque — elle me libérait l’hiver pour la saison de ski de fond — éprouvait des ennuis financiers. C’est là que je me suis dit que je pourrais faire un essai d’un mois chez moi, entre la fin mars et la fin avril, en vélo, afin de voir si je progresse et que je peux rivaliser avec les meilleurs cyclistes du Québec », a-t-il expliqué.

Les résultats étant probants, Harvey a éventuellement obtenu sa place au sein de l’équipe olympique canadienne et il était aux premières loges pour assister à la conquête de la médaille d’argent du légendaire cycliste canadien Steve Bauer.

« Steve [Bauer] était le seul Canadien qui avait une chance de médaille aux JO, c’était donc pour nous un honneur de l’épauler, a dit Harvey. Finalement, j’ai fait partie de l’échappée finale avec lui et, à 10 ou 15 km du fil d’arrivée, quand le rythme a augmenté, je me suis fait éjecter. Mais Steve a gagné la médaille d’argent, donc nous étions super contents. »

« Si tu as un super talent, c’est possible »

Toutefois, avant de pouvoir vivre un tel moment d’extase, Harvey a tenu à souligner qu’il est important pour un athlète qui tente d’accomplir l’exploit de participer à deux Jeux olympiques en moins de 12 mois de choisir des sports qui sont complémentaires.

« Oui, les jambes sont plus sollicitées en vélo qu’en ski de fond, mais il reste que la clé c’est le système cardio-vasculaire, a expliqué Harvey. Après deux ou trois mois à rouler, ton corps s’adapte. Ainsi, entre la fin de la saison de ski de fond, en mars, et le début des JO de Los Angeles, en juillet, j’avais donc près de quatre mois pour me préparer. »

Un point de vue partagé par De Haître.

« Les phases d’entraînement s’arriment bien. Je ne ferai pas deux journées à haute intensité en vélo, suivies de deux journées difficiles en patin, a-t-il assuré. Mon horaire sera agencé en conséquence de chaque côté, afin d’éviter que j’accumule trop de fatigue.

“Mais, une chose est sûre, mon objectif c’est d’être aussi bon dans un sport que dans l’autre », a-t-il résumé.

Pour sa part, Harvey, qui a notamment remporté une étape de la Coupe du monde de ski de fond à Calgary en 1988, a convenu que la réalité de l’époque lui avait peut-être facilité la tâche.

« Les programmes d’entraînement n’étaient pas aussi sophistiqués qu’aujourd’hui — si je compare avec ceux de mon fils Alex, par exemple, a concédé Harvey. C’était un peu moins intense à mon époque ; j’étais le seul fondeur canadien aux Jeux de Sarajevo, donc j’ai fait toutes les courses. »

Harvey croit toutefois que le projet de De Haître est envisageable, même s’il prévient qu’il sera confronté à de nombreux défis en cours de route.

« De nos jours, c’est très difficile d’être parmi l’élite dans deux sports différents, a-t-il d’abord reconnu. Tout est plus sophistiqué. Mais si tu as un super talent dans deux sports — comme Vincent en patinage de vitesse longue piste et en cyclisme sur piste —, alors je crois que c’est possible. Je ne dis pas que ce sera facile, qu’il y parviendra les deux doigts dans le nez, mais ce sont deux disciplines qui exigent des qualités de base similaires. »

Harvey a cité en exemple l’Américain Eric Heiden, un patineur de vitesse qui a remporté ses cinq courses aux Jeux de Lake Placid en 1980 en réalisant au passage quatre records olympiques et un record du monde. Heiden a ensuite fait le saut en cyclisme sur route, et il a éventuellement pris part au Tour de France de 1986.

Quant à savoir pourquoi, après avoir pris part aux Jeux de Calgary en 1988, il n’avait pas tenté sa chance aux Jeux de Séoul quelques mois plus tard, Harvey a offert une réponse bien simple.

« J’avais 31 ans et j’avais l’impression d’avoir fait le tour du jardin. De plus, ma femme Mireille était alors enceinte d’Alex. J’ai interprété ça comme un signe de la vie, et j’ai décidé de prendre ma retraite », a-t-il évoqué.